Erroll Garner a 100 ans !

Le pianiste autodidacte Erroll Garner aurait eu 100 il y a quelques jours ! Né le 15 juin 1921 à Pittsburg et décédé le 2 janvier 1977 à Los Angeles, ce pianiste, catalogué par la critique au début de sa carrière (à l’instar de son collègue Ahmad Jamal) comme “pianiste de bar” (Mon dieu, faut-il ne pas avoir d’oreille et aucun sens du swing !), s’est vite fait une place dans le “top ten” des pianistes de jazz les plus célèbres de l’histoire du jazz. Il réalise la meilleure vente de disque de jazz instrumental de tous les temps avec “concert by the sea” enregistré en 1955. Ce fut le 1er disque de jazz au monde à dépasser le million de ventes en 1958.

Musicien exceptionnel au style unique, il développe un jeu très orchestral, tout en nuances, avec une main gauche “infernale” qui assène les 4 temps et les relances, comme le ferait la rythmique de Count Basie. Culture, humour, romantisme, swing omniprésent, si beaucoup de pianistes se sont abreuvés de son style, peu d’entre eux sont capables de reproduire son jeu tellement particulier…

A cette occasion, Docteur jazz fait une petite interview du pianiste Pierre Christophe, qui est (entre autres…) l’un des plus digne représentant Européen, voire mondial, du style emblématique d’Erroll Garner. Élève du fabuleux Jaki Byard, il possède une grande culture, qui fait également de lui un sideman recherché.

Photo : Zoé Forget

DJ : Bonjour Pierre, peux tu te présenter ?

PC : Pianiste de jazz et compositeur né en 1969, j’ai étudié le piano classique enfant au conservatoire avant d’entrer dans la classe jazz de Guy Longnon au Conservatoire de Marseille. Par la suite j’ai étudié avec Michel Grailler et passé 4 ans auprès de Jaki BYARD à la Manhattan School Of Music.

DJ : Quelles sont tes principales influences ?

PC : Erroll Garner, Jaki Byard, Bill Evans pour les pianistes, Maurice Ravel et Claude Debussy pour le classique.

DJ : Quels sont ton pire et ton meilleur souvenirs ?

PC : Mon meilleur souvenir:  2 soirs au Sunset avec l’altiste Frank Morgan, très malade (il décède juste après dès son retour aux USA) il joue chaque morceau comme si c’était la dernière fois et on est bouleversé sur scène quand il joue ” Goodbye” de Gordon Jenkins ( j’ ai l’ enregistrement , un moment de pure poésie ).

Plus mauvais souvenir à ce jour : être obligé de jouer du Bénabar j’ai voulu vraiment arrêter la musique ce soir-là.

DJ : Ta définition du jazz ?

PC : liberté encadrée.

DJ : Si tu étais un standard de jazz ?

PC : Dreamy (d’Erroll Garner) , la musique et le titre collent  à ma personnalité.

DJ : Que représente pour toi le style d’Ergol Garner ?

PC : Garner représente pour moi la perfection, c’est un puit sans fond de swing et d’idées mélodiques jouées avec un son de piano magnifique et unique. A l’aise sur tous les tempos et dans toutes les tonalités, c’est le jazzman qui m’a donné envie d’être musicien. La prise de risque perpétuelle dans son jeu et son sens de l’humour en font un musicien unique et inimitable. Si je devais résumer Garner en un mot: MAGICIEN.

DJ : Quels sont tes projets ?

PC : prochain projet : un album en duo de compositions originales avec le guitariste Hugo Lippi ( sortie en Nov 2021 ).

Caricature d’Erroll Garner par Rik (Amandine Ricart) – Papiers découpés

Mimi Perrin & les “Double Six”

Le groupe vocal dans le jazz – Scat ou vocalese ?…

Depuis les débuts et même avant, le groupe vocal a toujours été présent dans la musique de jazz (le gospel song faisant partie de sa préhistoire…).

A cappella ou non, il n’a cessé de se développer, de s’affirmer, de se sophistiquer, tout au long de l’évolution du jazz.

Inspiré des « Barbershop », chœurs d’hommes « A cappella » qui se développèrent dans le sud des États-Unis à la fin du 19ème siècle, utilisant une technique à 4 voix serrées en homorythmie avec le chant lead qui se trouve en deuxième voix (technique réutilisée par les trios et quartets vocaux des big bands des années 30 notamment, chez Jimmy Lunceford par exemple), il évoluera jusqu’à des groupes très sophistiqués comme « Take 6 » ou « Accent » actuellement.

On ne peut évidemment pas évoquer tous les groupes vocaux qui ont marqué l’histoire du jazz, mais tout de même… Les « Mills Brothers » (les pionniers incontestés), les « Hi-Lo’s » (aventureux et instigateurs du groupe vocal « moderne »), les « Meltones » (groupe vocal formé par Mel Tormé), les « Modernaires » (groupe vocal associé au big band de Glenn Miller), « Lambert Hendricks & Ross » (groupe qui a directement inspiré Mimi Perrin), « The Manhattan Transfer », « L.A Voices » etc…

En France, c’est essentiellement dans les années 50 que l’on voit l’émergence de groupes vocaux, parfois à la frontière du jazz (avec les « Parisiennes » de Claude Bolling par exemple, et plus tard les « Swingle Singers »), cette musique prenant un essor nouveau et suscitant un énorme engouement dans la période de l’immédiat après-guerre…

C’est dans ce contexte que naquit en 1959 le groupe de « vocalese » français : les « Double Six ». Imaginé et fondé par la pianiste et chanteuse Mimi Perrin, ce groupe, inspiré par le travail de Jon Hendricks, restituait (accompagné d’une section rythmique) des orchestrations de big bands, en reproduisant les 12 voix de cuivres. Il utilisait pour cela le procédé (tout nouveau) du « re-recording », en enregistrant deux fois 6 voix, sur deux pistes distinctes. 

Les “Double Six” 1962. Tous droits réservés

Pourquoi ce terme « vocalese » ?

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Eté 2021 : On ressort les instruments !

Les musiciens et acteurs de la culture sont enfin de nouveau autorisés à se produire sur scène, les salles et festivals à accueillir du public (sous certaines conditions). 

Réjouissons-nous !!

Cela dit, on peut se poser la question de savoir, hormis les grosses manifestations subventionnées, ce qu’il va rester du tissu associatif culturel ? Ce réseau qui fait vivre 90 % des artistes…

L’arrêt prolongé (près de 15 mois), des manifestations culturelles « physiques » aura sans doute fait beaucoup plus de mal qu’on ne le pense, car nombre de petites structures ont déjà mis la clé sous la porte.

Restons toutefois optimistes, certaines associations vont renaître, d’autres se créer, les réseaux sociaux peuvent aider à promouvoir les actions favorisant la relance des concerts, comme de tout évènement culturel public (cinéma, théâtre, expositions…).

Et puis peut-être plus simplement, faut-il encourager les gens à sortir, à aller au cinéma, au théâtre, au concert ! Notre métier, notre passion, c’est avant tout le partage et la communion avec le public !

Le blog Docteur Jazz souhaite s’engager également dans cette voie, et ouvrira prochainement une rubrique “agenda”. Vous pourrez y faire la promotion de vos manifestations, concerts, festivals, stages etc…

Bonne reprise à toutes et tous !

Amandine et Stan

Interview de David Linx

Vocaliste incontournable de la scène internationale, David Linx répond aux questions de Docteur Jazz. Nous aurons le plaisir de l’accueillir lors d’une des prochaines sessions du stage de Scat à Angers !

Photo : Alexandre Lacombe

DJ : Bonjour David, merci de prendre le temps de cette interview sur le blog ! Peux-tu te présenter ?

DL : Je m’appelle David Linx, je suis chanteur de jazz, compositeur et parolier (pour d’autres artistes et chanteurs/chanteuses). Je suis professeur de chant et ensembles vocaux depuis 25 ans à la section jazz du Conservatoire Royal de Bruxelles, ainsi que professeur invité au conservatoire d’Amsterdam aux Pays-Bas depuis environ 10 ans. Professeur en résidence à la Jazz Academy de Sienne en Italie depuis cette année, je donne également des masterclass lorsque je suis en tournée (Capilanou University au Canada, Wharton Institute dans le New Jersey, NYC appreciation classes, Taiwan, Brésil, etc…).

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Scatting & acting. Tribute to the “Double Six”

Sur le standard de Neal Hefti, écrit pour Count Basie : “Flight Of The Foo Birds”

Le travail et les enregistrements du groupe vocal Français les “Double Six“, créé et dirigé par Mimi Perrin au début des années 60, font partie du patrimoine international du jazz vocal. Cette vidéo rend hommage à ce groupe mythique et à sa créatrice.

Je me suis livré à l’exercice de “vocalese”, qui consiste à écrire des paroles sur le thème, mais aussi sur les solos des instrumentistes. (Toutes les paroles sont dans la description de la vidéo). Le standard : “Flight Of The Foo Birds”, devient : “Fais Pas l’Dur Joe”.

Egalement en ligne : un article sur le travail d’écriture de Mimi Perrin

1er Anniversaire du blog !

1 an déjà !!

Un grand merci à vous toutes et tous, qui nous suivez, nous soutenez, qui relayez nos publications !

DOCTEUR JAZZ en 1 an, c’est :

  • 80.000 connections
  • 700 abonnés
  • 50 vidéos faites « maison », tutorielles ou artistiques        
  • 1 chaîne YouTube avec 700 abonnés                       
  • 1 page Facebook avec 700 abonnés
  • 10 formations ou stages en ligne
  • Plus de 300 partitions en ligne
  • Des dizaines d’interviews, de podcasts, d’articles de fond
  • De la passion, et des compétences partagées
  • Un souci de l’ergonomie, des visuels originaux
  • Un « brain storming » permanent pour ouvrir et donner accès au jazz, au plus grand nombre, sans ostracisme…
  • Des projets plein la tête… !
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Les grands banjoïstes à la Nouvelle-Orléans et à Chicago.

Il est impossible de dresser une liste exhaustive et d’évoquer tous les banjoïstes qui ont contribués à l’histoire de cet instrument dans le jazz traditionnel, tant ils sont nombreux.

La plupart d’entre eux jouaient également de la guitare, car il est une idée reçue assez tenace qui consiste à penser que les orchestres à la nouvelle Orléans ne jouaient qu’avec un banjo et un tuba… 

En fait, tout dépendait de la nomenclature du reste de l’orchestre et surtout des conditions de jeu ou d’enregistrement. Si le banjo a rapidement pris l’ascendant sur la guitare dans les orchestres des années 10 et 20, c’est parce qu’il était plus puissant, surtout en extérieur, et que lors des enregistrements (avant 1926/27 et l’invention du microphone), il était plus efficace en tenant également un rôle de percussion (la batterie étant à l’époque encore assez sommaire et difficilement enregistrable).

A la lecture de biographies diverses, de documents, de récits, on s’aperçoit que « l’âge d’or » du banjo dans le jazz se situe assez clairement entre 1917 (premier exode de musiciens de N.Orleans à Chicago) et 1930 (arrivée du swing et de la pulsation à 4 temps des big bands). Avant 1917, la guitare était majoritairement employée dans les orchestres (comme on le constate sur les photos des années 1910 ci-dessous).

On comprend également, que les orchestres de parades (Brass bands) qui étaient engagés pour jouer à poste fixe et qui ne pouvaient avoir un piano sur place, préféraient le banjo (souvent un 6 cordes) à la guitare, moins puissante…

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Le banjo 6 cordes… Un instrument hybride pour les guitaristes fainéants ?…

Les idées reçues concernant le banjo à la Nouvelle-Orléans sont parfois tenaces…

Le banjo avant 1917 et le premier exode des jazzmen de N.O à Chicago, n’a qu’une place limitée dans les orchestres de jazz. Le “Blues” qui a conduit (pour une grande part) à la naissance du jazz, avait un instrument “roi” : la guitare ! C’est donc tout naturellement que cet instrument se retrouve au coeur de la rythmique des premiers orchestres jouant à poste fixe à la N.O.

A Chicago, les orchestres s’étoffent rapidement, et la guitare commence a être remplacée par le banjo qui est plus puissant et apporte un soutien rythmique plus efficace au piano (lorsqu’il y en a un dans l’orchestre).

La guitare, à l’époque, était rarement jouée avec des accords à plus de 4 sons (Ecoutez Eddie Lang ou Lonnie Johnson par exemple). les guitaristes utilisaient des triades simples sur les cordes aiguës et se servaient des cordes graves pour faire des basses marchantes…

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Comment choisir et régler son banjo…

Stan Laferrière vous oriente pour choisir votre instrument, son type, son modèle, et vous donne quelques tuyaux pour le régler…

Une formation est maintenant disponible ICI. Elle vous permettra de travailler votre tempo, votre esthétique de jeu. Stan vous donne quelques conseils pour accompagner en souplesse et en finesse ! (Oui oui ! c’est possible ! 😉

Lisez également l’article sur “le banjo dans le jazz”

Stan joue du Plectrum accord “Chicago” dans l’orchestre Honeymoon

Interview de Christophe Davot

Christophe Davot, guitariste, banjoïste et vocaliste de grand talent, répond aux questions de Docteur Jazz, et nous présente son projet “Paris Gadjo Club”.

DJ : Bonjour Christophe, peux-tu te présenter ?

CD : Je suis guitariste, banjoïste, chanteur, interprète, arrangeur, compositeur et preneur de son. 

DJ : Quelles sont tes principales influences ?

CD : Grâce à mes parents et frères et sœurs j’ai eu la chance de baigner dans différents univers de bonne musique depuis ma plus tendre enfance. Cela va de la musique classique jouée par ma mère pianiste (1er prix de conservatoire), aux musiques jazz, folk, pop, la chanson francophone bien-sûr et la musique latine entre autres styles. En ce qui concerne plus précisément le jazz, c’est mon oncle guitariste Anglais Tony Male qui m’a transmis le virus de Django Reinhardt quand j’avais 13-14 ans . Il était lui même un excellent guitariste ami de Joe Pass, capable de jouer à la note les solos du géant manouche. J’aime autant vous dire que ça marque au fer rouge la mémoire d’un ado et ça a orienté mes choix par la suite.

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“Standard suspect” N.6

Le quizz “Standard suspect”

Voici la proposition du guitariste et pédagogue Cyril Achard.

Dans cette rubrique, je poste une grille de standard. Elle est en général ré harmonisée, légèrement ou franchement (mais pas obligatoirement). Dans tous les cas, elle colle bien entendu parfaitement avec la mélodie d’origine.

A vous de trouver de quel standard il s’agit !… En commentant le post ici même (en bas de la page)

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Résultats du défi scat N.1 “Scat toujours !”

Voici les résultats du premier défi scat !

Il y a eu beaucoup de participants, avec de très bonnes choses !

Les critères pris en compte (justesse, mise en place, intonation…) m’ont permis de dégager un gagnant, mais les autres n’ont pas démérité . Deux hommes ont participé et c’est l’un d’eux qui l’emporte ! Bravo à Eric PRETERRE !

Eric a un parcours d’enseignant-pédagogue, d’instrumentiste (saxophone, guitare) et de chanteur. Il a longtemps dirigé une troupe de comédies musicales (anglo-saxonnes), chanté dans de nombreuses formations vocales (Quartet style Manhattan Transfer, Sextet A Cappella, Quartet Gospel …) et fait chanter de nombreux adolescents dans des projets aux quatre coins de la planète. Il a vécu aux Etats Unis où il s’est imprégné de musiques et culture Afro-Américaines. En France il a monté plusieurs spectacles en hommage à des chanteurs qui l’ont marqué et influencé : Tom Waits, Nat King Cole, Nougaro…

Pour en savoir plus sur Eric, voici le lien vers son site.

Bientôt un nouveau défi … En attendant, vous avez une formation en ligne à votre disposition ICI

Un stage cet été à Angers avec Déborah Tanguy ICI

Et un tuto pour relever un solo en scat ICI

Interview de Patrice Caratini

Contrebassiste, compositeur et arrangeur, Patrice Caratini est depuis des décennies, un acteur important de la scène du jazz Français. Il vient de recréer avec l’ONJ, une pièce majeure de l’oeuvre d’André Hodeir (Article à lire sur le blog). Il a bien voulu répondre à quelques questions au micro de Docteur Jazz.

Anna Livia Plurabelle par Patrice Caratini et l’ONJ

André Hodeir

André Hodeir (1921-2011)

On a parfois du mal à reconnaitre le talent et l’influence d’artistes Français lorsqu’il s’agit de Jazz. S’il existe véritablement une « école » de jazz Français (qui remonte aux années 20, nous en reparlerons), il existe bel et bien une « école » d’écriture jazz en France, et André Hodeir en est assurément une des figures de proue.

Violoniste, arrangeur, compositeur, chef d’orchestre, pédagogue, écrivain, musicologue, André Hodeir est un artiste polymorphe, ce qui le place de facto dans la catégorie des « inclassables » (Voir notre article polémique…)

Disciple et admirateur de Charles Delaunay et Hugues Panassié (fondateurs de jazz Hot en 1935), il s’éloignera cependant de ce dernier (à qui il avait dédié en 1945 son premier ouvrage « Le jazz cet inconnu »), à l’arrivée du Bebop en France en 1948.

Musicien et musicologue érudit, compositeur et arrangeur aventureux, l’apport d’André Hodeir au jazz « moderne » et à son écriture, est tout aussi important que les travaux de musiciens comme George RussellGil Evans, ou Gunther Schuller, qui firent émerger le « third stream » (lire l’article sur le répertoire du jazz) dans les années 50.

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Comment relever un solo instrumental en SCAT ?

A l’invitation de Karine Sula Gene et de son blog “Plus que du chant”

Karine Sula Gene, vocaliste originaire de la Guadeloupe, propose des formations de très grande qualité pour les vocalistes débutants à confirmés, sur son blog “Plus que du chant”.

Elle suit actuellement personnellement, la formation proposée par Docteur Jazz “Aborder le SCAT”, et nous fera part de son expérience, étant novice en matière de Scat… Elle m’a demandé de faire un petit tuto pour inciter les personnes qui pensent ne jamais pouvoir y arriver, à se lancer…!

Cette vidéo traite du morceau proposé pour le premier défit scat “Scat Toujours”, auquel je vous invite à participer !… Du coup vous n’avez plus d’excuses : je vous explique tout ! 😉

Si vous voulez approfondir la question, vous avez deux options:

Une formation online sur le SCAT, où je vous guide pas à pas (elle est en promotion jusqu’au 31 mai)

Un stage d’été à Angers, les 9 et 10 juillet 2021 !

Karine m’a également interviewé sur son blog

Newsletter de Mai 2021

L’horizon s’éclaircirait-il enfin pour les artistes ? Pourrons-nous de nouveau jouer en « live » pour du vrai public, à partir du mois de juin ? Nous sommes tous dans une expectative, excitée pour certains, exaspérée pour d’autres…

Le blog Docteur Jazz est plus actif que jamais, à l’aube de son premier anniversaire (le 1er juin prochain). 

Le mois du vocal se termine, mais de nouvelles vidéos « scatting & acting » sont en ligne (« FEVER »), d’autres se préparent, ainsi qu’un tuto pour le défi SCAT « Scat toujours »

De nouvelles interviews et podcasts de vocalistes seront également bientôt publiées.

Le stage de SCAT avec Stan Laferrière et Déborah Tanguy est toujours ouvert aux inscriptions ! Dépêchez-vous, le nombre de places est limité !

La promotion sur le lancement de la formation sur le SCAT prendra fin le 31 mai ! Profitez-en !

La rentrée de septembre devrait s’enrichir d’une page dédiée aux enfants de 0 à 8 ans : « LES P’TITS SWING », avec des vidéos sur les comptines revisitées par Stan et illustrées par Amandine !… Également une histoire du jazz racontée aux enfants, et des jeux jazz…

A très vite sur le blog !

Stan Laferrière

Scatting & acting “FEVER”

Voici une autre vidéo de vocal multitrack. Un arrangement écrit pour mon TENTET en 1998, sur lequel j’ai ajouté un arrangement vocal… FEVER, morceau composé et enregistré en 1956 par Little Willie John, mais véritablement popularisé par la version de Peggy Lee en 1958 (Accompagnée de Joe Mondragon à la contrebasse et Shelly Manne à la batterie).

Encore une occasion de mettre en lumière les formidables musiciens qui composaient ce collectif du TENTET :

Laurent Bataille (d) Claude Egéa, Sacha Bourguignon (tp) J.C Vilain (tb) Thomas Savy, Pierre Mimran (ts) Nicolas Montier (as) Stéphane Chausse (bass clarinet) Didier Havet (tuba) Stan Laferrière (vocals, arr)

L’arrangement du TENTET est disponible ICI

Une formation sur le SCAT vous attend ICI

Interview Jean-Baptiste Craipeau

Vocaliste, bassiste et arrangeur Français de tout premier plan, Jean-Baptiste Craipeau évolue dans le monde du jazz vocal (mais pas que), en solo bien entendu, mais aussi au sein d’un groupe vocal international “A Cappella” qui compte parmi les meilleurs de la planète : ACCENT.

Jean-Baptiste répond à mes questions et nous présente son travail…

DJ : Bonjour Jean-Baptiste, peux-tu te présenter et nous parler un peu de ton parcours ?

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Interview de Camille Bertault

Vocaliste de grand talent, Camille Bertault est une artiste et une musicienne complète. Touchant aussi bien au jazz, à la musique classique, à la chanson Française, au théâtre, c’est une figure incontournable du jazz vocal actuel. Elle a bien voulu répondre aux questions de Docteur Jazz…

Site Web

Interview de Médéric Collignon

Vocaliste et cornettiste inclassable (et c’est tant mieux), Médéric Collignon est une figure incontournable du jazz vocal hexagonal. Sa culture, sa technique vocale impressionnante, son style et ses influences, nous font voyager dans des univers très variés et parfois même iconoclastes… Grand admirateur de Louis Armstrong, son exubérance (toujours à propos, musicalement) me fait terriblement penser à la chanteuse Allemande Nina Hagen. Médéric répond aux questions de Docteur Jazz.

Photo: Alexandre Lacombe

Médéric sera l’un des prochains intervenants au stage d’été de SCAT organisé par Docteur Jazz !

Découverte du SCAT par la vocaliste Karine Gene “Sula”

Karine GENE « Sula », passionnée de chant, chanteuse et formatrice.

Karine a commencé sérieusement l’apprentissage du chant, de la théorie musicale et de la scène, à Londres avec des cours du soir au Goldsmiths College, dans les années 2000. Depuis, elle a évolué dans divers groupes (reggae, blues, jazz, ballades d’Afrique de l’Ouest, rock). 

Elle accompagne les chanteurs en devenir à travers le blog  “Plus que du chant” Le but de ce blog, est d’apprendre à chanter et à développer son univers musical : cela implique d’acquérir ou de développer la confiance en soi, d’identifier ses goûts, de découvrir les pratiques du chant au travers de divers styles musicaux, de dépasser ses a priori et limites, de s’autoriser à chanter en langues étrangères… Tout cela en plus du travail pur de la technique vocale. Tout ce par quoi elle est passée…

Voici son témoignage sur l’univers du SCAT. Elle vient de commencer la formation sur le Scat, proposée par le blog, et nous fera part de son expérience d’apprentissage… A suivre donc !

Mon premier cours de scat

Je viens partager avec vous mes pensées, juste avant mon premier cours de scat, il y a une vingtaine d’années…

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Interview de Michele Hendricks

Continuons notre petit tour du monde du SCAT dans le cadre du “mois du vocal” sur le blog. Artiste américaine installée en France depuis de nombreuses années, Michele Hendricks perpétue avec un immense talent, la tradition familiale (Son père Jon est un grand scatteur, fondateur du trio vocal “Lambert, Hendricks & Ross”). Elle répond aux questions de Docteur Jazz…

Une petite bio de Michele :

Michele HENDRICKS, chanteuse Américaine, auteur-compositeur, monte sur scène à huit ans avec son père Jon HENDRICKS, lui-même chanteur, parolier et fondateur du fameux trio vocal Lambert, Hendricks & Ross. Dès l’âge de quinze ans, Michele tourne régulièrement en Europe avec son père, jusqu’à la fin de ses études de danse et de théâtre à Londres. Elle poursuit des études musicales à San Francisco, avant de revenir à New York, dont elle est originaire, pour deux ans durant lesquels elle travaille avec Buddy Rich et Stan Getz.

Michele retourne ensuite à San Francisco pour chanter dans le spectacle de Jon HENDRICKS “Evolution of the Blues”, qui reste six ans à l’affiche. Elle monte ensuite son propre groupe, avec lequel elle travaille dans la region.

Elle rejoint son père quand il forme son nouveau groupe “Jon HENDRICKS & Co”. Ils enregistrent l’album “Love”, nominé pour les Grammy Awards, et pour lequel Michele a fait les arrangements.

Michele quitte finalement le groupe pour entamer une carrière en solo, et chante aux USA, en Europe et au Japon. Elle a chanté aux festivals de New Orleans, New York JVC, Wichita, Monterey, Newport, Copenhague, Francfort, Ljubljana, Helsinki, Northsea (La Haye), Stockholm, Oslo, Pori, Umbria, Lugano, Mount Fuji, Tokyo, Osaka, Marciac, Vienne, Orléans, Vannes, Munster, Paris (Halle That Jazz) avec Herbie Hancock pour son projet Gershwin’s world, Madagascar…

Elle a également participé à de nombreux shows télé aux USA et en Europe.

DJ : Hi Michele, can you tell us witch are your main influences ?

MH : My father, obviously, for several reasons:

One, he had a saying when people asked him for lessons. “Listen!” He didn’t read music. He couldn’t tell you the names of the chords in a song, but he could scat over any chord changes like a sax player. 

Two, working with him was the greatest ear training I ever had. I was the only one in the group who could read music, so everything was learned totally by ear. We had no charts. Dad would give me a cassette of the original instrumental of a song he wanted us to do, and say, “Here, find 4 parts.” So I would listen 10 million times and sing each voice; soprano, tenor & bass. (I was alto) along with the original recording as a playback, onto another cassette. Everyone would listen and memorize their part. All those years listening and memorizing, solos & backgrounds, of all that repertoire, (Basie, Ellington, Horace Silver, The Jazz Messengers, etc.) developed my ears and taught me how to improvise. To this day, I advise all my students to memorize sax solos to get a good scat vocabulary. 

Three, what a showman he was! Audiences loved him! The importance of stage presence was a great lesson. Thank you, dad!

Another major influence for me was Bobby McFerrin. I met him at a jam session in San Francisco and thought, « Whoa! Who is THIS guy? » I introduced myself and discovered we were neighbors. He had just moved to town from Salt Lake City. This was before anybody knew who he was. But whenever he had a gig, I told everybody who’d listen to come check him out! I told dad about this amazing singer I had met, and when we needed to suddenly replace my brother in the group, Jon Hendricks & Family, we called Bobby. It was a Friday. We were in New York, due to open the following Tuesday for 5 days. Bobby flew in on the Saturday and the 2 of us spent the next 3 days in a room, me quickly making cassettes for him to learn and memorize. Remember, we had no charts and didn’t have the cassettes with us on tour! I was also frantically scribbling all the lyrics. We opened that Tuesday and Bobby had every note and word down pat! He learned, by ear, the entire repertoire in 3 days! He was, is, and always will be, as far as I’m concerned, one of the greatest musical geniuses on the planet. He worked with us for about a year. The lessons I learned working with him were invaluable. He started singing a cappella when we had a gig for several nights with an awful pick up band and he told them to just lay out and he sang alone! He was the one that whispered in my ear, “Sing the chords”. Changed my scatting forever. One day, he had me sing a rhythmic riff he had written down and asked me if I recognized it. I said no, and he had me sing it again, several times. When I said that I still didn’t recognize it, he told me that I finished just about every phrase of scat with that very same rhythm! I couldn’t believe it. But sure enough, I soon realized that he was right! That’s when I became aware of the tantamount importance of rhythm in scatting. Thank you, Bobby!

And finally, Joao Gilberto, for a piece of advice he gave me that changed everything. I was living in Stan Getz’s house at the time when he and Joao were making The Best Of Both Worlds. (I was in a vocal group with Stan’s daughter, Beverly, and Buddy Rich’s daughter, Cathy). Joao would have me sing with him sometimes, and one day he stopped playing and said, “No, no, no, Michele. No, one, two, three, four. » And waving his arm around expansively, said, « Anywhere you like.” He was talking about phrasing. I was never the same. Thank you, Joao!

DJ : Can you tell us your best & worst memories ?

MH : Best: Seeing Ella live and her inviting dad to scat with her on How High The Moon, (a memory dad and I rend homage to on my CD, A Little Bit Of Ella), and getting to meet her afterwards. I was tongue-tied! 

Worst: Jon Hendricks & Company arriving at a gig where the organizer had no sound system! He didn’t understand why we couldn’t sing without mikes! Someone bought their home stereo system over, but it was such a crappy sound we did the gig with no sound system. Intimate, but lacking punch, to say the least! A disaster.

DJ : A word or simple phrase to define jazz ?

MH : Freedom !

DJ : If you were a jazz standard ?

MH : I’m Old-Fashioned

DJ : Have you some projects ?

MH : Next CD, a tribute to my father.

DJ : Thanks a lot Michele ! We hope we’ll have you on the annual SCAT’s masterclass in Angers soon !… Take care !

YouTube

Scatting & Acting “Nuptial March”

Un arrangement original des années 90 pour mon Tentet + Electrio (avec en invité Michel Perez à la guitare), sur lequel je me suis amusé à ajouter un arrangement vocal à 8 voix… L’occasion de rendre un petit hommage à ce collectif du Tentet, qui a représenté une partie importante de ma jeune carrière, et pour lequel j’ai une affection toute particulière !…

Pierre Maingourd (bass), Laurent Bataille (drums), Claude Egéa, Guy Bodet (tp), J.C Vilain (tb), Nicolas Montier (as), Thomas Savy, Nicolas Dary (ts), Stéphane Chausse (bass clarinet), Stan Laferrière (keyboards-vocals).

Une formation sur le SCAT est disponible ICI

Une stage d’été sur le SCAT vous attend ICI

Newsletter d’avril 2021

Bonjour à toutes et à tous,

AVRIL : c’est le mois du VOCAL sur le blog !

Un nouveau « département » s’ouvre sur le blog, pour tous les vocalistes !

Au menu :

Une formation online sur le SCAT, qui vous guide pas à pas pour acquérir les bases de cette technique. Profitez du prix de lancement jusqu’à la fin du mois de mai !

Un stage annuel de 2 jours à ANGERS, avec des intervenants prestigieux ! Cette année, c’est Déborah Tanguy qui interviendra ! Inscrivez-vous dès à présent, le nombre de places est limité !

Un défi de SCAT « Scat toujours », ouvert à tous ! doublez en scattant, un solo que je sélectionne ! Le premier défi est déjà en ligne ! Je compte sur votre participation !

Des interviews et podcasts de grands spécialistes du SCAT (Michèle Hendricks, Déborah Tanguy, Camille Bertault, Médéric Collignon, Kateryna KravchenkoVarijashree Venugopal, David Linx…) 

Des transcriptions vocales et des arrangements pour vocalistes (avec un ONZTET ou un BIG BAND) disponibles dans la boutique.

En avril ne vous découvrez pas d’un fil, mais joignez l’agréable à l’utile…

Profitez de la moindre occase, pour consulter le Docteur Jazz…

Interview de Varijashree Venugopal

Dans le cadre du mois du vocal sur le blog, continuons à explorer le scat à travers le monde… J’aimerais vous présenter cette artiste indienne exceptionnelle, vocaliste et flûtiste, que j’ai découverte il y a quelques mois sur YouTube (Le net a parfois des aspects bien réjouissants !). Le l’ai contactée, et elle a accepté de répondre à mes questions… Un petit aperçu de son talent ICI

photo:  Shashank Jodidar

DJ : Hi Varijashree, Indian traditional music seems to be a bit far from jazz music (anyway… maybe not that far…) How did you come to Jazz music?

VV : I come from a background of South Indian Classical Music (Carnatic Music). Both my parents are musicians and are the reason for me being a musician.

Throughout my childhood I was fortunate to be exposed to all possible kinds of music that were available at that time.

Jazz specially caught my attention because of the intricate structure of compositions and improvisation. I found myself exploring more and more, and understanding how different and how similar Indian Classical music and Jazz are, with respect to each other. It has been a great journey so far, learning a new thing everyday.

DJ : Which are your main musical influences (styles-musicians)?

VV : Training in Carnatic Music has been my biggest strength. This rich foundation has helped me approach different styles of music, enjoy, understand, appreciate, and apply into my own music.

Apart from Carnatic Music, I’m hugely influenced and inspired by Jazz, Brazilian, Afro – Cuban, Ghazals, etc.

DJ : A word or a simple phrase to define jazz in your opinion?

VV : Boundless expression.

DJ : If you were a jazz standard?

VV : “Naima”

DJ : What are your projects?

VV : I’ve a couple of projects lined up including a tutorial series for Indian and Global musicians, and an album I’m producing in collaboration with Michael League of Snarky Puppy.

DJ : Thanks a lot Varijashree, we will follow your works ! Take care

En attendant, voici les liens pour consulter son site Web

Et sa chaîne YouTube

Le défi vocal “SCAT toujours !” N.1

Vous êtes vocaliste, ou instrumentiste/vocaliste ?

Ce petit challenge est pour vous !!

Je vous propose de doubler à la voix (en scattant donc), un solo que j’ai sélectionné.

Vous pouvez utiliser les onomatopées de votre choix, en essayant de coller au plus près du timbre et des intonations de l’instrument doublé… (vous avez des exemples ICI)

Le SCAT que je jugerai le meilleur, sera publié sur le blog !

Entre autres critères de sélection, je jugerai la justesse, la précision des attaques et du rythme, l’intonation…

Au bout du Dixième Défi, je choisirai le meilleur des 10 et proposerai à son auteur (auteure) de faire une vidéo de scat en duo avec le « Docteur » 😉

Le sujet de ce premier défi :

Le solo de trompette bouchée de Harry « sweet » Edison dans It’s Only A Paper Moon avec le trio de Nat King Cole. De 0’57 à 1’43

A vous de jouer !! (De scatter pardon ! … )

Vous avez jusqu’au 15 mai à minuit !!

Envoyez en MP3, votre doublage par-dessus l’original, à : contact@docteurjazz.com

Scatting & acting “THE GYPSY”

Un superbe arrangement de “The Gypsy” écrit par la tromboniste et arrangeuse Melba Liston, pour Phil Woods et le big band de Quincy Jones.

Voir la vidéo

La transcription complète des leads, harmonies et solo, est disponible ICI

La transcription complète pour big band (scores et parties séparées), c’est LÀ

Une formation sur le SCAT vous attend ICI

Vous pouvez vous inscrire également au stage annuel sur le SCAT ICI

Interview de Kateryna Kravchenko

Dans le cadre du “mois du vocal” sur le blog Docteur Jazz, j’aimerai vous présenter quelques vocalistes étrangères… C’est le cas de Kateryna Kravchenko, chanteuse, compositrice et arrangeuse Ukrainienne, que j’ai découverte par hasard sur YouTube avec une vidéo, où elle double un solo de Dizzy Gillespie… Elle a bien voulu répondre à quelques questions.

DJ : Hi Kateryna, can you give us a short presentation ?

KK : My name is Kateryna Kravchenko. I am a native Ukrainian jazz singer and composer, now living in Germany. Since 2013, I’ve been actively participating in various jazz competitions and festivals in which I’ve won many awards. I performed with the Alexey Petukhov Quartet, sharing stage with Allan Harris, Eve Cornelious, Benny Benack III and Rachel Therrien. Since 2018, I’ve been studying Jazz Vocals at the Carl Maria von Weber School of Music in Dresden. At the end of 2020, I and my band released our debut album Stories.

DJ : Which are your main influences ? (Singers-musicians-styles)

KK : When I was 11 years old, my vocal teacher had me listen to a recording of Ella Fitzgerald singing Airmail Special. I’d never heard ‘scatting’ before and this recording completely changed my life. It was so fascinating! I wanted to listen to it day and night! I believe this passion is what inspired me to become a jazz musician. In recent years, I’ve mainly studied music that focuses on singers like Cécile McLorin Salvant, Jazzmeia Horn, Kurt Elling, Bobby McFerrin, Gretchen Parlato, and Norma Winstone. I’m also putting more and more effort into composing my own music, for which I’m mostly inspired by the works of Wayne Shorter, Avishai Cohen,and Kenny Wheeler. 

DJ : What do you think about “scatting” in jazz vocal’s world ?

KK : I believe that thanks to “scatting”, a singer’s voice becomes more like an instrument, and this gives singers the opportunity to improvise, and express their musical individuality.

DJ : Just a word or a simple phrase to define jazz ?

KK : Originality & creativity in expressing deep, intense moods.

DJ : If you were a jazz standard ?

KK : Hmm…  I’d say Joy Spring by Clifford Brown. 

DJ : What are your projects ?

KK : In 2018, I brought together a quartet of musicians from Brazil, Poland and Germany; and I like composing and arranging music with them. Recently we released our debut album Stories. Since 2020, I became a member of the National German Youth Orchestra — BuJazzO, which I enjoy singing in as part of their vocal ensemble and big band. The exchange of musical experiences with my homeland is also very important to me. I hope my band will soon be able to play concerts in Ukraine again, as well as hold workshops in children’s music schools there in order to develop the jazz culture of my country.

DJ : Thank you so much Kateryna, we will (I will, for sure) follow your works. Take care !

Stan

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Album “Stories”

Single “Gdybym” 

Une formation et un stage de SCAT sont disponibles dans la boutique du blog, pour tous les niveaux…

Interview de Fabien Mary

Merveilleux trompettiste, Fabien Mary irradie la scène musicale du jazz Français et international depuis deux bonnes décennies. Je l’ai connu tout jeune, et j’ai eu le plaisir de jouer à ses côtés, notamment en l’invitant dans mon Tentet dans les années 2000. Le blog est aussi là pour donner un petit coup de projecteur sur les beaux projets, et notamment lorsqu’il s’agit d’écriture ! Fabien lance une campagne de collecte de fonds pour produire son projet en Big band (avec le magnifique “Vintage Orchestra”) dont il a signé toutes les orchestrations ! Je lui ai donc posé quelques questions…

DJ : Peux tu te présenter ?

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Formation sur le SCAT vocal

Le blog a le plaisir de vous annoncer la mise en ligne d’une toute nouvelle formation, assortie d’un stage les 9 et 10 juillet 2021, sur le SCAT vocal.

Voir la vidéo

Cette formation, inédite sur le net, s’adresse aux vocalistes bien entendu, mais aussi aux instrumentistes de tous niveaux, qui souhaitent se désinhiber, travailler leur respiration, leur prise d’air, leur articulation (c’est également valable pour les instrumentistes « non soufflants »), et intégrer dans leur langage, des notions purement « jazz » telles que les effets ; bend, fall, glissando, vibrato etc…

4 modules de travail, débriefés dans 4 vidéos, des transcriptions de grands scatteurs, des transcriptions d’instrumentistes pour travailler les effets, des cours en PDF…

Pour plus de détails sur la formation, c’est ICI

Et pour le stage, c’est LA !

L’accompagnement jazz à la guitare.

J’étais l’invité du guitariste Wilfried Voyer sur sa chaîne YouTube, pour parler d’accompagnement jazz…

Wilfried propose sur sa chaîne YouTube, d’excellents tutos, qui concernent majoritairement le jazz manouche ! mais pas que… Je vous invite à aller les découvrir !

Une petite formation est également à votre disposition sur le blog, si vous désirez approfondir le sujet : “Accompagner le jazz à la guitare”

“Standard suspect” N.5

Le quizz “Standard suspect”

Voici une proposition de Pierre, un de mes étudiants en arrangement !

Dans cette rubrique, je poste une grille de standard. Elle est en général ré harmonisée, légèrement ou franchement (mais pas obligatoirement). Dans tous les cas, elle colle bien entendu parfaitement avec la mélodie d’origine.

A vous de trouver de quel standard il s’agit !… En commentant le post ici même (en bas de la page)

Lorsque je donnerai la réponse (et le podium), je posterai la grille d’origine, qui est souvent différente de la grille « usuelle ».

Si je constate que c’est trop dur, je donnerai quelques indices… 

Une fois la réponse donnée, postez votre suggestion personnelle de grille pour ce morceau, en commentant directement le post!

Tout le monde peut participer !! ne soyez pas timides !

Voici la grille du Quizz n°5. A vous de jouer !

Duke, Basie, King Cole : trois musiciens stars du jazz, trois pianistes oubliés…

De tout temps, le « star système », engendré et entretenu par les médias (Presse, radio, TV), a fait et défait des carrières, orientant souvent celles-ci vers tel ou tel aspect de la personnalité des artistes mis en lumière. Parfois, les artistes eux-mêmes se sont laissé entraîner par le tourbillon de la célébrité, mettant plus ou moins volontairement en « sourdine » une des facettes de leur talent, pour en accentuer une autre…

Quand on parle de Duke Ellington, on pense surtout au génie de la composition et de l’orchestration.

En Count Basie, l’on reconnait un exceptionnel chef d’orchestre, qui est invariablement associé à son Big Band, formidable et unique « machine à swing ».

Nat King Cole, quant à lui, est définitivement catalogué comme le chanteur « Crooneur » du siècle, titre honorifique qu’il partage avec Frank Sinatra.

Cependant, ces trois stars du jazz ont un point en commun : 

Ce sont tous des pianistes majeurs de l’histoire du jazz, dont on a souvent oublié l’importance et l’influence sur les générations de pianistes qui les ont suivis.

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Le petit jargon du jazz

“Faire des 4 x 4”

Expression utilisée par les musiciens de jazz lors des séquences d’improvisation.

Les canevas harmoniques des morceaux de jazz sont construits sur un nombre de mesures prédéfini. Un grand nombre de standards comportent 32 mesures pour une structure complète. 

Une fois que l’on a joué la mélodie (On dit « exposer le thème »), on reprend le canevas harmonique pour jouer les solos (improviser), et on enchaîne alors les structures de 32 mesures autant de fois que l’on veut, pour improviser. 

Une fois que les solistes se sont exprimés, il n’est pas rare, et notamment dans les « Jam sessions », que l’on pratique l’improvisation en « questions-réponses » entre plusieurs solistes.  Toujours sur la même structure de 32 mesures, les solistes improvisent alors à tour de rôle, chacun sur 4 mesures. On appelle cela : « faire des 4 x 4 ». Ce système est également utilisé pour faire intervenir un instrument de la rythmique ; la batterie par exemple. Dans ce cas, les solistes (soufflants) se relaieront pour donner la réplique à la batterie.

On peut noter que ce jeu de 4 x 4 précède bien souvent la reprise du thème final.

A noter également que l’on peut utiliser un nombre de mesures différent et faire des 16 x 16, des 8 x 8, des 2 x 2. Si le morceau est conçu sur un nombre impair de mesures ou non multiple de 4 (C’est rare mais il y en a plus qu’on ne pense), c’est alors au soliste qui jouera la dernière partie de la grille de s’adapter et de jouer le nombre de mesures restantes (3, 5, 6, 7…) afin de repartir sur le début du canevas…

Une petite anecdote personnelle, qui prouve bien qu’en jazz rien n’est figé ni gravé dans le marbre, y compris lorsque l’on joue du jazz dit « classique » : 

Je devais avoir 17 ans et j’assistais à un concert du saxophoniste Johnny Griffin dans un club parisien. Le batteur était ce soir-là Charles Bellonzi, magnifique batteur français (avec qui j’ai pris quelques leçons par la suite). Au cours d’un morceau joué sur un tempo assez rapide, Griffin commence à faire des 8 x 8 avec la batterie… Instinctivement, je me mets dans la peau du batteur et je compte les mesures pour tenter de comprendre son phrasé… Et là, quelle n’est pas ma surprise de constater que, ni Griffin, ni Bellonzi ne jouent des séquences de 8 mesures, chacun laissant finir la phrase de l’autre (qui pouvait parfois déborder de 1 mesure et demie, 2 mesures, 3 mesures), avant d’attaquer la sienne… Le résultat était très déroutant pour moi à l’époque, mais riche d’enseignement ! Je m’apercevais ce jour-là que l’on pouvait sortir du cadre et que l’interaction « intelligente », le respect et l’écoute, étaient les choses les plus importantes en musique !

Stan Laferrière

Interview de Cyril Achard

Guitariste et pédagogue depuis le milieu des années 90, Cyril Achard présente et partage sa passion et sa science de l’harmonie, au travers de publications passionnantes et d’un site web. Docteur Jazz avait envie de mettre en valeur son travail exceptionnel sur le sujet, et de l’associer à la formation sur l’ARRANGEMENT JAZZ proposée par le blog, tant la complémentarité des deux approches semble évidente.

Cyril a bien voulu répondre à quelques questions !

 Bonjour Cyril, peux tu te présenter ?

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Interview de Philippe Maniez

Attention ! Voici la jeune garde de l’arrangement Français ! Une plume à découvrir, avec déjà une très belle maturité et un univers personnel… Philippe Maniez répond aux questions de Docteur Jazz.

DJ : Bonjour Philippe, peux tu te présenter ?

PM : Je m’appelle Philippe Maniez, en tant que musicien je m’identifie à peu de choses près comme toi : batteur, pianiste, compositeur, arrangeur et directeur de projets. Je suis né d’une mère américaine et d’un père français, tous deux chanteur/chanteuse lyriques. La musique et les langues ont donc évidemment fait partie de mon background (petite blague d’arrangeur au passage…). J’ai étudié la batterie jazz et les percussions classiques à Lyon, avant de faire une année d’échange à UCLA puis d’intégrer le CNSM de Paris, d’où je suis sorti en 2015. Actuellement, j’ai la chance d’enseigner et de partager mon intérêt pour l’arrangement au sein du Centre des Musiques Didier Lockwood.

DJ : Quels sont les arrangeurs qui t’ont le plus influencés ?

PM : J’ai eu une expérience choc lors du premier concert du Amazing Keystone Big Band à la Clé de Voûte à Lyon (à l’époque c’était juste “The Keystone Big Band”) en 2010 il me semble. Les arrangeurs n’étaient autres que les fantastiques Bastien Ballaz, Jon Boutellier et Fred Nardin, ainsi que quelques pièces arrangées par François Théberge et Sandrine Marchetti. Ils portaient déjà un grand intérêt pour la musique pour grand ensemble, et avaient monté de toutes pièces un répertoire d’arrangements de leur cru. J’étais au premier rang, et j’ai pris une énorme dose de son ! Je suis reparti du concert impressionné et séduit par l’incroyable expérience humaine de réunir tant de musiciens sur scène. Par la suite, j’ai découvert et étudié les grands noms du jazz en grande formation : Thad Jones, Bob Brookmeyer, Maria Schneider, Marty Paich… dans mes études du jazz pour ensemble symphonique, j’ai également été beaucoup séduit par Johnny Mandel et Nelson Riddle (dont la méthode d’arrangement, peu diffusée, est un bijou !). Depuis peu, je puise également de l’inspiration chez John Hollenbeck et Vince Mendoza, avec qui j’ai eu la chance d’étudier. Lors de nos entretiens, ils ont regardé mes partitions avec beaucoup de bienveillance, en me poussant à me poser des questions, et trouver des solutions créatives aux problèmes que je rencontrais. J’admire leurs capacités à régir de grands ensembles – drastiquement différentes, au passage – avec une musique qui donne du sens aux grands ensembles, qui prend en compte les besoins et les forces de chaque pupitre, de chaque musicien. Et à créer des œuvres absolument fortes en couleurs, en mouvement, en dynamiques et en formes.

DJ : Quel est le projet dont tu es le plus fier ? Ton préféré ?

PM : Certainement l’enregistrement de l’album “EXPLODE” avec le Dedication Big Band en 2018. C’était l’aboutissement de notre résidence de 2016 à 2018 aux Petits Joueurs, où nous nous retrouvions à 17 musiciens le premier lundi de chaque mois pour jouer, tester de nouvelles pièces et créer notre son. J’avais réuni ce groupe avec la volonté d’écrire beaucoup de musique et la faire jouer par mes musiciens préférés. Leur présence continue ainsi que leur amour de la musique en grand ensemble m’ont permis d’essayer beaucoup de choses, de créer des compositions, des arrangements, d’essayer les mélanges d’instruments qui me plaisaient… qui par la suite forment d’ailleurs notre vocabulaire d’arrangeur. C’était aussi pour moi les premières expériences de création de musique avec une dimension politique et revendicatrice. C’est pour moi l’un des nombreux domaines où la musique pour grand ensemble peut exceller – lorsque 17 personnes se mettent au service d’une même cause, l’effet est forcément impressionnant, fédérateur, et parfois même inspirant. Notre premier album “EXPLODE” est porteur de cette expression politique, car nous avons choisi de publier notre album dans un format Origami cartonné, sans CD (et donc sans plastique), à l’image du label New Yorkais Biophilia.

DJ : Une phrase pour définir l’écriture ?

PM : C’est l’ensemble des savoirs faire qui permettent de transformer une pièce, dans sa verticalité (instrumentation, nuances, timbres…) et son horizontalité (mélodies, enchaînements d’accords, forme…). S’attaquer à l’écriture, que cela soit dans le sens d’écriture “classique” ou “jazz”, c’est donc mener un travail intégral, où l’on se pose toutes les questions. Des graines d’idées qui forment un arrangement ou une composition, jusqu’à l’exécution de la pièce en studio ou en live.

DJ : Quel est l’arrangement qui n’est pas de toi et que tu aurais aimé écrire ?

PM : Probablement le Jardin Féerique de Ravel. La version orchestrale est un arrangement par Ravel lui-même de sa propre pièce, issue de la suite “Ma Mère l’Oye” pour piano 4 mains. C’est un exemple résonnant d’une forme pleine de sens, avec ses petits chapitres, avec une culmination jubilatoire qui me donne à chaque fois beaucoup de joie et d’espoir. Lorsque je pense à mes raisons d’aimer la musique, ma conception personnelle de la beauté, c’est une des choses qui me vient à l’esprit immédiatement.

DJ : Quels sont tes projets ?

PM : Actuellement, je travaille avec le guitariste Kurt Rosenwinkel sur un arrangement symphonique d’une de ses compositions, à paraître prochainement sur son label Heartcore. Notre collaboration avait commencé lors du premier confinement, où j’avais arrangé un de ses titres pour un orchestre de musiciens réunis virtuellement. Je travaille également avec les Paris Jazz Sessions pour qui j’arrange et dirige depuis quelques années. Nous sortons prochainement des enregistrements faits récemment aux studios de Meudon avec différents orchestres, mettant en avant les excellents solistes César Poirier et Paloma Pradal. Et quand reprendront les concerts, je pourrai attaquer avec de nouvelles collaborations, récemment mises “en pause”, avec le clarinettiste anglais Adrian Cox, le chanteur hollandais Frederik Steeinbrink, avec lesquels je prépare des albums, le conservatoire de Vienne, de La Haye, la reprise des concerts de mon Dedication Big Band… Il y a également mes projets où je joue en tant que sideman, notamment avec Pablo Campos, Caloé, Fiona Monbet, et Gad Elmaleh, avec qui nous venons tout juste de sortir un album chez Blue Note.

Évidemment, l’enseignement de l’arrangement est également un projet continu et important pour moi. J’essaye d’être à l’écoute de mes élèves pour leur proposer un cursus qui répond à leurs attentes, à leurs besoins, leur permettant d’être confrontés aux réalités de l’arrangement pour divers ensembles de jazz. C’est un challenge qui m’amène à réfléchir beaucoup – notamment sur la façon dont j’ai appris moi-même – et qui me plaît énormément.

DJ : Raconte nous une anecdote de ta vie de jeune arrangeur ?

PM : Le “Arrangers Workshop” du Metropol Orkest a changé ma vie. Tous les ans, sous la direction artistique et pédagogique de l’immense Vince Mendoza, le fabuleux orchestre hollandais sélectionne 8 jeunes arrangeurs et arrangeuses, avec comme but d’arranger pour l’orchestre un programme de concert, mettant en avant un.e soliste, un chanteur… Cette année-là, nous avons eu le plaisir d’écrire pour Becca Stevens, chanteuse, multi-instrumentiste et compositrice iconoclaste dont je suis fan depuis mon adolescence. C’était une expérience folle d’entendre nos arrangements joués par l’orchestre, d’observer la direction artistique de Vince, comment il ré-arrangeait en direct certains arrangements déjà très prometteurs. Mon souvenir le plus marquant est celui de la camaraderie entre tous les candidats et candidates – il y avait une réelle appréciation pour le travail de chacun, et un désir féroce d’apprendre. Vince nous avait même donné un arrangement « surprise », à écrire dans nos heures vides de la semaine – il voulait nous confier un véritable challenge d’arrangeur, sachant que notre emploi du temps était déjà rempli de sessions d’orchestre, d’interventions pédagogiques et de cours magistraux d’arrangement ! On écrivait tard le soir, parfois très très tôt (j’ai le souvenir de m’être levé à 3h pour arranger quelques heures avant le petit déjeuner…), et on s’est tous et toutes retrouvés dans une des chambres d’hôtel, la veille de l’enregistrement, pour nous corriger mutuellement nos scores. C’était une expérience folle, pédagogiquement, humainement, musicalement… j’invite chaleureusement tout jeune arrangeur qui souhaiterait y participer, à m’écrire pour d’avantage d’informations, car c’est une expérience à vivre absolument. 

DJ : Merci Philippe, pour ce qui est de mon cas personnel, je vais suivre ton travail avec intérêt !… A bientôt !

Quelques liens pour écouter la musique de Philippe :

DEDICATION BIG BAND On peut se procurer l’album “Explode” et se procurer l’album Origami 100% recyclable 

DEDICATION BIG BAND enregistré aux studios de Meudon

METROPOL Orkest feat. Becca Stevens

METROPOL Orkest “If I only had a Brain”

Paris Jazz sessions feat. Heather Steward

Jazz ? Pas jazz ? Clivages stylistiques et enseignement

La Tribune…

La vocation du blog Docteur Jazz, ou en tout cas l’orientation que je souhaite lui donner, se veut être le reflet de ma passion pour la musique de jazz dans son entièreté, sa pluralité, sans ostracisme et avec la plus grande objectivité possible. C’est ainsi que je conçois le partage, l’échange, et que je peux sans préjugé, inciter les jeunes générations (notamment) à la curiosité, à l’envie de découvrir, car elles constituent le vivier musical, mais aussi, le public de demain… J’avoue que l’idée de faire découvrir d’autres artistes et d’autres styles à des publics plus avertis, voire à des musiciens, ne me déplaît pas non plus… 

Les gens qui me connaissent, savent que je suis depuis bien longtemps rangé dans la « case » des musiciens dits de jazz « classique », ce qui n’est pas faux, mais me semble un peu réducteur. 

En 40 ans de carrière, j’ai traîné avec le même appétit et la même passion dans des « bains » aussi différents que la variété, la musique classique, le bal, le jazz traditionnel, le swing, le jazz manouche, le bebop, le hard bop, enregistré un jour la musique de Jelly roll Morton avec Marc Richard (à la batterie) et le lendemain le répertoire des Bee Gees (au piano) avec Emmanuel Bex ou Marc Berthoumieux, fait un matin le choriste dans une séance avec Jean-Jacques Milteau, pour filer ensuite diriger une création pour un octuor à vents à la salle Gaveau… Mon expérience personnelle est assez parlante en la matière, car j’ai reçu au début des années 80 mon premier prix de l’Académie du jazz : le prix « Sidney Bechet » du jazz classique, pour récompenser un album qui ne contenait pas une once de jazz classique… 😉

J’avais envie, 8 mois après la naissance de ce blog et son succès grandissant, de lancer une tribune qui fera sans doute polémique, chacun pouvant donner sa vision et son avis en commentant cet article, dans la convivialité et le respect de la pensée de l’autre. 

  • D’où vient ce clivage stylistique en France (qui n’existe absolument pas outre-Atlantique) et cette manie de vouloir à tout prix mettre une étiquette ? Est-ce culturel ? Historique ? Les « Chapelles stylistiques » érigées dans les années 30 et 40 au sein desquelles étaient bien souvent énoncés des dogmes autoritaires et définitifs, ont-elles encore un sens de nos jours ? (Je ne parle évidemment pas des goûts personnels qui ne se discutent pas, mais de prosélytisme). J’ai le plus grand respect pour le travail d’Hugues Panassié ou Charles Delaunay, ils ont beaucoup fait pour la diffusion du jazz en France, mais finalement, leurs querelles sur ce qu’ils considéraient l’un et l’autre comme étant ou non du jazz (chacun défendant SA vérité à coups de publications au ton souvent acerbe), n’ont-elles pas causé un schisme et une division contre-productive, plutôt que de fédérer le public autour d’une musique, métissée dès sa naissance, et dont l’évolution était inéluctable ?…
  • Qu’en est-il en 2021 ? Ces chapelles et clivages existent-ils toujours ? Où se situe la frontière entre ce qui peut, ou ne peut pas se revendiquer de la musique de jazz ou de son héritage direct ? Quelle plus-value apporte l’institutionnalisation de l’enseignement du Jazz et des musiques improvisées dans les conservatoires (Depuis 1991) ?

Vous avez la parole !

(Commentez cet article sur le blog en laissant un avis “leave a comment”)

Lorsque les voix se seront suffisamment exprimées, j’écrirai un article qui fera une sorte de synthèse. J’y livrerai également ma propre analyse et mon sentiment (cette fois-ci en toute subjectivité 😉)

Sans dévoiler le contenu de mon futur article, je pense qu’il est important de signaler que le blog a reçu le soutien de plusieurs membres du Hot Club de France, malgré la grande diversité des styles qui y sont représentés, et celui d’autres instances défendant un jazz plus actuel ou les musiques improvisées… Ce qui bien évidemment me réjouit profondément et me conforte dans ma démarche !

Stan Laferrière

Résultats du quizz N.4 “Standard suspect”

Voici les résultats du Quizz:

Il fallait trouver le standard “What is This Thing Called Love” composé par Cole Porter en 1929.

Le podium :

1er : Gilles Réa (Guitariste. Décidément très très fort !)

2ème : Guillaume Hazebrouck (Pianiste)

3ème : Gilles Salommez (Tromboniste)

4ième : Félix Hunot (Guitariste)

Voici la grille avec la ré-harmonisation ( et le petit arrangement):

Voici la grille d’origine du morceau :

Merci à tous les participants, et bravo aux gagnants !!

Standard suspect N.4

Le quizz “Standard suspect”

Dans cette rubrique, je poste une grille de standard. Elle est en général ré harmonisée, légèrement ou franchement (mais pas obligatoirement). Dans tous les cas, elle colle bien entendu parfaitement avec la mélodie d’origine.

A vous de trouver de quel standard il s’agit !… En commentant le post ici même (en bas de la page)

Lorsque je donnerai la réponse (et le podium), je posterai la grille d’origine, qui est souvent différente de la grille « usuelle ».

Si je constate que c’est trop dur, je donnerai quelques indices… 

Une fois la réponse donnée, postez votre suggestion personnelle de grille pour ce morceau, en commentant directement le post!

Tout le monde peut participer !! ne soyez pas timides !

Voici la grille du Quizz n°4. A vous de jouer !

Interview d’Aurore Voilqué

Merveilleuse musicienne, Aurore Voilqué fait partie de cette “nouvelle vague” de violonistes de jazz, dont le blog souhaite mettre en valeur quelques unes de ses représentantes . 

Aurore Voilqué

DJ: Bonjour Aurore, peux tu te présenter ?

AV : Je suis née avec un violon entre les mains. J’ai commencé à jouer à l’âge de 4 ans et n’ai jamais arrêté ! 

Après quelques expériences dans la musique classique au sein de différents orchestres, puis quelques années à jouer dans le métro parisien pour gagner mes premiers sous, j’ai décidé de monter “l’Aurore Quartet” en 2003. 

J’enregistre mon premier album en auto-production, puis démarche moi-même les bars, les restaurants, les festivals mais aussi les agences d’événementiels pour gagner ma vie et surtout pour faire travailler les musiciens qui m’entourent. 

De fil en aiguille, de rencontres en rencontres j’évolue dans le milieu du jazz manouche et très vite je travaille aux cotés de Thomas Dutronc qui m’appelle régulièrement pour l’accompagner lors de ses tournées en France. Je fais d’ailleurs partie du line up du dernier album de Thomas Dutronc « live is love » sorti chez le label de jazz mythique « Blue Note ».

En 2009 je pars jouer au Birdland à New York aux côtés du guitariste Samson Schmitt et de l’accordéoniste Ludovic Beier.

En 2017 je joue à Los Angeles avec Sammy Daussat et Noé Reinhardt 

J’enregistre également un album aux cotés de Rhoda Scott mais aussi un autre en septet avec une excellente section de soufflants avec laquelle nous irons en Suisse pour une résidence unique avec des musiciens de Grèce, de Turquie, du Maroc et de Suisse. Un album est enregistré par cette formation exceptionnelle en 2015 : « Orient Occident »

Récemment j’ai enregistré un album electro Jazz avec un projet du nom de « Mayfair » suite a une commande du festival Jazz en Baie. Le disque est sorti en 2018.

La même année, j’ai enregistré un disque aux côtés d’Angelo Debarre où je retrouve l’origine de sa passion : la musique manouche. Aux côtés de ce guitariste hors pair, je réalise un disque pur au vrai son gitan que j’aime tant. 

Depuis décembre 2017 je suis programmatrice du Jazz Café Montparnasse et me plait à faire ce métier en plus de celui d’artiste, afin de connaître les deux côtés du décor.

DJ : Quelles sont tes principales influences ?

AV : Indubitablement Django Reinhardt et Stéphane Grappelli, le jazz manouche, le swing.

DJ : Un mot ou une phrase pour définir le jazz selon toi ?

AV : le jazz pour moi est une liberté structurée qui correspond parfaitement à mon caractère.

DJ : Si tu étais un standard de jazz ?

AV : Si j’étais un standard de jazz je pense que je serais « I’ll surrender dear »

C’est beau, c’est doux, ça swingue et c’est sensuel. Les paroles sont magnifiques.

DJ : Quels sont ton meilleur et ton pire souvenirs ?

AV : Mon meilleur souvenir ? Je pense que j’en ai plusieurs. Le concert aux côtés de Thomas Dutronc à l’Olympia alors que j’étais enceinte jusqu’au cou… L’expérience du projet “Orient Occident” auquel j’ai participé. Ce concert de fin de résidence avait lieu devant un public composé principalement de prêtres, d’Imams et de Rabbins… Exceptionnel !

Le pire souvenir ? Jouer dans un couloir d’une société dans les courants d’airs où il n’y avait personne…

DJ : Que penses-tu de la place qu’occupe ton instrument dans le jazz ?

AV : le violon n’a pas une aussi grande place en jazz que la trompette ou le sax mais il a son histoire et je la trouve importante. Grappelli bien sûr mais aussi chez les américains comme avec Stuff Smith ou Ray Nance qui a joué aux côtés de Duke. Le son des américains de l’époque est plus « crade » que celui de Grappelli mais j’aime beaucoup ça. Il en sort une certaine vérité.

DJ : Quels sont tes projets ?

AV : Je viens de sortir en octobre 2020 un album « un soir d’été », deuxième opus aux côtés d’Angelo Debarre, Mathieu Chatelain et Claudius Dupont, pour lequel nous avons invité Thomas Dutronc et Sanseverino. 

Ça c’était suite au premier confinement.

Pendant le deuxième confinement j’ai auto produit un minidisque bonus de 6 titres sur lequel notre trio de base (Chatelain, Dupont et moi) a invité 3 des meilleurs guitaristes de jazz français : Adrien Moignard, Sébastien Giniaux et Rocky Gresset.

Mon plus beau projet serait de pouvoir recommencer à jouer en public comme avant…

DJ : Merci Aurore, bonne route à toi !

teaser dernier album

Site Web

vidéo disque bonus 

Facebook

Chick Corea

Difficile d’être original pour rendre hommage à ce géant du jazz et plus largement, de la musique… Tout a été dit, ou va être dit ! 

Alors je citerai un album, parmi les dizaines de chef-d ’œuvres dont Chick Corea a irradié le monde de la musique du XXe siècle. Cet album avec lequel j’ai réellement découvert sa musique lorsque j’étais adolescent : « Return to Forever » enregistré en 1972 et qui allait faire date dans l’histoire. Plus tard en 1989, avec « Akoustic band », j’ai véritablement pris conscience de la dimension et de l’importance de sa musique et me suis rué sur ses albums précédents…

La modernité, l’invention de son jeu, sa verve de compositeur, ont influencé tant de musiciens… J’ai eu la chance de croiser sa route au festival de Nice en 1999, où nous avions l’honneur de faire sa première partie aux arènes de Cimiez.

Il va beaucoup nous manquer…

Je viens de découvrir ce concert avec le Lincoln Center en 2013… Fantastique !

Interview d’Eva Slongo

Merveilleuse musicienne, Eva Slongo fait partie de cette “nouvelle vague” de violonistes de jazz, dont le blog souhaite mettre en valeur quelques unes de ses représentantes. Eva est également enseignante et propose ses formations sur le blog “Apprendre le violon jazz” dont le lien est disponible en fin d’article.

Laurie Joubard

DJ : Peux tu te présenter ?

ES : Je m’appelle Eva Slongo, je suis violoniste et chanteuse Suisse, et cela fait une dizaine d’années que je vis à Paris. D’abord destinée à devenir musicienne classique, je me suis finalement tournée vers le jazz…

DJ: Quelles sont tes principales influences ?

ES : En premier lieu, je dirais que ce sont mes professeurs qui m’ont le plus influencée pour mon phrasé jazz. Je me suis formée en Jazz avec Pierre Blanchard, Didier Lockwood et Johan Renard. J’ai aussi beaucoup écouté Stéphane Grappelli, Jean-Luc Ponty, et aussi d’autres instrumentistes : Charlie Parker, John Coltrane, Miles Davis, Chet Baker, Keith Jarret, Sarah Vaughan, et bien d’autres encore ! 

Pour ce qui est de mes compositions, je pense avoir été influencée par la musique classique et la musique latine, ainsi que par les musiques actuelles que j’ai pu écouter depuis mon enfance. J’aime beaucoup les esthétiques d’Erik Satie, Debussy, Michael Brecker, Gretchen Parlato, Roy Hargrove, Chris Potter, Julien Lourau, Giovanni Mirabassi, Bojan Z… Et j’en oublie certainement…

DJ : Quels sont ton pire et ton meilleur souvenirs de musicienne ?

ES : Beaucoup de souvenirs, mais une soirée spéciale me revient en tête : mon tout premier soir à New-York, dans une jam. Un des plus beaux souvenirs qui a viré en cauchemar !

Avec mon compagnon nous étions dans un club, à écouter une jam avec des musiciens absolument incroyables. Nous étions vraiment impressionnés… un tel niveau, et de la magie dans la musique. Mon compagnon me dit : “Eva je crois que c’est Ravi Coltrane qui est assis à côté de toi… ” Effectivement c’était lui ! L’instant d’après, il part sur scène jouer un morceau de son père au sopranino. C’était incroyable musicalement, une énorme claque ! Dans plusieurs jams il y eut des moments magiques, mais celui-ci fut le meilleur… 

Un peu plus tard, je suis montée sur scène avec mon violon… À New York, les musiciens n’avaient pas vraiment l’habitude du violon dans les Jams et me regardaient souvent de travers… Et cette fois-ci, pour la première fois, mon micro ne fonctionnait pas ! Tout le monde s’est ouvertement moqué de moi … Horrible ! J’avais juste envie de disparaitre….

Heureusement les autres jams se sont bien passées ! parfois on me demandait si j’allais jouer du classique ou quoi … après avoir joué un standard je sentais que les musiciens me respectaient, mais il fallait d’abord que je joue ! Il y avait vraiment un avant-après dans leur considération !

DJ : Un mot ou une phrase pour définir le jazz selon toi ?

ES : IMPROVISATION. 

C’est le côté improvisé qui m’a d’abord plu dans le jazz. Même si au début, malgré ma bonne technique au violon, je n’y arrivais pas et que j’ai dû travailler cela… j’ai très vite ressenti quelque chose de très fort en improvisant, une sorte d’euphorie méditative que je n’avais pas pu ressentir pendant toutes mes années de musicienne classique.

DJ : Que penses-tu de la place que tient ton instrument dans la musique de jazz ?

ES : Pour l’instant le violon en jazz m’apparaît encore un peu méconnu, même s’il est vrai qu’il y a de plus en plus de violonistes qui jouent du jazz. Nous sommes dans une période spéciale, et il n’est pas facile de se faire connaître en tant que musicien… sur les réseaux sociaux j’ai vraiment découvert de super violonistes de jazz complètement méconnus ! 

Je pense que de plus en plus de violonistes s’intéressent au jazz, car ils cherchent à se développer dans un autre style que la musique classique. C’est pour cela que j’ai créé le blog APPRENDRE LE VIOLON JAZZ et une méthode de violon jazz qui convient vraiment bien aux violonistes classiques qui veulent se mettre au jazz, puisque j’ai moi-même vécu cette expérience !

DJ : Quels sont tes projets ?

ES : Je suis maman de deux enfants en bas âge, et la gestion de la vie de musicienne en parallèle n’est pas si évidente ! Et je ne parle pas du covid … 

J’ai quand même deux projets principaux qui me tiennent à cœur et que je parviens malgré tout à développer.

Le premier est musical : je prépare actuellement mon deuxième album que je vais enregistrer sous peu avec le pianiste Giovanni Mirabassi. L’esthétique musicale sera un peu différente de celle de mon premier album, avec des compositions inspirées de musique classique, et également des reprises classiques en jazz.

Mon deuxième projet est pédagogique : j’ai créé mon blog et ma méthode, et je continue à développer ma présence sur internet et sur les réseaux sociaux. Je prépare d’autres méthodes en ligne, des vidéos, les idées ne manquent pas, mais par contre, le temps oui…

DJ : Merci Eva ! Bonne route à toi !

La méthode d’Eva Slongo pour apprendre le violon jazz

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Blog “Apprendre le violon jazz”

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Le violon dans le jazz (Article)

Comment développer son oreille ?

Testez votre oreille analytique et sélective ! Première marche vers la transcription.

Voir la vidéo

Un écoute/ analyse flash, en temps réel, avec corrigé et score complet. Proposée par Stan Laferrière au cours du premier Webinar organisé le 5 février 2021, et se rapportant à la formation sur l’ARRANGEMENT JAZZ.

Refaites l’exercice en “live” !

Le violon dans le jazz

Dans l’esprit de la plupart des gens, le violon n’apparait pas comme un instrument historiquement fondateur, ou faisant partie de la genèse de la musique de jazz… Et pourtant !…

On peut avancer au moins deux faits, qui permettent de comprendre pourquoi, avant d’être un instrument « soliste » reconnu dans le jazz à partir des années 30, le violon est présent dans la quasi-totalité des orchestres de jazz depuis les années 1890 et jusqu’à la fin des années 20.

Stroviol (un petit cornet pour s’entendre, un gros pour le public)

Bien avant l’arrivée du jazz, au milieu du 19e siècle, le violon était déjà indissociable de la musique américaine et afro-américaine. Les cowboys utilisaient le violon (qui pouvait même être rudimentaire : « one string fiddle »), avec une guitare, une mandoline ou un banjo, pour animer leurs soirées et accompagner le « Square dance ». 

Les esclaves noirs quant à eux, étaient souvent chargés après leur journée de travail dans les plantations, de distraire leurs maîtres, voire d’animer leurs bals en jouant du « Cake Walk » (musique de danse populaire, qui donnera naissance au Ragtime). L’instrument « roi » de ces musiques de danse était sans conteste le violon !

One string fiddle

Un peu plus tard, vers la fin du 19e siècle et jusqu’à la fin des années 10 au moins, il existait à la Nouvelle-Orléans, deux types d’orchestres. D’une part les Brass Bands, orchestres à base de cuivres et d’anches agrémentés de percussions, utilisés pour les parades, les défilés et pour jouer de la musique « légère » à poste fixe. D’autre part, les orchestres à cordes (String Bands), essentiellement dévolus à la danse. La progressive fusion de ces deux types d’orchestre, et l’assimilation des styles de jeu des pianistes de Ragtime et des chanteurs de Blues, va alors faire émerger une nouvelle musique syncopée qui prendra finalement le nom de Jazz.

Toutes sortes de cultures se côtoyaient à la fin du 19e siècle à la Nouvelle-Orléans, qui est connue pour être le principal foyer (mais pas l’unique !) de la naissance du jazz. On pouvait notamment y rencontrer deux communautés noires distinctes : les Africains descendants d’esclaves, et les Créoles de culture Européenne. Les premiers jouaient en majorité des percussions et des cuivres (Brass Bands) et les Créoles plutôt les instruments enseignés dans les « bonnes familles » : le piano, la clarinette, le violon…

Lorsque la fusion des Brass Bands et des String Bands fut actée, le violon se retrouvat (comme la guitare) cantonné au rôle d’accompagnement et non plus de soliste, à cause de son faible volume sonore… Il faudra attendre les années 30 (l’enregistrement électrique de 1927 et donc les microphones), pour qu’il ait à nouveau une place de soliste, et que l’on voie émerger de grandes personnalités qui populariseront et installeront de façon pérenne l’instrument dans la musique de jazz.

Du fait que cet instrument ait perdu son rôle de soliste aux débuts du jazz et soit tombé progressivement en désuétude, il sera assez courant de voir des violonistes jouer d’un autre instrument, afin de s’assurer plus de travail dans les orchestres (à l’instar de Ray Nance, violoniste-trompettiste, chez Duke Ellington), ou alors ils créeront leurs propres formations.

Il est bien difficile de faire un catalogue de tous les merveilleux artistes qui ont su donner au violon ses lettres de noblesse dans le jazz. 

Un des premiers à véritablement créer un langage de violon « jazz » fut sans doute Joe Venuti à la fin des années 20. Il sera suivi par de grands solistes tels que Stuff SmithEddie SouthStéphane GrappelliSvend AsmussenRay NanceElek BacsikMichel WarlopRay Perry (Chez Lionel Hampton). Au début des années 50, qui voient la fin du Hot Club de France (le quintet à cordes de Django Reinhardt), et la prédominance du Be-Bop, on pense que la flamme du violon jazz est éteinte… Mais les braises seront bientôt attisées par une nouvelle vague de musiciens qui opteront souvent pour le violon électrique. De nouvelles stars de l’instrument vont émerger : Alan SilvaLeroy JenkinsOrnette ColemanJean-Luc PontyDidier LockwoodDominique PifarelyPierre Blanchard… 

Le renouveau du jazz Manouche au début des années 90, va également mettre en lumière de nouveaux talents du violon acoustique comme Florin NiculescuEva SlongoFiona MonbetDebora SefferAurore VoilquéLaurent Zeller et bien d’autres…

Sans entrer dans un classement de styles, on peut dire qu’il existe deux principales « écoles » de violon jazz  :

L’école classique, qui privilégie la pureté du son, et le lyrisme du discours.

L’école purement « jazz », qui tente de traduire l’expression des instruments à vent et de la voix.

Sans tomber dans la stigmatisation, on peut constater que globalement, les musiciens blancs, ayant pour la plupart une formation classique (mis à part Michel Warlop et JL Ponty), se trouvent plutôt dans la première catégorie.

Les musiciens noirs (à l’exception sans doute, d’Eddy South) se reconnaissent plutôt de la seconde esthétique.

Il n’y a qu’à écouter Stéphane Grappelli avec Django Reinhardt et Stuff Smith dans “After Midnight” avec le Nat King Cole trio, pour se rendre compte de l’incroyable diversité des styles et des approches…

Pour vous faire une idée du panorama qu’offre le violon dans le jazz d’avant-guerre (1927-1944), je vous invite à découvrir la superbe compilation disponible chez Frémeaux & associés.

Les interviews exclusives de 3 violonistes actuelles de grand talent :

Eva Slongo

Auraure Voilqué

Fiona Monbet

Interview de Gaël Horellou

Saxophoniste de très grande classe et pédagogue, Gaël Horellou répond aux questions de Docteur Jazz.

DJ : Peux tu te présenter ?

GH : Saxophoniste né à Caen en 1975, je suis tombé amoureux très jeune du jazz et des musiques noires en général. Mes parents (mon père comédien), m’emmenaient beaucoup au théâtre et aux concerts de jazz depuis tout petit. On écoutait beaucoup de musique à la maison (en vinyle) et j’avais un magnéto à cassettes sur lequel j’écoutais dès l’âge de 8/9 ans de grands classiques du swing : Sidney Bechet, Coleman Hawkins, Duke Ellington, etc… J’ai pris un saxophone à l’âge de 9 ans et j’ai commencé à jouer en formation au lycée vers 14 ans. J’ai ensuite débuté des études d’ingénieur, que j’ai sabordées pour devenir musicien professionnel à l’âge de 18 ans.

DJ : Quelles sont tes principales influences ?

GH : Bird, Cannonball, Mc Lean, Rollins, Coltrane.

DJ : Quel est ton meilleur et ton pire souvenir de musicien ?

GH : Il y a eu tellement de moments ! je n’arrive pas à me rappeler d’un meilleur ou d’un pire. Énormément de bons moments, très peu de mauvais.

DJ : Un mot ou une phrase pour définir le jazz selon toi ?

GH : SWING !

DJ : Si tu étais un standard de jazz ?

GH : “I’ll be seeing you”, un de mes standards favoris.

DJ : Quels sont tes projets ?

GH : Je sors début 2021 un nouvel album en quintet avec orgue chez Fresh Sound : “ORGAN POWER !” Et puis j’ai une résidence et des concerts avec mon projet réunionnais. J’y joue avec des percussionnistes, chanteurs de maloya. Nous travaillerons à La Réunion en mars, tournées prévues en juillet et octobre en métropole, ainsi que l’enregistrement d’un troisième album. 

J’ai également un nouveau projet électronique en chantier: un travail sur les grooves et particulièrement le ternaire.

J’attends impatiemment la reprise des concerts. Nous devions jouer 4 concerts ce mois de janvier avec Alain Jean-Marie, Duylinh NGuyen et Bernd Reiter. 

DJ : Parle nous un peu de ta dernière publication sur l’improvisation…

GH : C’est une méthode que j’ai intitulée : “Improvisation et langage du jazz – une approche mélodique pour tous les instruments”. Elle est sortie en 2019, m’a demandé 2 ans de rédaction et synthèse de notes prises pendant 10 ans.

C’est vraiment un retour d’expérience sur ce que j’ai pratiqué, avec en fil conducteur l’éclairage de Barry Harris avec qui j’ai fait un très grand nombre de stages et workshops. J’y expose ma manière de cultiver l’oreille tonale. Je parle du jeu vertical, horizontal, etc… Ma démarche est très personnelle, je vais chercher des sons chez les grands improvisateurs du jazz et je cherche à les décliner, à les changer de contexte et donc je réfléchis à des systèmes, tout cela dans une réflexion globale sur le système tonal et en utilisant les outils de Barry Harris.

DJ : Quelles sont les dates de tes prochains stages/ masterclass ? 

GH : Je donnerai 2 masterclass l’été 2021:

19 au 23 juillet 2021 à Cuxac-Cabardès (11)

9 au 13 aout 2021 au Monastier sur Gazeille (43)

Site Web de Gaël

WEBINAR N.1 invitation

Le blog Docteur Jazz et Stan Laferrière, vous invitent à un WEBINAR 

(Conférence interactive « live »)

Le vendredi 5 février prochain à 19h00

Durée environ 1H30

En rapport direct avec la formation « Arrangement Jazz » proposée sur le blog

Le thème sera : 

« Comment aborder la transcription – Développer son oreille sélective »

Avec une écoute/analyse en direct, d’un morceau à l’aveugle…

Le corrigé se fera en « live » également

Les participants recevront à l’issue de cette séance, la transcription complète du morceau en PDF.

De toute façon, à cette heure-là il n’y a rien à la TV, et vous ne pouvez aller ni dans les bars ni dans les restaurants ! 😉 Alors, venez nombreux et invitez vos amis et connaissances !

Munissez-vous de feuilles de papier (éventuellement de papier musique aussi) et d’un crayon !

Je vous conseille également de vous munir d’un casque audio, pour profiter du meilleur son possible.

Le lien pour vous inscrire dès maintenant : c’est ICI

Interview de David Fettmann

Magnifique saxophoniste à découvrir (Si ce n’est déjà fait), David Fettmann fait une belle carrière de soliste, notamment autour de ses compositions. Il fait également partie du Collectif Big One, qui vient de sortir les “Tableaux d’une exposition” avec Pierre de Bethmann en invité. Il a eu la gentillesse de se plier au jeu des 6 questions de Docteur Jazz !

Extrait Live au Sunset Jazz Club, “Lume Project” 

Teaser “Ruby Project” feat. Johnathan Blake

 Projet Pol Belardi’s Force, Live@Opderschmelz 

Interview de Dan Barrett

Incroyable musicien et arrangeur Américain, Dan Barrett, avec qui j’ai la grande chance de jouer régulièrement en Europe, a bien voulu répondre aux questions de Docteur Jazz et nous livrer une anecdote sur son métier d’arrangeur.

Voir la traduction en Français

DJ- Dan, please give us a presentation.

DB- I was born near Los Angeles, in Pasadena, California 14 Dec 1955. I grew up one hour south of Pasadena, in Costa Mesa, California, where I now live with my wife Laura. We have one son, Andrew, who is an accomplished ragtime pianist and authority on piano music of that era.

Neither of my parents were professional musicians. However, they both loved music. We had an old upright piano, and my mother would often play waltzes and ‘30s popular songs; usually in the key of C. My father would sometimes join her, standing by the piano and singing in a musical baritone voice. He would often come home from work and play records; mostly music from the great Broadway shows. One of my two older brothers played guitar. Ten years older than me, my brother Mark was in high school when “surf rock” was popular. (“Surf Rock” is a blues-based style of early rock and roll, which started near the beaches up and down the coast of southern California.) Mark played credible surf rock-styled guitar, and showed me the three basic chords of “the blues.”

I began playing trombone in school in fifth grade, when I was eleven years old. I started the trumpet a year or so later. I discovered jazz during the summer between junior high school and my first year of high school. I was fourteen years old.

That same summer, I heard a “live” jazz band for the first time. I learned that a seven-piece group called the “South ‘Frisco Jazz Band” performed at a pizza house not far from me. The band played on Friday and Saturday nights at a local pizza house. It was a family restaurant, so minors were welcome.

A couple of my high school friends and I made the “Pizza Palace” our “home away from home” on those nights. The band was an excellent, exciting traditional jazz band, whose repertoire included songs by King Oliver; Jelly Roll Morton; Lu Watters; Turk Murphy; and others.

The musicians in the band were all serious about the music, and spent time with me, teaching me about the music and suggesting recordings I should hear. It was around this time that I learned of, and began attending, Sunday afternoon “jazz society” sessions in the Los Angeles area.

These Sunday afternoon sessions gave amateur players like me a chance to play a few tunes with professionals; usually retired (or semi-retired) professionals from the big band era. It should be noted that at that time, there was a large community of musicians (and their families) from New Orleans, who had settled in the Los Angeles area before and after World War II. What made the Sunday afternoon sessions unique at the time was, many of these New Orleans musicians would show up to play a few tunes with old friends.

Can you imagine being a fourteen or fifteen-year-old trombone player, and meeting—and getting to play with—men like: Joe Darensbourg; Alton Purnell; Mike DeLay; Andy Blakeney; Nappy Lamare; and Barney Bigard? Amazing!

Soon after, Joe Darensbourg began calling me for gigs around Los Angeles. I met more and more of these older musicians, and they helped me form my ideas and concepts about jazz and, indeed, life.

It was during high school that I first became interested in jazz arranging. I would write arrangements for my high school Dixieland band, and for the school’s “pep” band, which played for basketball games and other events.

In 1977, I made the first of many trips to Europe, to perform with the Sunset Music Company in the Netherlands, at the Breda “Oude Stijl” Jazz Festival. The band then toured Germany for a few weeks. That first trip to Europe changed my life. I have made life-long friends all over Europe and Scandinavia, and returned to Europe for performances, and tours almost every year since then. I continue to teach every July at the Jazzin’ July Workshop in Leende, the Netherlands where I have been an instructor ever since its inception, about fifteen years ago.

In 1983, Laura and I moved to New York City. In New York, the musical world really opened up for me. I began playing at jazz parties and festivals, and touring in Europe. I found myself playing and recording with many of my musical heroes, including: Roy Eldridge; Buck Clayton; Woody Herman; Benny Carter; Maxine Sullivan; Ruby Braff; Ralph Sutton; Kenny Davern; Milt Hinton; Dick Hyman; Scott Hamilton; Gus Johnson; and many others, including Benny Goodman.

We moved back to southern California in 1996 to care for my mother, who passed away in 2002. We’re still here in Costa Mesa. During the pandemic, composing and arranging (mostly the latter) has replaced performing on the trombone and trumpet. However, I look forward to the time when I can return to playing. I miss it, and miss seeing and hearing my friends all over the world.

DJ- Which are the arrangers who mostly influenced you ?

DB- As I mentioned, I first became interested in arranging in high school. I began wondering how musicians like Duke Ellington could put notes on paper, and get other men to make it sound like The Mooche!

I learned about jazz more or less chronologically. The first jazz I heard was traditional jazz. My interest in arranging developed along the same lines. After having heard the King Oliver Creole Jazz Band and Jelly Roll Morton’s Red Hot Peppers sides (along with many recordings by Turk Murphy and Lu Watters), I began wondering how those men wrote so wonderfully and effectively for their respective bands.
I soon discovered Bix and Tram, and the interesting things arrangers like Bill Challis and Fud Livingston were writing for their colleagues. Then it was on to the “Swing Era,” and these arrangers:

  •   Fletcher Henderson
  •   Horace Henderson
  •   Jimmy Mundy
  •   Alex Hill (a brilliant, often-overlooked early arranger)
  •   Sy Oliver
  •   Ed Wilcox (Jimmie Lunceford)
  •   Mel Powell
  •   Jerry Gray (Glenn Miller)
  •   Bill Finegan (Glenn Miller)
  •   Mary Lou Williams (Andy Kirk)
  •   Billy Strayhorn
  •   Buck Clayton
  •   Eddie Durham
  •   Benny Carter
  •   Spud Murphy (wrote many excellent “Stock” arrangements)
  •   Frank Skinner (also wrote many of the better “stock”arrangements of the 1920sand ‘30s. and wrote a very good book called Arranging For the Modern Dance Orchestra. (The second edition is perhaps more practical for today’s arrangers)
    Little by little, my “ears” got a little bigger, and I began to understand and enjoy the bebop charts by Dizzy Gillespie and his colleagues. Then, there were the brilliant arrangers of the 1950s:
  •   Ernie Wilkins (Count Basie)
  •   Billy May
  •   Gil Evans
  •   Neal Hefti
  •   Robert Farnon
  •   Oscar Pettiford
  •   Many, many others!

DJ- What is the arrangement or project you wrote, you feel the most proud of ?

DB- I suppose I am proud of the three arrangements I wrote for my friend, clarinetist Engelbert Wrobel. At the time, he led a fine quintet called Swing Society. Engelbert asked me to arrange three pieces for his quintet, plus a string quartet. The occasion was a special recording to celebrate the 20th Anniversary of Swing Society. Engelbert and the band played beautifully, and the string quartet—all young women from the region of Bonn—played exceptionally well. Finally, it was recorded superbly. In addition, I contributed one original composition for the recording. It was composed shortly after Benny Goodman’s passing in June, 1986. I dedicated it to Mr. Goodman, and titled it Long Live The King. I tried for the happy, swinging feeling Mr. Goodman and his bands achieved on many of his small group recordings of the late ‘30s, and early-to-middle 1940s. Again, Engelbert and the band were superb!

I was also pleased with my 1987 octet date for Concord Records: The Dan Barrett Octet: Strictly Instrumental. It helps that the band was comprised of great players! I was very lucky to have recorded with them. A more recent CD (only twenty years old now, ha, ha) is of another octet I led for a while called Blue Swing, which is also the name of the CD, recorded for Arbors Records. It too was recorded exceptionally well, and the band played my charts beautifully. I would suggest Wedding Bell Blues as an example. (WBB features the soulful swinging singing of the great Rebecca Kilgore). Other albums featuring my writing:

  •   I Saw Stars (Rebecca Kilgore, with Dan Barrett’s Celestial Six); Arbors Records
  •   Moon Song (Dan Barrett and His Extra-Celestials, featuring Rebecca Kilgore);Arbors Records
  •   Night Owl (Bryan Shaw): Arbors Records

DJ- Just a simple phrase to define writing ?

DB- A“simple phrase to define writing” might be, “invisible arranging.” With a few exceptions, I prefer arranging that does not call attention to itself. Rather, it showcases a song (or band, or both) in a way that puts the listener’s attention on the song, or the band or singer or soloist, and does not call attention to the arrangement itself. It’s hard to do!

DJ- What is the arrangement (famous or not) you would have loved to write ?

DB- Here is a very incomplete list of arrangements I would have been proud to have written:

  Annie Laurie (Jimmie Lunceford Orchestra, 1938; Sy Oliver, arr.)

  American Patrol (Glenn Miller Orchestra, c. 1940; Jerry Gray, arr.)

  A String Of Pearls (Glenn Miller Orchestra, 1939; Jerry Gray,comp./arr.)

  A String Of Pearls (Benny Goodman Orchestra, 1942; Mel Powell, arr.)

  Why Don’t You Do Right? (Benny Goodman Orchestra, 1942; MelPowell, arr.)

  Down South Camp Meeting (Fletcher Henderson Orchestra, 1934; andBenny Goodman Orchestra, c. 1935; Fletcher Henderson, comp./ arr.)
From Ab To C (John Kirby Sextet; 1938; comp./arr. Billy Kyle)

  Clarinet a la King (Benny Goodman Orchestra, c. 1940; Eddie Sauter, comp./arr.)

  Take The A Train (Duke Ellington Orchestra, 1941; comp./arr. Billy Strayhorn)

  The Good Earth (Woody Herman Orchestra, 1946; Neal Hefti, comp./arr.)

  Shiny Stockings (Count Basie Orchestra, 1955; Frank Foster, arr.)

  April In Paris (Count Basie Orchestra, 1955; Wild Bill Davis, arr.)

  Humpty Dumpty (Frank Trumbauer Orchestra, 1927; comp./arr. Fud Livingston)

  I’m Coming, Virginia (Frank Trumbauer Orchestra, 1927; Bill Challis, arr (?) Or maybe Don Murray (?)

  I’m Coming, Virginia (Benny Carter in Paris, 1937; arr. Benny Carter)

  Jumpin’ Punkins; Chloe; John Hardy’s Wife; In A Mellotone; oranything else by Duke Ellington or Billy Strayhorn !

DJ- What are your projects ?

DB- With all this time at home, I am currently writing almost every day. I have written many charts for my Spanish friend, Enric Peidro. Enric plays tenor saxophone, and leads a great six-piece band in the region of Valencia and Alicante in Spain. The band includes three horns and three rhythm, but at his request I include “optional” parts for alto sax and rhythm guitar. In addition to charts for his normal group, I have also written several charts for Enric’s full octet plus a string quartet, for a separate project he has in mind.

For my own “amusement” and education, I have just completed a transcription of a 1937 broadcast recording of Blue Hawaii by Benny Goodman’s band.

DJ- Can you tell us a personal anecdote about writing ?

DB- I mentioned earlier that my wife, son, and I lived for a while in New York City. We were there almost fourteen years, from early 1983 until the summer of 1996. I could often be found at Eddie Condon’s Jazz Club, in Manhattan. I played there many times, and if I wasn’t working on a given night, I would usually be at the bar, listening to whomever might be playing that particular evening.

Of course, New York is famous for its Broadway stage shows and musicals. Before computer programs for musical notation had been developed, composers and arrangers wrote music the “old-fashioned” way: pen or pencil on score paper. Of course, the individual parts then had to be “extracted” from the score by a copyist. The shows on Broadway and the countless recording sessions taking place around town provided work for many copyists who worked in various “music houses” around town.

Associated Music was a popular store which sold a wide variety of score and manuscript paper, and a selection of professional copying pens, ink, straight-edge rulers, and the other equipment used by composers, arrangers, and copyists in those days.

Whenever I would go there for paper and music supplies, I was impressed by the row of copyists—about seven or eight men and women—lined up against the far wall of the store. It seems that they were always there, at any time of day or night. Each copyist had his/her own small desk. A desk lamp was clamped to the edge of the table, and had an extension so the light could be brought directly over the top of the table. Most of the copyists wore dark green visors, like old-fashioned bank tellers wear in old movies. It was all something to see, and very interesting to me.

I learned through trial–and too many errors–that one simply can’t drink alcohol and try to copy accurately at the same time! The first glass of wine usually doesn’t pose any problems, but after the second or third glass, you will certainly begin making mistakes. When you are hand-copying a part in India ink, as copyists did in those days, this can be serious! (I had occasion to visit trombonist/arrangerBilly Byers, who was using pianist Joe Bushkin’s Manhattan residence as a workplace for a few weeks, while Joe was out of town.

Mr. Byers was copying in ink on vellum paper, which is also called “onion-skin.” Vellum is very thin, translucent paper which can be easily reproduced, and was used for Broadway show scores. It is very fragile, delicate paper, and writing on it requires great care, skill, and accuracy. Mr, Byers was a master, of course. (I actually remember the show he was working on: Private Lives.)

So, we’ve established that copyists work best when sober. This doesn’t change the fact that many of them enjoy a “taste” or two now and then, but always after they finish their copying for the night.

So now, let’s return to Eddie Condon’s Jazz Club. I was sitting at the bar when a tall, slender, grey-haired man sat down on the stool next to mine. His hair was styled more or less like Albert Einstein’s, and he looked very tired. He was wearing blue jeans, and some kind of red plaid flannel shirt. He had a long, handsome face, and a thick gunslinger’s mustache.

The bartender at Condon’s doubled very occasionally as a “bouncer.” He was a friendly guy whom we knew as “Big Jim.” Big Jim came toward us, and set a bar napkin down in front of the man who had just arrived. He looked at him and said, “Good evening, Brick! What would you like?”

“Hello, Jim. I guess I’ll have my usual…”

Jim nodded, and instantly returned with a vodka over ice. Brick took a couple of gulps, and sighed. He raised his empty glass, and Jim nodded.
While Jim was fixing Brick’s next drink, I turned to Brick and said, “Good evening, sir. I heard Big Jim call you ‘Brick.’ Would you by any chance be Brick Fleagle?” The old man raised his eyebrows, and considered me for a moment. Jim quietly placed his new drink in front of him.

Brick picked it up. He held it up to the light and turned it one way, and then around. I actually think he was admiring it. He took a healthy swallow, and set the glass down. He looked at me again.

“Indeed I am, young man. Brick Fleagle, in the flesh! And with whom might I have the pleasure of exchanging these pleasantries?”

“My name is Dan Barrett, Mr. Fleagle. I’m a trombone player. I moved here last year from southern California.”

“Ah,” he said. He set the second empty glass down on the bar quietly, and a little too carefully. “Welcome to the Big Apple. And how is it, young Mister Barrett, that you would know anything at all about me?”

“Well, sir,” I said, “I’ve known your name for years, from the records you made for HRS, with Rex Stewart and the Ellington guys…”

“Hmmm.” He grunted as he shook his head. “That frankly amazes me! Why, an unexpected, wonderful surprise like that calls for a drink!”

I laughed, and indicated to Big Jim that I’d get Mr. Fleagle his next round. I got another beer. I couldn’t let the old guy drink alone.

Over the next couple of drinks, Brick (he insisted I call him by his first name) told me about hanging out with Rex Stewart, who was an exceptionally close friend, He also spoke of Harry Carney, and my hero Lawrence Brown. He had nothing but praise and admiration for all of them.

I remember he told me of his excitement when the guys all agreed to come in and record his compositions and arrangements. I also remember the awe he expressed when he told me that as good as he thought they would make his writing sound, when they were all in the studio, he said, “When they began to play, it sounded so much better than anything I’d ever envisioned! I couldn’t believe I’d written that stuff! It was like magic, how well they all played it.”

We talked about arranging a little bit, and I told him how much I liked Fletcher Henderson’s writing, and the way he would use clarinet trios.
Brick took a sip of what must have been his fifth vodka. I’d love to say he didn’t show any signs of it, but to be honest, he was fairly hammered. He was still pleasant, however, and I was of course honored to spend time with him.

“Now, Daniel, those clar’nets. You know what all tha’ was about, don’t you?” Man, his speech was slurred by now.

“Well,” I said, “I thought it was an exciting, brilliant sound…er, no, I guess I don’t know. What was it ‘all about?’”

Brick said, “I knew Fletcher pret’ well. He was a very quiet, shy man. A real gentleman. His brother Horace was more…outgoing. But Fletcher, he was very religious. He was raised in a strict household, and went to church ev’ry Sunday.”

He took another sip of vodka.
“So, now do you know what all the clar’nets were about?” He tried to look at me, but his eyes weren’t quite tracking.

“I’m sorry, sir,” I said. “I really don’t understand where you’re going with this…” Brick slammed his hand down onto the bar. A couple of customers looked over, and then went back to listening to cornetist Ed Polcer and the great house band he led at Condon’s. I figured Ed would forgive me for talking to Brick instead of listening.

Brick composed himself, and went on.

“Look, man! Fletcher grew up in the Baptist church! He was a very religious man, and the music he heard at those services had a huge effect on him! Think about those clarinets he used. Those clarinet trios…see, for him, they were the WOMEN in the church choir, wailing away. And the riffing brass, with the plungers going…well, they were the MEN in the church, answering the women. See?”

I felt like someone had opened a door to a much deeper perception of what jazz was all about, or what it COULD be about, or maybe what it SHOULD be about.
I nodded. Then Brick nodded, satisfied that he’d finally gotten through to me. He dug some money out of a pocket, and placed it carefully on the bar. Brick slowly rose from his stool. He caught Big Jim’s eye, and indicated the money. Jim was counting change for another customer, but he nodded, and said good night to Brick.

I stood when I saw Brick getting up to leave. I thanked him for his time, and we shook hands. He walked out into the night. I knew there were taxi cabs right out in front, so I wasn’t too concerned about him. Besides, he’d made it this far!
It was an amazing story told by an amazing man. Now, whenever I hear a Goodman or Henderson record with a clarinet trio, I think of Brick Fleagle and those special insights he was kind enough to share with me that evening at Eddie Condon’s.

DJ- Thank you so much Dan ! Take care, and I hope I’ll have the great chance to see you soon and perform with you on European’s stages !

DAN’s WEBSITE

RECORDINGS

Dan Barrett and His Celestial Six, featuring Rebecca Kilgore

Dan Barrett and Blue Swing

Wedding Bell Blues

Engelbert Wrobel’s Swing Society:

Danny Boy

Estrellita

Serenade In Blue

Long Live The King

Sammy Nestico

Sammy NESTICO, Arrangeur et tromboniste, vient de tirer sa révérence à l’âge de 97 ans…

Né le 6 février 1924 à Pittsburg, son nom est pratiquement indissociable du « Count Basie Orchestra » !

Tromboniste autodidacte, il étudiera l’écriture à la « Duquesne University ». Il sera arrangeur pour l’US Air Force Band, puis il dirigera l’US Marine Band.

Sa carrière d’arrangeur va surtout être mise en lumière grâce aux orchestrations qu’il va réaliser pour l’orchestre de Count Basie, entre 1970 et 1984. 

Il écrira également, on le sait moins, pour Stan Kenton ou Louis Bellson.

Il travaillera aussi beaucoup pour la variété (Barbara Streisand, Phil Collins, Bing Crozby…) et pour la TV (Comme orchestrateur pour Mannix, Mission Impossible, M-A-S-H, Drôles de dames, Hulk…), puis se dirigera vers l’enseignement (magnifique ouvrage : “Inside the score”).

Son style d’arrangement pour Big Band (qui a notamment fait son succès dans les universités), se caractérise par une écriture simple (mais pas simpliste !), sobre et efficace, avec des lignes claires, où il utilise la plupart du temps les instruments dans leur tessiture la plus aisée. Son style d’arrangement fait “école” depuis des décennies dans le monde de l’écriture jazz “classique”.

A écouter :

Le fameux « Basie Straight Ahead »

Résultats du Quizz N.3 “Standard suspect”

Voici le résultat du Quizz:

Il fallait trouver le standard “Born To Be Blue” composé par Mel Tormé en 1947

Le podium :

1er : Gilles Réa (Guitariste. Décidément très fort)

2ème : Ludovic de Pressac (Pianiste)

3ème : Xavier Doré (Guitariste)

Voici la grille ré harmonisée avec la mélodie d’origine :

Et la grille d’origine du compositeur. C’est celle là qu’il faut utiliser lorsque vous jouez le morceau ! La mienne s’auto-détruira dans quelques secondes … ;-);-)

Merci pour votre participation ! Et à très bientôt pour un nouveau Quizz !

Standard suspect N°3

Le quizz “Standard suspect”

Dans cette rubrique, je poste une grille de standard. Elle est en général ré harmonisée, légèrement ou franchement (mais pas obligatoirement). Dans tous les cas, elle colle bien entendu parfaitement avec la mélodie d’origine.

A vous de trouver de quel standard il s’agit !… En commentant le post ici même (en bas de la page)

Lorsque je donnerai la réponse (et le podium), je posterai la grille d’origine, qui est souvent différente de la grille « usuelle ».

Si je constate que c’est trop dur, je donnerai quelques indices… 

Une fois la réponse donnée, postez votre suggestion personnelle de grille pour ce morceau, en commentant directement le post!

Tout le monde peut participer !! ne soyez pas timides !

Voici la grille du Quizz n°3. A vous de jouer !

Podcast de la suite complète sur l’histoire du jazz

Suite complète sur l’histoire du jazz en quintet “De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés”. Composée et racontée par Stan Laferrière.

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Patrick Artéro : Trompette-Bugle

Nicolas Montier : Saxes-Clarinette-Guitare électrique

Philippe Milanta : Piano

Pierre Maingourd : Contrebasse

Stan Laferrière : Batterie-Banjo-Guitare acoustique-Vocal-Piano (Tableau 1 Rag)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partitions disponibles

Interview de Pierre Bertrand

Saxophoniste, flûtiste, mais surtout arrangeur reconnu et enseignant, Pierre Bertrand est une “plume” qui compte dans le monde de l’écriture. J’ai voulu en savoir plus et l’ai soumis au questionnaire de Docteur Jazz.

DJ- Bonjour Pierre, peux tu te présenter ?

PB- Je suis musicien, saxophoniste, flutiste, chef d’orchestre, compositeur, 
arrangeur, pédagogue né en 1972 à Cagnes sur Mer.
Je dois mon déclic pour le jazz à la grande parade du jazz de Nice en 
1977 avec notamment le big band de Basie, Dizzy Gillespie et professeur 
Longhair.
J’ai commencé la musique en 1982 et écrit en autodidacte dès l’année 
suivante.
Après des études diverses, j’ai terminé au CNSM de Paris un cursus jazz 
et obtenu 2 prix d’écriture classique en 1997.
En 1998, à la demande de Bernard Maury je créé un cours d’écriture jazz 
qui s’est développé jusqu’à aujourd’hui autour du CRR de Paris, du 
PSPBB, du CRR de Nice, parfois du CNSM et maintenant à l’IMFP.
En 1999 je fonde avec Nicolas Folmer le Paris Jazz Big Band dont 
l’activité durera jusqu’à 2014.
En 2009 je fonde mon groupe principal “La Caja Negra” en activité 
aujourd’hui.

DJ- Quels sont les arrangeurs qui t’ont le plus influencé ?

PB- Je ne sépare pas vraiment l’arrangement de la composition, ce qui 
m’oblige à réfléchir pour répondre à cette question en essayant de 
séparer les 2.

Pour le arrangeurs :
Maurice Ravel, j’y reviens toujours, c’est la base.
Puis Gil Evans, Duke Ellington, Thad Jones, Oliver Nelson, Marty Paich, 
Slide Hampton et Maria Schneider spécifiquement pour le jazz.

DJ- Nous avons les mêmes mentors…

PB- En tant que pédagogue l’analyse est très vite devenue obligatoire et 
cela me sert dans le “métier” d’arrangeur lorsqu’on a des références à 
respecter (époques, styles etc …) et qui forcément m’ont imprégné 
profondément, je cite ceux qui me tiennent à coeur : Lalo Schiffrin, 
Henri Mancini, Claus Ogerman, Victor Young, Alex North, Nino Rota, 
François Rauber, Michel Colombier, Vince Mendoza, Bob Mintzer, Quincy 
Jones, John Barry, Neal Hefti, Benny Carter, Billy Byers, Astor Piazzola

Mais si on ajoute les compositeurs, là y aura :
Vivaldi, Heandel, Bach, Mozart, Schumann, Schubert, Brahms, Wagner, 
Fauré, Puccini, Manuel De Falla, Isaac Albeniz, Eric Satie, Ravel, 
Bartok, Prokofief, Scriabine, Duke Ellington, Olivier Messiaen, Henri 
Dutilleux, Antonio Carlos Jobim

DJ- Quel est le projet d’écriture dont tu es le plus fier ? Ton préféré ?


PB- Pour le moment c’est l’album “JOY”, car c’est un aboutissement et une 
construction, même si l’orchestration n’est pas énorme.

DJ- Une phrase pour définir l’écriture ?

PB- L’écriture musicale, dans son sens habituel, est un terme qui englobe un 
ensemble de techniques dont on a besoin pour réaliser un arrangement 
(harmonie, contrepoint, orchestrations, développement …). Techniques 
qui s’apprennent, se travaillent, évoluent selon les individus et
se transmettent. C’est donc un métier ou dans son sens étymologique: un Art.

En résumé :
L’écriture rassemble les techniques qui nous aident à mettre sur le 
papiers le fruit de notre imagination

Remarque :
Bien sûr ces techniques sont utiles mais pas obligatoires pour composer, 
car on peut composer avec sa voix sur une guitare sans connaître la 
musique, néanmoins pour aller plus loin dans le développement, et être 
autonome il faut apprendre ces techniques.

On peut inclure, les “techniques” de composition dans l’écriture … ou 
pas. Je considère personnellement qu’on ne peut pas apprendre à 
composer, et que personne ne peut vous dire comment composer, c’est tout 
simplement un non-sens pour moi car la composition est quelque chose de 
trop intime. On peut analyser ce qu’ont fait les grands, oui, c’est très 
important, cela peut être même une source d’inspiration, mais 
“appliquer” des “techniques” pour créer … c’est triste.

DJ- Je suis 100% d’accord avec ça Pierre…

DJ- Quel est l’arrangement qui n’est pas de toi et que tu aurais aimé 
écrire ? Pourquoi ?


PB- Love Theme From Spartacus. La composition est minimaliste mais la 
pertinence, la précision, l’émotion, les surprises harmoniques en font 
un petit chef d’oeuvre d’arrangement.

DJ- Quels sont tes projets ?


PB- Un nouvel album “colors” en quintet qui sort en mars 2021.
Un album avec le Latvian Radio Big Band qui va sortir en septembre 2021.
Un album en quartet + ensemble de cordes en cours de réalisation qui 
sortira en mars 2022.

DJ- Signalons enfin, que tu dirigeras un stage d’arrangement pour l’IMFP de janvier à juin 2021.

8 sessions de 6h – prise en charge afdas
de janvier à juin 2021


De Basin Street à saint-Germain-Des-Prés

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés : Suite originale sur l’histoire du jazz. Dernier épisode

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FRENCH TRIP (St Germain des prés/Paris 1959)

Voici venir l’un des plus authentiques génies de l’histoire du jazz : Monsieur Art Blakey. S’il aime parfois scander sur sa batterie des tempos archaïques, c’est qu’il n’a pas oublié ni les « Marching bands » des précurseurs du jazz à la Nouvelle-Orléans, ni les percussions obsessionnelles de ses ancêtres Africains. Ce qui ne l’empêche nullement d’être l’un des batteurs les plus originaux et novateurs de sa génération. Blakey est un grand seigneur au sourire éclatant. Il a consacré 40 ans à diriger ses « Jazz Messengers », à développer le talent de musiciens qu’il recrutait et qui deviendront plus tard de grands noms du jazz : Clifford Brown, Lee Morgan, Benny Golson, Wayne Shorter, Keith Jarrett, Wynton Marsalis… Une telle attitude en milieu artistique, n’est guère fréquente et est infiniment respectable. Chef de file du style « Hard Bop », qui précéda de peu la révolution du « Free Jazz », son credo est de retourner aux sources du jazz : le Gospel, la Soul, le Blues ; véritables racines de la musique Afro-Américaine. FRENCH TRIP fait référence à ce séjour à Paris que firent les « Jazz Messengers » en 1959 et où ils gravèrent dans un club de St Germain des prés, le célèbre « Blues march ».

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Patrick Artéro (Trompette)

Nicolas Montier (Saxe ténor)

Philippe Milanta (Piano)

Pierre Maingourd (Contrebasse)

Stan Laferrière (Batterie)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partitions disponibles ici  

Formation/Stage d’initiation au Jazz

Le premier stage de formation “Initiation à l’univers du jazz” de deux jours, organisé par Docteur Jazz et animé par Stan Laferrière, se tiendra les 2 et 3 juillet 2021 à Angers. Vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire. Attention : nombre de places limité (Distanciation, gestes barrières, masques de rigueur, en fonction de l’évolution de la pandémie actuelle).

A destination principalement des Professeurs de FM et tous enseignants des écoles de musique et conservatoires. Ce stage de formation est bien entendu également ouvert à tout musicien professionnel ou amateur désirant aborder l’univers du jazz.

STAGE DE FORMATION TRES COMPLET SUR L’UNIVERS DU JAZZ. 

Histoire, répertoire, harmonie, rythme/swing, improvisation.

Dans le cadre de la formation continue, Stan Laferrière, conférencier sur l’histoire du jazz, ex-professeur d’écriture dans les CRR de Paris et Dijon, multi-instrumentiste et compositeur, propose cette formation sous la forme d’un stage de 2 jours à Angers. Il s’agit d’une initiation à l’histoire du jazz et à son langage particulier, harmonique et rythmique, ainsi qu’à l’improvisation.

Les deux jours de stage sont organisés comme suit :

1er jour : 

Nous parlerons d’histoire du jazz, depuis les origines jusqu’à nos jours en couvrant 100 ans de musique. Cette conférence est émaillée d’écoutes/analyses (exercices interactifs auditifs dont vous aurez les corrigés). Le contexte social, l’évolution de la musique, le répertoire, les parallèles avec les autres courants musicaux seront évoqués. Cette conférence est interactive ; les réactions, les questions et la participation des stagiaires sont vivement appréciées.

La journée se termine avec une initiation à la pulsation swing et l’interprétation des croches (PDF et exercices fournis).

2ème jour : 

Il sera question d’aborder l’harmonie jazz. Ses codes, la façon de les mettre en œuvre pour transformer une chanson ou n’importe quel morceau et lui donner une couleur jazz. Avec des exemples au piano et des écoutes. Pour cela nous nous servirons d’un support PDF écrit par Stan Laferrière (sorte de « mémo sur l’harmonie jazz », traitant des notions élémentaires et principales), qui sera fourni aux stagiaires  avant le stage afin qu’ils puissent déjà l’étudier, et le cas échéant, préparer des questions à poser sur les points qui leurs paraissent obscurs.

Il sera ensuite question d’évoquer les mécanismes de l’improvisation de manière simple (notion souvent abordée de façon uniquement théorique) Les instruments des stagiaires sont les bienvenus, pour mettre les acquis en application immédiate !

Le stage se terminera par une foire aux questions.

Je précise que ce stage ne nécessite aucune connaissance particulière en jazz. Il vous donnera par contre, des outils synthétisés indispensables pour vous permettre d’expliquer les rudiments du langage jazz à vos élèves.

  • Vous recevrez avant le stage: la version PDF du mémo harmonique, et un descriptif complet du stage.
  • Vous recevrez sur place: un book complet pour suivre le stage et travailler, avec les exercices et les corrigés des écoutes/analyses (Ear training), les exercices rythmiques, les notions de base pour aborder l’improvisation.
  • Vous recevrez après le stage: Un PDF complet de tout ce qui aura été évoqué pendant le stage (Histoire du jazz, Répertoire, Harmonie, Rythme/Swing, Improvisation).

Vous inscrire maintenant !

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés : Suite originale sur l’histoire du jazz. Episode 12

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THERE’S NO BUTTERFLY (Jazz festival/Newport 1955)

Miles Davis est passé avec sa trompette, par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Il en a même inventé de supplémentaires invisibles au commun des mortels. Et pour Miles, la plupart des mortels sont communs ! Le jazz ne manque pas de figures excessives : Jelly roll Morton, Charlie Mingus. Mais Miles est, d’après lui-même, le plus excessif des excessifs. Quand une forme musicale a donné tout son suc, il passe à la suivante. Quand sa chemise est sale, il en commande 12 nouvelles. Quand un policier lui défonce le crâne à coup de matraque, il va le lendemain se faire démolir ce qu’il en reste sur un ring de boxe. Miles Davis est difficile à suivre musicalement, mais c’est parce qu’il est toujours en avance sur tout le monde. Instigateur de plusieurs styles majeurs de l’histoire du jazz, on le retrouve à la pointe de l’innovation dans tous les courants qui voient le jour depuis les années 50 jusqu’à sa disparition en 1991. THERE’S NO BUTTERFLY, évocation du célère « All blues », nous replonge dans l’univers du formidable quintet qu’il dirigeait en 1955 aux côtés de John Coltrane, Red Garland, Paul Chambers et Philly Joe Jones.

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Patrick Artéro (Trompette)

Nicolas Montier (Saxe ténor)

Philippe Milanta (Piano)

Pierre Maingourd (Contrebasse)

Stan Laferrière (Batterie)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partitions disponibles ici 

Claude Bolling

Claude Bolling rejoint en cette fin d’année 2020, le Panthéon des musiciens de jazz Français.

Travailleur acharné, inventif, boulimique, touche à tout, il a beaucoup contribué (à l’instar de Jacques LoussierDidier LockwoodMichel Legrand et quelques autres) à l’exportation et à la reconnaissance du jazz Français à l’étranger. Également connu pour ses compositions « Cross over », mélangeant jazz et classique en mettant en scène des musiciens comme Jean-Pierre Rampal ou Alexandre Lagoya, il sera un compositeur important de musique de film et d’animation et s’imposera comme l’un des plus grands pianistes spécialistes du Ragtime.

J’ai eu la grande chance de travailler avec lui durant les années 90, et d’être un témoin actif de son « laboratoire musical ». J’ai énormément appris sur mon métier à son contact.

J’avais envie de vous faire partager ce petit extrait d’une émission d’André Francis de 1974, où Claude est parfaitement dans son élément, et nous montre sa connaissance des pianistes des années 1910 à 1940.

Merci pour tout ça Claude.

https://www.ina.fr/video/I09203645?fbclid=IwAR1TyvhQriOo7u0Pfm_Ef3iUOc1utiTm12KilWLjDTXV2GKMJO1C53shjPI

A écouter également, des enregistrements que les plus jeunes ne connaissent peut-être pas :

Les trio de 1953 avec Albert Nicholas (clarinette) et Kansas Fields (batterie)

Les duos de 1951 avec Roy Eldridge (trompette)

Claude Bolling et son orchestre (Big band) de 1956 “Les succès de Duke Ellington”

La plupart de ces enregistrements sont disponibles chez Frémeaux & associés.

Benny Carter et Saxomania

Additif à l’article sur Benny Carter, suite aux nombreuses questions concernant l’enregistrement de Saxomania avec Benny Carter.

Cet album enregistré au Théâtre des Champs-Elysées le 4 janvier 1988, fut le premier d’une longue série avec Saxomania, un septet créé par Claude Tissendier, qui comprenait 2 saxes alto, 2 saxes ténors et une rythmique. Nous avons par la suite, enregistré des albums avec Phil WoodsClark TerryGuy Laffitte, entre autres (et accompagné nombre de vedettes Américaines comme Herb Geller ou Lew Tabakin…)

Lors de cette séance, il était prévu que le batteur de Duke Ellington (de 1955 à 1966), Sam Woodyard (qui était venu à Paris dans les bagages de Gérard Badini pour y finir ses jours), joue quelques morceaux avec l’orchestre et Benny Carter. Malheureusement, le trac (eh oui) ou l’alcool (ou les deux), l’ont empêché de se joindre à nous et il est resté prostré à écouter en bas de l’estrade… Il est décédé quelques mois plus tard, le 20 septembre 1988.

Sam Woodyard était en France depuis la fin des années 70, et on le croisait souvent dans les clubs, on jouait même avec lui de temps en temps (Bon sang quel drive !! même fatigué, même saoul comme un cochon…). 

J’ai encore un souvenir incroyable à son sujet. Cela devait être en 1979 ou 1980, je jouais au piano avec mon tout premier trio, dans un club de la rue Dauphine à Paris « le Sélénite », avec Marc Bertaux à la basse et un copain de lycée à la batterie. Nous venions de terminer la soirée, vers 1h du matin, les copains étaient partis et je discutais avec ma maman qui était venue nous écouter. Lorsque débarque Sam Woodyard, à moitié saoul évidemment, deux baguettes dépassant de la poche arrière de son jean, vociférant, vraisemblablement quelques jurons intraduisibles… Il sort ses baguettes et hurle: « I WANNA PLAY ! I WANNA PLAY !”. Il se plante devant moi et avec son doigt, m’invite (euh ! ce n’est pas le bon terme…), m’intime l’ordre de filer au piano. J’avais 19 ans et j’étais terrifié ! Il se met à la batterie et commence à jouer le tempo tout seul. Voyant que je restais pétrifié devant le piano, il lança un titre : « “A” Train !!! ». Je m’exécutais bien sûr, jouant comme je pouvais et lui, chantant le thème derrière moi et me gratifiant de quelques « good boy ! good boy ! »… Nous avons joué peut-être pendant une heure en duo, uniquement des thèmes de l’orchestre de Duke, pratiquement seuls dans le club, ma mère médusée et le barman agacé, qui finira par nous mettre dehors…

Comme on dit : « c’est comme ça que le métier rentre » !… Ah ! Ah !

Stan Laferrière

Interview de Franck Amsallem

Pianiste, compositeur arrangeur et vocaliste d’une grande culture et au langage sensible, Franck Amsallem est né en 1961 à Oran et a grandi à Nice. Son parcours est impressionnant et mérite que l’on s’y attarde… Il répond aux questions de Docteur Jazz…

Présente-toi

Pianiste de jazz, arrangeur occasionnel puisque n’écrivant plus beaucoup, chanteur frustré.

Expatrié n’ayant jamais tranché entre la musique noire et les excès de la table bien de chez nous.

Quels sont les arrangeurs qui t’ont le plus influencé ?

Dans l’ordre : Bob Brookmeyer, Bela Bartok, Thad Jones, Gil Evans & Igor Stravinsky.

Quel est le projet d’écriture dont tu es le plus fier ? ton préféré ?

Nuits pour Orchestre à cordes, section rythmique et soliste de Jazz. Jamais enregistré dans une version satisfaisante, mais je l’espère “in the future”.

Une phrase pour définir l’écriture

Ne pas se tromper de cible, ce n’est pas forcément écrire pour la postérité, mais plutôt écrire quelque chose qu’on a envie de réécouter.

Quel est l’arrangement qui n’est pas de toi et que tu aurais aimé écrire ?

“Thank You” de Jerry Dodgion

Quels sont tes projets ?

Jouer et écrire des arrangements pour quatuor à cordes dans un projet à venir avec chanteuse. Jouer et recommencer à écrire pour moi dès que la vie reprendra…

Anecdote personnelle

En juin 1989, j’étais en très bonne compagnie avec d’autres arrangeurs-compositeurs émérites (Kenny Berger, Ed Neumeister, Glenn Mills, Frank Griffith, Pete Mc Guinness), en train d’écrire une composition originale pour l’orchestre de Mel Lewis lors d’un stage organisé par BMI (le premier “BMI Workshop”, devenu depuis une institution New-yorkaise).

Nous devions tous “pondre” un opus pour cet orchestre que nous adorions, LA référence absolue à NYC et ailleurs. Un long concert s’annonçait en perspective, avec des musiciens dans l’orchestre ayant plus ou moins envie de jouer le jeu. Mel, très malade, était comme souvent d’une humeur massacrante, et décida lors de la deuxième répétition qu’il ne se sentait pas de jouer toute cette musique, pourtant écrite spécialement pour lui. On sentait bien qu’il désapprouvait tout cet exercice, pourtant chapeauté par ses amis Brookmeyer et Manny Albam. On appela Danny Gottlieb pour le remplacer (En lecture à vue, bonjour…), mais Mel resta pour écouter tout le concert et joua même un morceau qu’il trouvait plus “civilisé”. 

On (du moins moi) s’était donné beaucoup de mal pour écrire quelque chose spécialement pour lui, chose que tout arrangeur doit garder à l’esprit au lieu d’écrire un hypothétique concerto pour cobaye en souffrance. Il m’avait déjà rencontré auparavant et complimenté sur mon travail. Je l’ai approché à la fin du concert et il m’a dit : “Your chart was GREAT, GREAT ! up until it went into multiple-meters (…!). 

Je lui ai répondu…”euhhhhhhh enfin…. C’était tout en 4/4, juré, craché…”. Il me regarda, toujours aussi sévère “you know what I mean, it sounded like it was in odd-meters”. Et avant que je ne puisse lui répondre, il me dit : “Look, odd meters are a bad thing. Very bad. Don’t do it, don’t go there. Look what it did to Don Ellis : He died from it”. Sans me laisser le temps de lui répondre, il s’en alla.

Trente ans après j’en suis toujours bouche bée. 

6 mois plus tard, il s’en alla rejoindre Thad au paradis des bandleaders qui swingueront “no matter what”.

https://soundcloud.com/sallemjazz/effeminate-meanderings

https://soundcloud.com/sallemjazz/un-chanson-douce-henri-salvador

https://soundcloud.com/sallemjazz/04-younger-days

https://soundcloud.com/sallemjazz/bluedahlia-studio

Benny Carter

Le but de ces petits portraits, est de vous faire découvrir des arrangeurs moins connus, mais qui ont apporté au jazz, par leur charisme ou leur personnalité. Quand il s’agira de stars, alors nous irons explorer la face cachée des artistes, ou une facette méconnue… J’ai déjà une liste en tête, mais vos idées sont les bienvenues !

Benny Carter
Bennett Lester Carter
8 Août 1907 N.Y – 12 Juillet 2003 L.A

Benny Carter est connu comme instrumentiste de grand talent, mais sa contribution importante à la naissance du big band au milieu des années 20 et sa science de l’arrangement, sont pour moi les facettes les plus intéressantes de sa personnalité de musicien. 

Ce saxophoniste et trompettiste, curieux et boulimique, jouera dans nombre d’orchestres prestigieux, n’y restant parfois que quelques semaines… Fletcher HendersonDuke EllingtonChick WebbBenny Goodman… En 80 ans de carrière il sera tour à tour, selon les périodes et les opportunités qui lui sont offertes, musicien, directeur musical, chef d’orchestre, arrangeur, compositeur pour le cinéma ou la TV, enseignant.

Benny est né en 1907, d’un père guitariste et d’une mère pianiste et organiste, ses deux cousins sont également musiciens (Theodore Bennett, trompettiste et Darnell Howard, clarinettiste).

Dès son plus jeune âge, sa mère lui enseigne le piano. Un peu plus tard, impressionné par le jeu de Bubber Miley, il achètera un trompette, mais il l’échangera contre un C melody sax (sax en Ut), qu’il troquera finalement contre un sax alto !

C’est en Août 1924 que les choses sérieuses commencent. Il est engagé successivement par le trompettiste June Clark, les « Billy Paige’s Broadway Syncopators », avec lesquels il joue au Capitol de New-York, et les « Lois Deppe’s Serenaders ».

De 1925 à 1931, il jouera successivement avec Horace Henderson (le frère de Fletcher), Billy FowlerJames P.JohnsonDuke EllingtonFletcher HendersonCharlie Johnson. Il créera son propre orchestre en 1928 pour jouer à l’Arcadia Ballroom de New-York. Il reviendra finalement chez Fletcher Henderson, qui a surtout besoin de lui comme arrangeur, car le Big band se développe, la demande est énorme et les ballrooms engagent à tours de bras. 

Il fournira à cette époque un grand nombre d’arrangements majeurs de l’orchestre de Fletcher. C’est également à cette époque qu’il développe sa verve d’arrangeur inventif pour la section de saxophones, et qu’il impose le sax baryton comme cinquième anche dans la section. Le « standard » de la section de saxes du Big Band ne changera plus. 

D’un point de vue technique, le baryton va doubler le sax alto lead (la première voix de la section), renforçant la mélodie à l’octave inférieure, mais Benny Carter a d’autres idées en tête et va être l’un des premiers arrangeurs (avec Duke Ellington) à écrire à 5 voix pour les saxes ! Il va « élargir » la section en n’écrivant plus uniquement en « close voicings » (accords serrés), utilisant le baryton comme « libéro », le faisant jouer tantôt une cinquième voix, tantôt doubler le lead, ou bien soutenir la contrebasse en lui faisant doubler des fondamentales. Il ouvre la voie, au tout début des années 30, à l’écriture moderne. Des arrangeurs comme Quincy Jones ou Thad Jones lui doivent beaucoup.

Toujours durant les années 30, et on le sait peu, il va écrire de nombreux arrangements pour… Duke Ellington ! Et pour d’autres, comme Fletcher Henderson ou Benny Goodman, pour les plus connus.

En mars 1931 il rejoint l’orchestre de Chick Webb qu’il quitte au cours de l’été pour devenir directeur musical des « Mc Kinney’s Cotton Pickers », tout en jouant régulièrement avec Don Redman et Fletcher Henderson. A partir de septembre 1932, il va à nouveau diriger un orchestre dont le casting est impressionnant : le trompettiste Bill Coleman, le tromboniste Dicky Wells, les saxophonistes ténors Ben Webster et Chu Berry, le pianiste Teddy Wilson et les batteurs Cozy Cole et Sidney Catlett. Cette formation sera dissoute à la fin de 1934.

Les années qui vont suivre vont le faire beaucoup voyager, notamment en Europe où il va séjourner quelques temps. Paris, Londres, une tournée en Scandinavie (où il gère un orchestre international en 37), pour finir à Paris où il dirige l’orchestre du Bœuf sur le toit, avant de retourner aux États-Unis en mai 38.

Il va alors remonter un Big Band pour animer le Savoy Ballroom à New-York. Puis lors d’une tournée qui le fait passer à Los Angeles, il décidera de se poser quelques temps pour travailler à Hollywood, où il aura l’opportunité d’écrire des arrangements pour le cinéma (Stormy Weather, entre autres…) et un peu plus tard pour la TV. Il est l’un des premiers musiciens afro-américains à travailler dans les studios d’Hollywood, et (avec Nat King Cole) à pouvoir résider à Beverly Hills… Au milieu des années 40 il va remonter un big band (son dernier), dans les rangs duquel on trouvera des musiciens comme Max RoachJJ Johnson ou Miles Davis

Benny Carter est également à cette époque, un des musiciens « piliers » de l’orchestre du J.A.T.P (jazz at the Philharmonic), avec lequel il fait de nombreuses tournées.

L’essentiel de son activité durant les années 50 et 60 s’effectue à Los Angeles, où il est surtout arrangeur et directeur musical. Il écrira des arrangements pour Louis ArmstrongRay CharlesPeggy LeeElla FitzgeraldSarah Vaughan

Dans les années 70, il entame une nouvelle carrière, d’avantage axée vers l’enseignement. Il va pendant cette période, enchaîner les résidences dans les universités.

Preuve de l’incroyable production de Benny Carter : à l’occasion de son 75ème anniversaire, la radio New-Yorkaise WKCR diffusera 177 heures de ses enregistrements en continu !

Il sera actif (ne jouant plus que du saxophone) pratiquement jusqu’à la fin de sa vie. Il décèdera le 12 juillet 2003 à Los Angeles.

Voici un lien intéressant pour sa discographie qui vous permettra de constater l’étendue de la production de ce musicien exceptionnel, récompensé par 3 Grammy Awards et finalement très peu connu du grand public. 

Discographie Benny Carter

Une petite anecdote personnelle :

J’ai eu la grande chance de côtoyer ce géant du jazz dans les années 80/90. Plusieurs tournées, notamment avec Saxomania et un bel album enregistré au Théâtre des Champs-Élysées en 1988. Comme la plupart des « grands » du jazz, il était d’une grande humilité, bienveillant et dans un partage permanent. 

de gauche à droite: Stan Laferrière, Nicolas Montier, Benny Carter, François Laudet, Pascal Chebel.

Un de mes meilleurs souvenirs de jeune arrangeur, lorsque j’étais le pianiste et co-arrangeur (Avec François Biensan) du Big Band de Gérard Badini, fut un concert mémorable au festival de Juan-Les-Pins. Il s’agissait pour le big band, de faire un concert retraçant l’histoire du jazz en invitant pour chaque morceau, une légende du jazz… Ainsi, de mémoire, nous avons accompagné : Claude LuterBenny BaileyLa VelleClark TerryBenny CarterPhil WoodsJohnny GriffinDiane Reeves, Archi Shepp… J’en oublie sans doute. J’étais chargé d’écrire des arrangements ou de faire des transcriptions pour tous ces prestigieux invités…

Je n’oublierai jamais le moment où à la balance, Benny Carter est monté sur la scène pour écouter l’arrangement que l’on m’avait demandé d’écrire sur une de ses magnifiques ballades « Evening Star ». Il s’est assis sur un tabouret de bar à côté du piano, et a demandé à ce que l’on joue le morceau… Puis il est venu près de moi et m’a dit à l’oreille : « Great job Stan ! Thank you so much ». J’ai retrouvé le fax qu’il avait envoyé à Gérard Badini et où il mentionne: « Stan can do what he likes with the arrangement, and I will be happy if he chooses to surprise me with his concepts » … Quel témoignage incroyable, à plus de 80 ans, de sa curiosité et de son ouverture d’esprit…

De basin Street à Saint-Germain-Des-Prés

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés : Suite originale sur l’histoire du jazz. Episode 11

Voir la vidéo

CHEESE CAKE (The Haig/West coast 1952)

Les existences de Gerry Mulligan et de Chet Baker ne se sont croisées que pendant peu de temps. Ils avaient 25 ans tous les deux lorsqu’ils formèrent, en 1952 à Los Angeles, un quartet à haut risque au plan harmonique, sans piano ! L’accompagnement se limitant à une contrebasse et une batterie. A part leur origine bourgeoise blanche et leur physique de play-boy, Chet et Gerry ont peu de points communs. Chet Baker a, en effet, appris la trompette en autodidacte, pour jouer comme Harry James, et ne s’est décidé qu’à 20 ans à étudier sérieusement l’harmonie et l’analyse musicale. Gerry Mulligan, à l’inverse, a reçu très jeune une formation musicale complète et on lui a enseigné le jeu de tous les saxophones et du piano. Lorsqu’ils se rencontrent en Californie, Chet et Gerry, s’ils ont vécus avec la même passion la naissance du Be-bop, et ont été bouleversés par Parker, Gillespie et Bud Powell, se sont également mis à l’écoute d’un courant parallèle plus sophistiqué, plus sobre, plus « cool » qui s’amorce sous l’impulsion d’autres novateurs, Miles Davis en tête. C’est ainsi que naît le « Mulligan quartet » et que sont enregistrés en quelques mois une vingtaine de titres qui feront date dans l’aventure du jazz « West coast » né en 1949 avec l’album « Birth of the cool » de Miles Davis. Avec CHEESE CAKE, on retrouve toutes les caractéristiques de ce quartet mythique et du style si particulier qu’il incarne.

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Patrick Artéro (Bugle)

Nicolas Montier (Saxe baryton)

Pierre Maingourd (Contrebasse)

Stan Laferrière (Batterie)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partitions disponibles ICI

Mélodie contagieuse, ou l’histoire d’un standard…

“In A Mist”

Bonjour et bienvenue dans cette rubrique du blog Docteur Jazz, disponible en podcast ! 

Il s’agit de voyager à travers l’histoire d’un standard de Jazz, célèbre ou non, et de vous faire découvrir les versions parfois iconoclastes, qu’en ont fait les jazzmen dans les décennies qui ont suivi sa composition.

J’ai décidé d’ouvrir cette rubrique avec un morceau emblématique, écrit par un musicien non moins emblématique. Je veux parler de « In A Mist » composé par Bix Beiderbecke. Musicien dont j’ai déjà parlé dans un article sur le blog

Interview de Pierre de Bethmann

Merveilleux musicien, pianiste original et sensible. J’ai rencontré Pierre de Bethmann pour la première fois aux Djangos d’or en 1996. J’ai toujours suivi avec grand intérêt son travail remarquable. Nos chemins musicaux ne se sont pourtant jamais croisés, jusqu’en 2019, où je lui ai proposé de se joindre au projet de BIG ONE sur les “Tableaux d’une exposition” de Modeste Moussorgsky. Il nous parle de son parcours et répond aux questions de Docteur Jazz !…

Noël sera toujours Noël !

Noël sera toujours Noël !…

En cette période pour le moins troublée, il est plus que jamais nécessaire de se projeter. Profiter de cette période de confinement pour imaginer, construire, lire, écouter de la musique, se former, apprendre de nouvelles choses, prendre soin de soi et de ses proches, adopter une attitude positive et se dire que tout vaut mieux que de subir les infos en continu à la TV et déprimer… Les années 20 ont été folles au siècle dernier (Malgré une pandémie qui fit entre 50 et 100 millions de morts en 1918-19), il ne tient qu’à nous qu’elles le soient aujourd’hui ! Il faut être optimistes, la culture renaîtra, non pas de ses cendres, mais de ses braises !!

Il est également important de cultiver l’entraide et la solidarité, par exemple en faisant nos courses de Noël, quand cela est possible, chez nos petits commerçants, plutôt qu’en achetant systématiquement en ligne sur les sites des grosses centrales de distribution ! Il en va de la survie du tissu socialo-commercial de nos centres villes… C’est sans doute pour chacun d’entre nous, le moment idéal pour contribuer à infléchir de façon significative la montée en puissance des multinationales et autres lobbys, en faisant jouer le seul véritable pouvoir dont nous disposons : l’usage de notre porte-monnaie ! 

A propos de courses de Noël, pourquoi ne pas soutenir également les artistes et leur travail ? A l’instar d’autres corporations qualifiées de « non essentielles » par nos édiles, cette communauté est très durement touchée par la crise… Les stocks de CD’s et autres publications artistiques vous tendent les bras, en attendant de tous nous retrouver dans les théâtres, les clubs et autres lieux où sont habituellement partagés la connaissance, la culture et la joie de vivre ! 

A ce propos, Docteur jazz vous propose quelques articles en « physique » pour faire des heureux à Noël, ainsi qu’une « promotion spéciale » sur 3 formations (« le swing cet illustre inconnu », « Aborder l’improvisation », « l’arrangement jazz » version simple), jusqu’au 15 janvier !

Un petit coup de pub/coup de cœur pour les copains de « Three Blind Mice » qui sortent leur album de Noël ! allez jeter une oreille, c’est un bijou de swing et de bonne humeur ! 

Enfin, pour égayer cette période de confinement et offrir une alternative jubilatoire à BFM TV, vous trouverez plus bas, spécialement pour vous, une petite sélection de chants de Noël sur Youtube, interprétés en jazz. Des grands classiques et des choses moins connues, mais superbes !! A découvrir ou à redécouvrir…

Prenez soin de vous, et gardez le moral surtout ! 

Toute l’équipe de Docteur jazz vous souhaite un très Joyeux Noël ! quoiqu’il en soit !…

Stan Laferrière 

(Multi-instrumentiste, compositeur, arrangeur, formateur, administrateur, chef de projets)

Amandine Ricart-Aguilar alias « RIK » 

(Conceptrice, administratrice, graphiste- illustrations et dessins sur le blog)

Solène Laferrière 

(Motion designer- Animations, logo et bannière du blog)

Bertrand Julien-Laferrière

(Correcteur officiel du blog. Le « Tonton flingueur » de l’orthographe !)

Take Six + Al Jarreau « I’ll be home for Christmas

Take six « We wish you a merry Christmas »

Mel Torme « The Christmas song »

Nat King Cole « The best of Christmas »

Frank Sinatra & Nat King Cole « Christmas songs »

Accent « Petit papa Noël »

La guitare dans le jazz

LA GUITARE DANS LE JAZZ

Les origines de la guitare remontent si loin, que l’histoire serait trop longue à raconter ici. On peut seulement rappeler, pour replacer l’instrument dans le monde de la musique, que sa forme moderne est apparue (après différentes évolutions) en Espagne vers le treizième siècle. Guitare Latine : « Corps incurvé à long manche ». Déjà habituellement jouée avec un plectre, elle détrône rapidement le luth, pour devenir au début du seizième siècle, l’instrument roi dans les salons et pour faire la cour (Le dictionnaire de la musique de Jean-Jacques Rousseau au XVIIème la désigne comme un instrument portatif pour accompagner le chant). Très en vogue en Europe du nord au début du XIXème, elle sera bientôt supplantée par le piano, dans les salons à la mode comme chez les particuliers.

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Interview de Julie Saury

Batteuse et percussionniste éclectique, sensible et de grand talent, Julie Saury se prête au jeu du questionnaire de Docteur Jazz ! C’est un peu une “petite soeur”, nous nous connaissons depuis l’enfance. J’ai une grande tendresse pour la personne, et un grand respect pour la musicienne..

Scatting & acting “Bernie’s tune”

Art Pepper + Eleven de Marty Paich… Cet album incroyable fut un de mes disques de chevet durant des années. La maitrise de l’arrangement au service d’un saxophoniste de la West Coast au sommet de son art… J’avais envie de vous faire partager ce petit jeu (entrevue simulée entre un éditeur et un compositeur, absolument pas auto-biographique, ahah!), en forme de teaser pour la formation sur le SCAT qui sera bientôt disponible sur le blog …

Voir la vidéo

Transcription complète disponible ICI

Une formation sur le SCAT est également disponible ICI

Interview de Daniel Givone

“Retrouvailles” au théâtre d’Angers en Octobre 2020, avec cette figure du jazz Français ! Guitariste inclassable (bien qu’imprégné de la culture Manouche), curieux, aventureux, aimant le partage et les gens en général… Musicien très sensible et attachant, Daniel Givone répond aux questions de Docteur Jazz, dans les loges!… (les extraits sont tirés de son album solo “Different Strings”).

Promotions Noël/Confinement

Le “Père Noël” de Docteur Jazz

Bonjour à toutes et à tous !

Le père Noël « Docteur Jazz » arrive avec sa hotte chargée de cadeaux !

En cette période de confinement, profitez de la promotion spéciale sur 3 formations « Stars » du blog ! Ces formations qui rencontrent déjà un joli succès, vous sont proposées directement par leur créateur, qui en assure le service après-vente, alors n’hésitez pas !

La « formation à l’arrangement jazz » pack simple passe à 250€ (au lieu de 350€) Pour deux ans de cours (détails sur le blog)

Pour tout « pack simple arrangement » acheté pendant la promotion, le jazzbook est offert.

Les formations « Le swing cet illustre inconnu » et « Aborder l’improvisation » passent à 35€ (au lieu de 45€)

La promotion est valable jusqu’au 15 janvier !

Rendez-vous dans la boutique du blog pour en savoir plus et consulter les descriptions !… N’hésitez pas à partager !

Merci à tous pour votre soutien.

résultats quizz “Standard suspect” N°2

Eh bien ! Encore une fois, vous avez été rapides ! Et beaucoup de réponses ont été données ! Bravo et merci pour votre participation !

Voici le podium: 

1. Gilles Réa

2. Jean-François Bonnel

3. Jean-Christophe Renvoyer

Le morceau à trouver était : Fly Me To The Moon

Voici la fameuse grille ré harmonisée avec la mélodie.

De magnifiques versions de ce morceau vous sont suggérées dans les commentaires !

Voici pour mémoire la grille originelle (Au début se trouve le verse, assez peu joué).

Standard suspect N°2

Le quizz “Standard suspect”

Dans cette rubrique, je poste une grille de standard. Elle est en général ré harmonisée, légèrement ou franchement (mais pas obligatoirement). Dans tous les cas, elle colle bien entendu parfaitement avec la mélodie d’origine.

A vous de trouver de quel standard il s’agit !… En commentant le post ici même.

Lorsque je donnerai la réponse (si personne ne trouve), je posterai la grille d’origine, qui est souvent différente de la grille « usuelle ».

Si je constate que c’est trop dur, je donnerai quelques indices… 

Une fois la réponse donnée, postez votre suggestion personnelle de grille pour ce morceau, en commentant directement le post!

Tout le monde peut participer !! ne soyez pas timides !

Voici la grille du Quizz n°2. A vous de jouer !

Interview de Félix Hunot

Guitariste et banjoïste de talent, Félix Hunot évolue essentiellement dans le milieu du jazz classique. Il sort le premier album sous son nom: “The Jazz Musketeers”. Un excellent investissement à Noël, pour faire découvrir le jazz classique “haut de gamme” Français à vos proches !

James Reese Europe

(Jim Europe)
22 février 1880- 9 mai 1919

Si l’on excepte les récentes commémorations de la guerre 1914-1918, à l’occasion desquelles l’amnésie du monde du jazz a soudainement joui d’une rémission opportune, il faut bien avouer que James Reese Europe fait partie des musiciens méconnus de l’histoire du jazz, au moins pour le grand public…

Il existe sans doute des raisons à cela ; notamment le fait qu’il n’est pas un « pur » jazzman et que sa carrière se situe plutôt dans ce que l’on pourrait appeler : la période de gestation du jazz (grosso modo 1890-1915).

Et pourtant…

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Musiciens professionnels et pédagogie sur le net : vers une autre façon d’exercer notre métier ?…

Nous sommes certainement nombreux depuis quelques mois, à nous poser des questions sur l’avenir de notre métier. Les concerts reprendront-ils ? dans combien de temps ? Quel sera le pourcentage de clubs, salles de concerts, associations culturelles en tous genres, qui auront déposé le bilan ?

Certains pensent à la reconversion, à trouver de nouvelles pistes pour gagner leur vie tout en restant dans leur domaine d’action. Globalement : faire de la musique et la partager, mais autrement…

Mon expérience personnelle sur ce sujet, vous l’avez sous les yeux. Ce blog, monté en Juin 2020 et fruit d’un « brain storming » avec mon épouse elle-même artiste, est un reflet assez fidèle de ma personnalité d’artiste, de mon expérience d’enseignant et de la plénitude que me procurent le partage et la transmission.

On trouve un peu de tout sur le net, sur ce sujet comme sur d’autres et il faut bien entendu faire le tri. J’avais envie de donner la parole à deux collègues et amis, musiciens de très grande classe, pédagogues et qui ont une longue expérience dans le domaine du partage de connaissances sur le net. Leurs motivations diffèrent, mais leur contenu est exceptionnel de qualité et cela suscitera peut-être des vocations… Il y a mille façons de partager son savoir. Voici deux angles de vue qui me semblent intéressants ! 

Ces chaînes ou blogs d’enseignement, lorsque leur contenu est de qualité et qu’ils sont « pilotés » par des musiciens reconnus, peuvent offrir un complément intéressant (contenus originaux, abord pédagogique différent) aux étudiants des conservatoires et écoles de musique. Ils proposent en outre une alternative aux amateurs ou personnes plus âgées, n’ayant pas forcément accès au système institutionnel de l’enseignement musical.

Stan Laferrière

Gilles REA (guitariste)

– Mes débuts avec le numérique et Internet.

J’ai commencé à m’intéresser à la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) dès sa démocratisation, à la fin des années 80. 

La marque Atari avait sorti un ordinateur relativement abordable orienté musique et dont l’interface utilisateur très graphique et très intuitive était une copie du Macintosh hors de prix à cette époque.

J’étais un véritable geek et je suivais de près toutes les nouveautés notamment logicielles autour de la musique.

J’ai été également un des premiers musiciens dans mon entourage à m’intéresser aux réseaux même avant Internet. 

On pouvait avec l’Atari relié au minitel via un câble se connecter à des serveurs. Ensuite il y a eu CompuServe un des premiers services qui permettaient une ouverture sur un réseau mondial et offraient un système de messagerie et enfin Internet qui commence à se populariser au début des années 90 en France.

– Partage de mes contenus pédagogiques sur Internet

Très vite j’ai appris à utiliser des outils pour me faire un site Web et ma chaine Youtube date de 2006, un an après la création de Youtube.

J’ai très rapidement eu envie de partager gratuitement mes transcriptions de guitaristes de Jazz. J’ai mis au point au début un système de synchronisation visuelle de la partition et d’un manche de guitare virtuelle.

Ces vidéos ont rencontré un certain succès mais je ne pensais pas à l’époque monétiser ce travail. Puis j’ai commencé à avoir des demandes et donc à rendre disponible les partitions en PDF sur mon site. Contre toute attente, les acheteurs ont commencé à affluer.

Depuis peu de temps j’utilise Soundslicec’est un système en ligne gratuit que je trouve absolument incroyable pour partager des partitions musicales. Il permet de synchroniser avec une facilité déconcertante une partition musicale avec de l’audio ou une vidéo tout en gardant une interactivité maximum par rapport à une simple vidéo, on peut se déplacer dans la partition, boucler, changer le tempo ou transposer la partition, c’est un outil que j’attendais depuis des années.

– Les plateformes à contribution participatives.

Il y a maintenant un an j’ai ouvert des comptes sur des sites de contributeurs comme Patreon (site américain) et Tipeee (site français). 

Sur ces plateformes les contributeurs s’abonnent (sans engagement) pour rétribuer les créateurs de contenu. L’intérêt de ces plateformes par rapport à la vente sur un site, c’est que si l’on a beaucoup de contributeurs abonnés, cela garantit un certain revenu pour chaque contenu publié. 

A ce sujet j’ai l’impression que les américains sont bien plus généreux que les français, je compte plus de 50 contributeurs sur Patreon alors que mon Tipeee ne décolle pas.

– Mes reportages sur le Jazz

Depuis quelques mois je produis également des reportages sur des musiciens de Jazz qui ont connu les années 50-70, j’ai créé une nouvelle chaine Youtube pour cela. Je trouve que dans les médias on oublie souvent un peu trop vite les musiciens qui n’ont plus d’actualités immédiates ou qui n’ont rien à vendre alors que le regard sur l’évolution du monde et le vécu d’un artiste même à la retraite peut être une grande source d’inspiration pour les plus jeunes.

– Le futur de mes activités sur Internet

Dans un futur proche, parallèlement aux transcriptions, j’ai envie de m’orienter vers un contenu pédagogique et musical plus personnel.

J’ai envie de me filmer en situation de jeu seul ou à plusieurs et de créer des vidéos d’analyses musicales, techniques ou historiques issues de mon expérience.

J’aime également partager le travail des autres créateurs de contenu via des articles sur mon site ou sur les réseaux sociaux.

Enfin, j’espère pouvoir continuer la réalisation de mes reportages si le Covid-19 nous le permet.

– Ma réflexion sur le sujet.

Internet comme chacun l’admet, est un outil de partage formidable, mais les contenus y sont de plus en plus noyés par la quantité d’information. Tout y est présenté de manière horizontale, c’est un peu comme si vous rentriez dans une librairie où tous les bouquins seraient entassés en vrac sur le sol. Avec des algorithmes qui favorisent les contenus sponsorisés (sans véritable transparence d’ailleurs) la visibilité va devenir un enjeu crucial et un business que les GAFA comptent bien monnayer d’ailleurs. En tout cas la qualité ne sera pas une garantie de visibilité.

La crise du Covid, suivie de la crise économique que l’on va subir, vont certainement pousser des milliers de musiciens sans activité à se mettre à produire du contenu, ce qui peut être vu comme une bonne chose à priori mais ceux qui croient pouvoir en tirer une source de revenu risquent d’être déçus.

Pour moi ce travail Internet était jusqu’à présent annexe à mon métier de musicien et n’est absolument pas rentable à l’heure actuelle.

Il me faut souvent 3 ou 4 jours à plein temps pour faire une transcription animée pour un gain de quelques dizaines d’euros par transcription et encore, au bout de plusieurs mois après la mise en ligne. Pour les reportages, c’est encore pire, chaque vidéo (qui sont de véritables longs métrages de plusieurs heures) me demande jusqu’à 3 ou 4 mois de travail mais les dons sont extrêmement rares.

Quand je parcours les réseaux sociaux comme Facebook par exemple, je trouve que peu de gens finalement proposent du contenu personnel gratuit et utile pour les autres en dehors de faire sa promo (ce que l’on fait tous, moi le premier), ils se contentent de relayer ou de “liker” parfois sans même regarder, ce qui ne demande pas beaucoup d’effort, mais la création de contenu ou même simplement le partage d’un savoir-faire qui ne prendrait que quelques minutes est assez rare.

Par rapport à l’accès à un contenu payant, la majorité des gens est prête à dépenser parfois de grosses sommes d’argents pour des gadgets inutiles, mais pour un travail “artisanal” de qualité et unique qui a nécessité énormément de temps de la part de passionnés, c’est plus compliqué.

Malgré cela j’ai envie de persister dans la création de ces contenus, de continuer à les proposer gratuitement ou presque en comptant sur la générosité des internautes, cela contribue à m’enrichir même si ce n’est pas financièrement !

Gilles Réa

4 Novembre 2020

Florent GAC (pianiste)

A l’annonce du deuxième confinement il y a quelques jours, j’étais en tournée vers Montpellier avec le groupe « Identité » de Gaël Horellou, un mélange de jazz et de maloya réunionnais. Nous avions maintenu malgré le couvre-feu, l’essentiel de nos dates, grâce à la souplesse de chacun, musiciens comme organisateurs. 

Mais depuis mercredi soir dernier, en effet, ce fut un retour forcé en Normandie…

Lors du premier confinement, j’ai effectivement accentué mon activité sur ma chaine Youtube, qui existait déjà avant, mais la perspective de nombreuses heures disponibles devant soi, m’a permis de fournir un contenu plus dense, et d’utiliser l’outil vidéo plus en profondeur.

J’ai également profité de ce temps pour me frotter un peu à la programmation et refonder mon site  et mon blog, qui, bien que loin d’être parfaits, m’ont permis de créer une boutique en ligne pour les partitions, et d’agrémenter le tout de petites illustrations…

A vrai dire, il n’y a pas vraiment de lien entre la crise sanitaire et ma démarche sur internet. Mon blog, centré au départ sur des relevés de solos, existe maintenant depuis 2009, et a changé quelques fois de plate-forme.

Au départ, j’essayais de proposer, en plus des relevés, une méthodologie de travail pour les amateurs de jazz, ou même les musiciens plus avertis, en expliquant quelques exercices, en décortiquant tel ou tel passage d’un relevé.

En procédant de la sorte, je ne fais que partager ma propre façon de travailler le jazz et le piano.

Puis, j’ai ouvert la chaine vidéo il y a trois ans. Comme le blog, j’ai d’abord publié des relevés de solos de vidéos déjà sur youtube.

Puis j’ai décidé d’aller plus encore dans la pédagogie en proposant des « tutos » ou bien des exercices courts, au travers de diverses playlists. 

J’ai essayé de rendre cela un peu plus didactique en ajoutant parfois un peu d’humour, ou bien en allégeant le propos avec un format plus proche du « Vlog ». Durant le confinement, j’ai donc tout simplement proposé plus de vidéos, et plus de partitions, mais je n’ai pas passé la frontière du « live » sur Facebook par exemple…

Le dernier point que je souhaite aborder est la gratuité du contenu que je propose. En effet, j’ai mis en place une boutique où les personnes désireuses de me soutenir peuvent le faire en achetant les partitions à différents tarifs, mais peuvent également se les procurer gratuitement.

En effet, le travail que je propose est finalement le reflet du travail que j’effectue moi-même tous les jours pour progresser dans ma pratique du jazz. On sait tous que le relevé est bien plus efficace quand on le fait soi-même, et je considère que le partage de connaissance facilite la transmission. 

Ce blog et cette chaîne ne constituent pas mon activité principale, mais je suis content de pouvoir partager les quelques choses que j’ai apprises et, j’espère comprises, en travaillant le jazz !

Concernant la crise, en effet durant le printemps et l’été dernier tout s’est annulé pour moi, comme pour beaucoup… J’ai été agréablement surpris du geste concernant les intermittents, en ayant pourtant bien conscience de la difficulté qu’auraient à affronter les différentes structures du spectacle, mais également les artistes. 

Je n’ai personnellement pas trop souffert du confinement de mars, ni ma famille. Étant quelque chose de totalement nouveau, nous avons, je pense un peu tous appréhendé ça au jour le jour, d’où sans doute, la prolifération de musique et de vidéos sur les réseaux, chacun essayant de continuer de partager son art.

Concernant ce deuxième confinement, j’y vois beaucoup plus d’incertitudes, et ne comprends plus bien les choix qui sont faits. Ce n’est encore que le début, mais déjà on sent que ce confinement ne sera pas comme le premier. Déjà à cause du choix de maintenir l’école, et de cette volonté de faire tourner l’économie sans y intégrer a priori le domaine culturel.

A vrai dire, je ne suis ni vraiment optimiste ni vraiment pessimiste ; je ne suis pas compétent pour donner mon avis sur le virus bien sûr, mais je trouve assez positif que les maires commencent à se prononcer sur certaines directives à adopter en fonction de leur commune.

Pour le reste, nous verrons dans les jours à venir, l’école de mes filles reprend, nous pouvons continuer à voir nos élèves de 3èmes cycles et de CPEES au CRR de Rouen, j’ai des arrangements et des compositions sur la table, et des idées de vidéos à partager…

Florent GAC

Novembre 2020

Challenge Arrangement de Noël 2020

Silent Night

Avis à tous les arrangeurs, en herbe ou professionnels ! Je propose régulièrement un morceau qui n’est pas du jazz au départ, et vous demande que ça en soit à l’arrivée ! … 😉

En clair, je vous suggère une mélodie connue et vous avez quelques semaines pour m’envoyer un arrangement ou harmonisation/ré harmonisation (lien youtube ou soundcloud pour vidéo ou MP3…) avec la formation de votre choix, du solo au big band !  Tous les coups sont permis !

Dans l’idéal, fournissez-moi un audio et un score (ou partition chiffrée)

Ne soyez pas timides ! Ce n’est ni une compétition ni un examen, et je peux vous dire, de mon expérience de prof d’écriture, que j’ai souvent été bluffé par (pour ne pas dire jaloux de) certains devoirs de mes élèves !… Je ne parle pas de mes collègues professionnels de l’écriture, qui ont toujours été, et sont encore, source d’inspiration et de motivation ! Ils sont d’ailleurs les bienvenus dans ce challenge (hors compétitions bien sûr)

Celui que je jugerai le plus original, abouti, ou intelligent… sera publié sur le blog ! et recevra un petit cadeau !

Vous avez du temps libre en ce moment 😉

Dead line pour l’envoi de vos liens de fichiers, soundcloud, youtube ou autre (par l’intermédiaire du formulaire « contact ») : Le Dimanche 31 janvier 2021 à Minuit !

Ce mois-ci : un chant de Noël bien sûr ! SILENT NIGHT

Vous pouvez écrire dans la tonalité de votre choix bien entendu !

A vos stylos ! (Ou souris) A vos instruments ! et à très vite…

A noter : Le challenge précédent, sur « How Deep Is Your Love » n’a visiblement pas inspiré grand monde, il reste donc ouvert aux candidats téméraires et inventifs !

Stan Laferrière

Docteur jazz

Le petit jargon du jazz

“Taper le Bœuf”

Cette expression a largement dépassé les frontières du jazz. A l’origine : un cabaret, le « Bœuf sur le toit », ouvert le 10 janvier 1922 dans le 8ème arrondissement de Paris, 28 rue du Boissy-d’Anglas. Le nom de ce lieu créé par Louis Moysès, a été inspiré par un ballet écrit en 1920 par le compositeur Darius Milhaud. Dès son ouverture, ce cabaret rencontre un succès énorme, on peut y croiser toute l’intelligentsia Parisienne de l’époque ; CocteauJean WienerPicassoPoulencStravinskySatieTristan BernardMistinguettJacques Prévert, etc…

Durant l’entre-deux guerres, le jazz était très en vogue à Paris ; le « Bal Nègre », autre cabaret très fréquenté et prisé pour son ambiance de musiques « exotiques », a ouvert rue Blomet, en 1924. Les musiciens de la capitale, après avoir terminé leurs concerts, avaient pris l’habitude de se retrouver au « Bœuf » pour faire des jam sessions (concerts improvisés), jusqu’à la fin de la nuit ! l’expression « faire le bœuf » ou « taper le bœuf » est alors passée dans le langage courant de la profession !…

De grands artistes ont débuté leur carrière au Bœuf sur le toit, notamment Léo Ferré, les frères Jacques, ou encore Mouloudji.

Ce cabaret a déménagé plusieurs fois et se situe depuis 1941, rue du Colisée. Le « Bal Nègre » n’a pas bougé lui, et s’appelle désormais le « Bal Blomet ».

Je n’ai pas de nostalgie particulière, mais les faits sont là malgré tout. Lorsque j’ai débuté le métier en 1979, il y avait des clubs de jazz à profusion dans Paris. Rien que dans la petite rue Saint-Benoît, on n’en comptait pas moins de 4… Il était facile pour les musiciens de se retrouver après les concerts pour faire le bœufOn avait le choix ! Le Montana, L’Alliance, le Bilboquet (ancien Club Saint-Germain), le Dreher, le Petit Opportun, le Slow Club, la Villa, le Franc Pinot et j’en passe… Tous ces clubs ont disparu, et mis à part la rue des Lombards, il ne reste plus grand-chose… Alors les jeunes musiciens se sont organisés, et pratiquent dorénavant les jam sessions chez l’un ou chez l’autre, car en musique, rien ne remplace l’interactivité, le jeu collectif, la rencontre, le partage…

Stan Laferrière

Docteur jazz

Le saxophone dans le jazz

S’il est un instrument qui a grandi et a acquis ses lettres de noblesses avec la musique de jazz, c’est bien le Saxophone !   Cet instrument, arrivé tardivement, vers le milieu du 19ème siècle, n’a pas d’emblée trouvé sa place au sein de l’orchestre. Malgré quelques tentatives de compositeurs aventureux, il faudra attendre que le jazz s’en empare au début du 20ème siècle, pour assister à son essor fulgurant, au point qu’il devienne l’emblème incontesté de cette musique (qu’il demeure encore aujourd’hui).

ADOLPHE SAX

C’est un certain Adolphe Saxe, Belge établi en France (1814-1894), inventeur de génie, qui présente en 1841 le premier brevet d’un instrument appelé « Saxophone ». Avant cela, il met au point un diffuseur de vapeur de goudron pour aseptiser les usines et entrepôts (invention saluée par Louis Pasteur en personne !), il touche à la médecine, aux chemins de fer, mais son domaine d’action va vite se focaliser sur les instruments de musique. Dès son plus jeune âge, il démonte, ausculte, modifie toutes sortes d’instruments. Excellent clarinettiste, Adolphe déposera nombre de brevets pour améliorer la clarinette et la clarinette basse. Il prouve de façon scientifique que la forme du tube n’influe absolument pas sur le timbre de l’instrument, mais que c’est son diamètre et sa longueur…

A l’exposition de l’industrie Belge de 1841, il joue du saxophone derrière un rideau ! De peur sans doute qu’on lui dérobe son invention. C’est un peu symptomatique de la lutte permanente que va devoir livrer Adolphe, pour défendre ses inventions…

La première véritable implication du sax dans un orchestre se fit au sein de la musique militaire ! En 1847, Adolphe Sax avait déjà conquis 45% du marché Français des instruments à vent. Mais son but était clairement de voir son instrument joué dans l’orchestre classique ! Il fait du lobbying pour promouvoir le sax (Meyerbeer, Berlioz, entre autres). Après la période noire de la révolution de 1848, l’avènement du second empire va lui être favorable : en 1854, il est officiellement « facteur d’instruments de musique de la maison militaire de l’empereur ». Simultanément, il est nommé en 1857 directeur de la première classe de saxophone au conservatoire de Paris. Il dirige également la fanfare de l’Opéra de Paris et devient éditeur de musique en 1858. La guerre de 1870 et les troubles de la Commune, vont engendrer deux faillites successives. Dans le même temps, on supprime pour des raisons économiques (lui dit-on), sa classe de saxophone au conservatoire. Cela affectera beaucoup Adolphe… La troisième faillite en 1877 mènera finalement à la disparition de son entreprise et la quasi-fin de ses activités. Il continuera malgré tout à déposer des brevets pour faciliter les doigtés de la clarinette ou du basson. Avant de mourir à l’âge de 79 ans, il aura quand même la joie d’entendre son instrument joué dans l’orchestre ! Enfin ! BizetMassenet, Saint-SaënsCharpentier et quelques autres compositeurs, ont su capter le potentiel lyrique et original de cet instrument, alors même que les romantiques l’avaient clairement boudé…

Sax ténor Dupaquier avec un
sol grave !

LE SAXOPHONE

Le saxophone fait partie de la famille des « bois », bien qu’il soit en métal ! 

Adolphe Sax Crée au départ deux familles de 7 instruments :

Une accordée en Mib et Sib, et une autre accordée en Ut et Fa. Seule la première famille a survécu ! (sauf le ténor en Ut “C melody sax” et quelques rares altos en Fa “mezzo soprano”, qui sont pratiquement inusités de nos jours).

La famille des Saxophones se compose ainsi (du plus grave au plus aigu) :

Le saxo contrebasse en Mib, le basse en Sib, le baryton en Mib, le ténor en Sib, l’alto en Mib, le soprano en Sib et le sopranino en Mib. Adolphe voulait au départ, que la famille complète couvre la tessiture entière de l’orchestre, alors même que chaque saxophone ne possède qu’une tessiture de deux octave et demie.

ECHEC DANS LA MUSIQUE CLASSIQUE

Comme je le disais précédemment, l’accueil de ce nouvel instrument dans le monde des compositeurs du milieu du 19ème siècle, est plutôt frileux. Pourtant, des figures aussi importantes que Rossini, BerliozMassenetBizet, s’enthousiasment carrément, sans pour autant intégrer le saxophone dans leurs œuvres. Les premières pièces sont écrites par KastnerSingelée et Berlioz. Ce dernier, même s’il n’a pas écrit d’œuvres « majeures » pour le sax (un Sextuor « l’Hymne sacré » en 1844), a cependant toujours défendu l’instrument, qu’il cite même dans son célèbre « grand traité d’instrumentation et d’orchestration modernes », Il proclame de façon plutôt provocante : « Tout corps sonore mis en œuvre par le compositeur, est un instrument de musique ». La première véritable pièce qui met en valeur le sax est « le dernier Roi de Juda », un opéra de Georges Kastner, écrit en 1844. En 1872, Bizet et son « Arlésienne » donnera enfin une place au sax, dans une œuvre célèbre (plus de 30 ans après son invention).

Le manque de popularité de l’instrument est en grande partie dû à sa méconnaissance de la part des compositeurs, mais aussi à une pénurie d’instrumentistes sérieusement formés pour le pratiquer. On confiait généralement la partie de saxophone aux clarinettistes, qui n’aimaient pas trop ça. Il faudra attendre 1920 pour que le sax soit enfin admis et adopté dans l’orchestre !

J’entends déjà les saxophonistes classiques m’invectiver : “et le Boléro de Ravel alors ?!”. Je leur répondrais que le Boléro de Ravel (qui je le rappelle, était considéré par son compositeur comme une œuvre mineure…), fait entendre du saxophone, mais il n’est pas une œuvre pour saxophone, pas plus qu’il n’est une œuvre pour trombone (qui y fait pourtant un solo “iconique”). De plus, le Boléro a été composé en 1928, soit 87 ans après l’invention du saxophone… On peut cependant convenir que cette magnifique composition (il n’y a guère que Ravel lui-même qui considère que c’est une œuvre mineure !), constitue une belle revanche pour le saxophone, qui est gratifié de 2 solos, dans le morceau le plus joué au monde !

ET LE SAX DANS LE JAZZ ALORS ?

On cite souvent, pour ne pas dire systématiquement Coleman Hawkins, comme le père, voire « l’inventeur » du saxophone ténor dans le jazz. Oui, certainement, mais il semble tout de même curieux de baser toutes ces pseudo vérités sur le flou historique total qui entoure la première période du jazz, notamment par manque de traces écrites et sonores jusqu’à l’aube des années 20.

Ainsi l’on décrète que le premier disque de jazz fut enregistré par « l’Original Dixieland Jazz Band » en 1917. D’autres étaient pourtant allés en studio bien avant, en jouant une musique qui pouvait sans doute tout autant s’apparenter au jazz (James Reese Europe par exemple en 1913, à la frontière du Ragtime et du Jazz). Certaines figures du jazz naissant sont célèbres, sans avoir laissé la moindre trace phonographique, à l’instar de Buddy Bolden… Il est donc bien dommage d’occulter l’existence et l’importance des pionniers du saxophone dans le jazz, car à la vérité, l’instrument a eu également du mal à se faire une place dans l’orchestre de jazz (tout du moins au début, jusqu’en 1920… Tout comme dans l’orchestre classique…)

S’il n’est pas totalement faux de dire que le saxophone jazz est né avec Coleman Hawkins, il ne faut pas pour autant minimiser la période de la Nouvelle-Orléans.

La nomenclature de la section mélodique dans les premiers orchestres de jazz était pratiquement fixée à 3 soufflants : cornet, trombone, clarinette. Chacun ayant un rôle prédéfini dans les arrangements (ou plutôt les conventions) et dans la « collective » (partie improvisée à plusieurs). Le cornet jouant le « lead », la clarinette brodant plutôt en croches dans le médium aigu et le trombone faisant les relances et soulignant les fondamentales. Dès lors, l’insertion d’un quatrième soufflant nécessitait un travail de réorganisation, voire de ré harmonisation… C’est peut-être une des raisons qui ont fait traîner l’arrivée du sax dans les orchestres de jazz.

La plupart des saxophonistes alto ou ténor de la Nouvelle-Orléans étaient à l’origine des clarinettistes. Citons-en quelques-uns, puisqu’ils sont tombés dans l’oubli : Paul Barnes (chez Oscar CelestinKing OliverJelly Roll Morton)Earl Fouche (chez Sam Morgan)Andrew Morgan (le « Bechet » du sax alto. Il jouait chez son frère Sam)Louis Warnecke(Piron’s New Orleans orchestra)Stump Evans, le roi du Slap, un virtuose ! (Chez Jelly Roll MortonKing OliverErskine TateCarroll Dickerson) et beaucoup d’autres, comme Barney Bigard, dont on ne parle jamais du jeu de ténor (qu’il abandonna lorsqu’il rentra chez Ellington en 1928). A l’inverse, on ne parle pour ainsi dire que du jeu de sax soprano de Sidney Bechet, alors qu’il est incontestablement l’un des clarinettistes les plus importants de la nouvelle-Orleans. 

Il faut bien entendu évoquer l’orchestre « Chicagoan » de Franky Trumbauer et Bix Beiderbecke, qui comprenait au début des années 20, deux saxophones : celui de Trumbauer lui-même (un sax ténor en UT « C melody sax ») et le sax basse d’Adrian Rollini. C’est pour moi l’exemple parfait de ce que l’on peut produire de meilleur en matière de contrepoint improvisé collectivement à 4 voix, voire à 5, car le sax basse de Rollini vient à l’occasion se mêler à la mélodique pendant quelques mesures avant de reprendre son rôle de basse…

Le saxophone devient vraiment l’instrument « Roi » du jazz, grâce à l’avènement et l’essor des big bands au début des années 30.

En effet, en 1923, quelques pionniers comme Fletcher Henderson et Duke Ellington (lequel avant l’autre ?…), organisent leurs orchestres en sections d’instruments de la même famille. Une section de cuivres (au début, 2 cornets et un trombone) et une section d’anches (3 saxophonistes, qui jouent également de la clarinette). Cette forme préhistorique du big band, que l’on nomme communément « Formation Fletcher », va rapidement évoluer (sous l’influence d’arrangeurs comme Don Redman et Benny Carter), pour être finalement constitué, à l’aube des années 30, d’une section rythmique, de 3 ou 4 trompettes, 3 trombones et 5 saxophones (Benny Carter imposera le baryton en 1931). Ce nouveau format fait la part belle aux tuttis de saxophones, très spectaculaires car l’instrument est véloce (chez Jimmy Lunceford notamment). Il offre également un écrin aux solistes qui vont émerger, et ils seront très nombreux !

Le saxophone a enfin trouvé sa place, et sa technique ne va cesser de se développer au fil des années. Après le succès des saxophonistes « majeurs » de la « swing era » des années 30, comme Coleman HawkinsLester YoungJimmy Dorsey, Benny CarterBen Webster (et bien d’autres…), l’arrivée du Bebop (vers 1939), va entraîner le déclin des big bands et mettre sur le devant de la scène d’autres prodiges du saxophone. Charlie ParkerJohn ColtraneDexter GordonSonny RollinsEric DolphyOrnette ColemanBenny GolsonWayne ShorterRoland Kirk… Impossible de les citer tous !

Nous reparlerons du Saxophone au travers d’articles sur des saxophonistes…

A écouter : Tous les saxophonistes que j’ai cités… Mais pas que 😉

A voir : Vandoren TV. Très intéressant ! Mon ami Fred Couderc, grand spécialiste de l’instrument et de son histoire, y fait quelques magnifiques démonstrations !

A lire : « Histoires du saxophone » François et Yves Billard (la bible !)

Stan Laferrière

Interview Christophe Dal Sasso

Arrangeur/compositeur de grand talent et garçon plutôt discret, Christophe Dal Sasso vient de recevoir une Victoire du Jazz pour récompenser son travail d’arrangeur. Docteur Jazz a voulu en savoir un peu plus, et lui a posé quelques questions !…

Christophe Dal Sasso

Né le 08/08/1968 À Hyères dans le Var.

J’ai commencé la musique à l’âge de huit ans et la trompette à 12 ans. Suite à des problèmes physiques, j’ai arrêté la trompette à l’âge de 32 ans et j’ai commencé la flûte en autodidacte. J’ai suivi le cursus d’arrangement au CIM avec Ivan Jullien de 1990 à 1994. Également des cours d’orchestration à la Scola Cantorum, ainsi que quelques cours d’analyse musicale au conservatoire du 10ème à Paris..

Les arrangeurs qui m’ont le plus influencé : 

Gil Evans, Bob Brookmeyer, Thad Jones, Duke Ellington, Marty Paich.

Le projet d’écriture dont je suis le plus fier :

C’est un projet que j’ai composé et arrangé pour deux pianos et orchestre à cordes en hommage au grand architecte catalan Antoni Gaudi. Ce projet fut joué une seule fois à Clermont-Ferrand avec comme solistes, Baptiste Trotignon et Philippe Monange. Le projet était dirigé par Bastien Stil. Cette œuvre est pour moi ce que j’ai le mieux réussi, entre la tradition de la musique classique et le jazz, je dirais même pour être plus précis: la musique improvisée.

Mon arrangement préféré :

C’est celui que j’ai écrit pour Milton Nascimento sur « Morro velho »

Ce que je pourrais dire en une phrase pour définir l’écriture :

Avoir la connaissance, l’expérience, la patience et la part de mystère qui guide notre sixième sens vers la réalisation de chaque œuvre.

L’arrangement que j’aurais voulu écrire :

C’est L’adagio du Concerto d’Aranjuez par Gil Evans pour Miles Davis. Je trouve que c’est un parfait équilibre entre les parties écrites et les parties improvisées. De plus, la nouvelle orchestration de Gil Evans ne dénature en rien l’œuvre originale. 

Mes projets :

Enregistrer Africa brass de John Coltrane que je viens de réarranger et réorchestrer. 

J’ai un nouveau projet un peu plus « Soul » avec une saxophoniste chanteuse américaine Shekinah Rodz.

J’ai également une commande d’écriture pour les 100 ans de la mort de Camille Saint-Saëns par la ville de Dieppe. Première représentation prévue en mai 2021.

Petite anecdote :

Vécue avec Dave Liebman à la fin de la première répétition d’un projet créé en 2009 avec l’ensemble Inter-contemporain. Ce projet était à l’initiative du Tubiste Arnaud Boukhitine et de la chef d’orchestre Susanna Mällki. L’idée de cette création était de partir de deux pièces improvisées par Dave en solo, de les retranscrire et les réarranger / orchestrer pour que Dave puisse improviser sur ce qu’il avait déjà joué. Le projet était complètement atonal donc pour moi; aucun chiffrage d’accord n’était possible. À la fin de la répétition, Dave vient me parler pour me dire “Hey Man! pourquoi tu ne m’as pas chiffré les accords ?” Je lui réponds “Hey! Dave ce n’est pas possible, c’est de la musique atonale, tout est construit sur les 12 demi-ton, il n’y a pas de centre tonal”.

Il me regarde un peu énervé et me montre sa partition, il avait chiffré tous les accords par superposition de 3, 4, voire 5 étages !

Exemple : CMaj/Eb7 alt/ Ab-6. 

Tout ça évidemment à la note près. Sur le coup je me suis dit: mais pourquoi faire ça ? Quelle idée, de toute façon tu joues les 12 demi-tons et ça marche… Après réflexion, j’ai essayé de me mettre à sa place et d’imaginer improviser.

Vu la complexité rythmique de ce qui était écrit et la masse sonore qui se dégageait par moments, effectivement: avoir des repères harmoniques de jazzman se révélait d’une grande utilité. En plus cela lui donnait la possibilité de jouer des choses complètement différentes chaque soir. Il y eut 3 représentations et sur ces trois concerts il n’a jamais joué la même chose…

Chaîne Youtube

Africa Brass

Le Horla live au théâtre Sorano 

Le Scat vocal dans le jazz

Scat : style vocal dans lequel le chanteur ou la chanteuse, s’exprime par l’intermédiaire de syllabes ou d’onomatopées. La voix s’émancipe et devient soliste, elle n’expose plus seulement la mélodie, mais elle improvise au même titre que l’instrument.

Pour un chanteur de jazz, le scat reflète parfaitement ce que le solo est à l’instrument. Cette technique d’improvisation vocale utilise différents effets pour développer son phrasé : des onomatopées, des cris, des bruits, des mots imaginaires, tout est possible et envisageable.

Cette expression vocale nécessite, outre la technique vocale pure, un sens du rythme, une culture harmonique et une oreille développée. Comme pour l’improvisation sur l’instrument, le scat s’aborde avec une totale liberté créatrice. 

D’abord principalement anecdotique et parodique, il peut être selon les époques et les interprètes, humoristique (Slim & Slam), interactif et communicatif (Cab Callaway), mélodique (Ella Fitzgerald, Jon Hendricks) démonstratif (Dizzy Gillespie, Clark Terry), intimiste (Chet Baker), technique (Al Jarreau, Bobby Mc Ferrin), exubérant (Médéric Collignon, André Minvielle) …

C’est d’ailleurs dans les inflexions des chanteurs « pionniers » du blues, que les premiers instrumentistes de jazz vont aller puiser leur inspiration. À l’écoute des voix, ils vont chercher à reproduire les inflexions humaines en triturant le son de leurs instruments, en reculant les limites de leurs tessitures. Le Free jazz des années 60/70 en étant le reflet le plus significatif.

Le scat apparait comme un élément essentiel dans le développement du langage jazz. Grâce à l’imitation de la voix humaine, les “soufflants” chercheront sans cesse à se rapprocher des mêmes effets : glissando, vibrato, attaque, inflexion, sons bouchés… A l’inverse, le chanteur de jazz mêlera à son improvisation de nouveaux effets et performances, en empruntant au phrasé instrumental ou en parodiant le son de certains instruments (« l’human beatbox »)

Bien plus tôt, à la fin des années 20, le groupe vocal des Mills Brothers (4 frères chanteurs), rencontra un succès fulgurant. Ils imitaient à s’y méprendre le son des instruments avec leur voix.

On a souvent entendu que l’inventeur du scat serait Louis Armstrong. L’histoire raconte qu’un jour de 1926, alors qu’il avait fait tomber accidentellement les feuilles sur lesquelles se trouvaient les paroles de la chanson Heebie Jeebies, il aurait continué de chanter en remplaçant le texte par des onomatopées. 

Bien que l’on puisse imaginer que les premières tentatives soient possiblement nées par accident, il est probable que ce fut de façon moins « romancée » que pour Louis Armstrong

Les traces du scat sont indissociables de la voix, dès que celle-ci a commencé à broder autour de la mélodie. Le phonogramme en est le premier témoin.

Dans les années 20, Don Redman est sans doute l’un des premiers à faire entendre du scat sur un enregistrement (My Papa Doesn’t Two Time 1924). Le scat est alors plutôt utilisé comme une parodie des chants trop « convenus ». Il les paraphrase, souvent de façon humoristique.

C’est plutôt par le biais de la scène que le scat va trouver matière à développer sa technique, car les disques 78 tours, encore aux formats courts (trois ou cinq minutes), limitent considérablement tout développement, qu’il soit instrumental ou vocal. C’est l’arrivée du microsillon longue durée, associée à une image moins stéréotypée du chanteur de jazz, qui a permis au scat de s’imposer sur le disque et au-delà, de permettre à ses interprètes de s’élever au même rang que les instrumentistes.

La voix, qui n’avait été qu’un ornement servant à mettre en valeur les soli, devenait à présent un atout pour les grands orchestres, qui n’avaient eu jusqu’alors que des « chanteurs d’orchestre » venant apporter un peu de variété au répertoire purement instrumental. Les premiers vocalistes du jazz contribuèrent à tenir ce rôle. Leur voix, leur talent, mais aussi leur personnalité, apportaient à l’orchestre une saveur nouvelle et une image nettement plus attractive. 

On doit à l’orchestre du batteur Chick Webb d’avoir servi de tremplin à la chanteuse Ella Fitzgerald (Chick Webb fut d’ailleurs son premier mari). Elle fut la première chanteuse à être véritablement « soliste de l’orchestre ». Webb découvrit en elle un sens inné de l’improvisation qu’elle puisera dans le jeu des cuivres. Sa verve, son sens de la mélodie, ses attaques précises, ses vocalises et inflexions uniques, en ont fait la première « soliste vocale » de l’histoire du jazz. 

Chanteuse « hors catégorie », aussi à l’aise sur un standard de jazz que sur une bossa nova ou une chanson de variété, servie par des orchestres comme ceux de Count Basie ou Duke Ellington, le scat d’Ella Fitzgerald possède toujours une logique, un swing, un placement, une aisance hors du commun. Elle est l’exemple même de la chanteuse qui a su tirer le maximum de ses capacités. C’est elle qui a ouvert la voie à des générations de scatteurs. C’est la « boss », incontestablement !

Billy Holliday, aussi célèbre qu’Ella et malgré la reconnaissance que le jazz lui voue (à juste titre évidemment !!), ne se prêtera que rarement au scat, préférant à cela un rôle plus narratif, empreint d’un sens dramatique troublant qui provoque une émotion toute différente. 

Des chanteurs aussi célèbres que Frank SinatraNat King Cole, ou Tony Bennett, seront également très rarement scatteurs (sauf à chanter à l’occasion des lignes écrites ou prévues à l’avance) …

Quant à la grande Sarah Vaughan, chanteuse et pianiste, elle fût clairement influencée par le be-bop et à mon sens, sous-estimée. Ses scats sont plus « colorés » et très personnels, avec beaucoup d’effets et d’inflexions. On se doit de citer d’autres chanteurs comme Mel Tormé par exemple, qui a également apporté sa contribution à la technique du scat. Des chanteurs/instrumentistes issus du Bebop, comme Dizzy GillespieChet BakerJames Moody ou Clark Terry (Mumbles scatting). D’autres encore, Eddie Jefferson, Caterina ValenteSlim Gaillard… En France on oublie trop souvent Henry Salvador qui est un scatteur incroyablement original (« Salvador plays the blues » 1954).

Au fil des années, l’art du scat se transforme. De nouveaux artistes arrivent sur le devant de la scène, encore plus techniciens. 

Dans un jazz qui ne cesse de changer de visage, la voix continue plus que jamais de se faire une place de soliste. Jon Hendricks et les performances de son groupe, Lambert, Hendricks & Ross, donne aussi la preuve que les chanteurs peuvent être autonomes et faire du jazz instrumental en remplaçant les « soufflants ». De même en France dans les années 60 avec les Double-Six, formation vocale sous la direction de Mimi Perrin, qui reprend des morceaux de big band en y mettant des paroles, y compris sur les solos retranscrits à la note près. 

Les années 70 renoueront avec les chanteurs/scatteurs solistes. Al Jarreau sera sans conteste, la figure de proue de cette mouvance. Sa voix veloutée, ses scats originaux sauront séduire le public. Sur des reprises de Dave BrubeckPaul DesmondChick Corea, le chanteur imposera définitivement son style. L’album live Look To The Rainbow lui permettra d’être élu meilleur chanteur 1977 de la revue Down Beat, alors que Breakin’ Away (1981) le conduira au Top 10 du marché américain.

Si Al Jarreau incarne le renouveau d’un scat multiculturel et sans frontière, d’autres artistes comme La VelleBobby Mc Ferrin, Tania Maria, Dee Dee Bridgewater ou Cassandra Wilson, ont chacun dans leur style, fait perdurer la tradition du scat.

De nos jours, certains artistes Français sont à suivre avec intérêt, car ils perpétuent cette tradition du scat, dans des contextes musicaux très divers : Médéric CollignonCamille Bertault, Daniel HuckPatrick BackevilleAndré Minvielle et bien d’autres qui me pardonneront de ne pas les citer…

A l’étranger, je citerai la vocaliste Ukrainienne Kateryna Kravchenko, et l’Indienne Varijashree Venugopal

A écouter : (Sélection tout à fait personnelle et donc abominablement restrictive !!)

Anthology of Scat Singing (3 volumes par Philippe Baudoin chez Média7) Pour la genèse et la préhistoire !

Slim & Slam « Chiken Rhythm »

Henry Salvador (« Salvador plays the blues » 1954).

Ella Fitzgerald « Ella in Berlin » 1960 (live) « Ella & Basie » 1963 (studio)

The double six of Paris 1961 (le groupe enregistre 4 albums de 1961 à 1966, en utilisant le principe du re recording pour atteindre 12 voix)

Lambert Hendricks & Ross « Airgin » 

Al Jarreau « Take Five » 1976 

Plectrum banjo

Ain’t Misbehavin’ essai de réglage banjo plectrum Weymann 1930

Un petit essai de réglage sur un banjo Weymann (marque US assez méconnue). Type Plectrum 22 frettes, accordage “Chicago”. Les cordes sont des Dadario 10-17-22-32. Peau Fibreskin. Ce morceau connu de Fat’s Waller est joué avec son verse (moins connu), et avec les harmonies originales du compositeur!;-)

De Basin Street à Saint-Germain-Des Prés

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés: suite originale sur l’histoire du jazz. épisode 10

WATCH YOUR STEP (52nd Street/Broadway 1945)

Versez, dans un béret Basque, un oiseau virtuose, un clown timbré jouant de la trompette, une quinte bémol, un Oop Bop Sh’Bam. Touillez, saupoudrez de salt peanuts. Secouez le tout vigoureusement à 300 à la noire et précipitez le mélange sur le plateau d’un Teppaz 78 tours. S’élève alors le chant du jazz Be-Bop. Lassés du jazz swing dévolu à la danse et dont les lauriers reviennent une fois encore aux jazzmen blancs comme Glenn Miller, Benny Goodman, ou Tommy Dorsey… Dizzy Gillespie et Charlie Parker atterrissent dans la 52ièmerue de Broadway à bord d’un OVNI aux allures de trompette coudée et de sax alto. Ils arrivent d’une étoile lointaine où règne un jazz dont les harmonies sont d’une richesse mystérieuse et les mélodies d’une vélocité extravagante. Dizzy et Bird, principaux instigateurs de ce style Be-bop, bientôt rejoints par d’autres extraterrestres du jazz, vont déclencher une révolution qui divisera, et notamment en Europe, le monde du jazz. Tout ce qui est convenu et logique, est exclu, on cherche à choquer l’auditeur avec des phrases heurtées. Seule concession : on utilise les « canevas harmoniques » des vieux standards. WATCH YOUR STEP utilise ce principe et offre une nouvelle mélodie sur les harmonies de « Stella by starlight ».

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Patrick Artéro (trompette)

Nicolas Montier (Saxe alto)

Philippe Milanta (Piano)

Pierre Maingourd (Contrebasse)

Stan Laferrière (Batterie)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partitions disponibles dans la boutique

“Sclérose en Jazz”

Face à la recrudescence des cas de neurasthénie chez les musiciens, Docteur Jazz lance une grande campagne de vaccination contre la “Sclérose en jazz”  

Le fait est: la pandémie qui touche la planète entière, aura, on le sait, des conséquences dramatiques sur l’économie mondiale. Le sujet n’est pas de polémiquer sur le pourquoi du comment, ni sur la gestion de nos édiles et gouvernants, ou le relais des médias ; les forums et l’ensemble des réseaux sociaux regorgent de ce type de discussions. 
 
La résultante immédiate et palpable des mesures de restrictions prises (à tort ou à raison) pour endiguer cette pandémie ; c’est que le maillage culturel si riche de notre pays est à présent en ruines… Car contrairement à ce que pensent peut-être certains, la réouverture des théâtres subventionnés ne fera pas renaître les petits festivals, les associations et les petites scènes, clubs etc, qui ont déjà mis la clé sous la porte et qui constituent (constituaient…) l’essentiel des opportunités de travail pour la grande majorité des musiciens de jazz.  Artistes, associations, festivals, salles de spectacles, agents artistiques, producteurs, techniciens ; nous avons tous un genou à terre, car nous sommes liés et solidaires. 
 
« Il faut se réinventer » a dit Abraracourcix le chef des Gaulois ! Mais ici ; point de potion magique !
 
Sans entrer dans la danse incantatoire du « Ya qu’à, faut qu’on », on peut se poser la question et réfléchir à la façon dont on peut rebondir individuellement et collectivement, en faisant abstraction (pour mener cette réflexion j’entends) des mesures économiques mises en place par le gouvernement pour les intermittents, qui n’auront finalement qu’un effet ponctuel et ne feront pas revenir le travail…
 
Se réinventer ; d’accord ! mais comment ? est-ce donné à tout le monde ? faut-il se reconvertir complètement et abandonner le monde de la culture ? 
 
Ce n’est pas vraiment nouveau… Des musiciens de jazz qui ont été contraints de changer de direction, de faire une autre activité pour joindre les deux bouts, ou d’abandonner carrément le métier pour y revenir plus tard ; il y en a eu, il y en a, il y en aura… Wes Montgomery travaillait à l’usine pour nourrir ses enfants, et on ne compte pas les stars du jazz qui ont été pour un temps, chauffeurs de taxi ou livreurs de pizzas… Sans faire de parallèle hasardeux, on peut tout de même se rappeler que la crise de 1929 a finalement engendré le développement et la prolifération des Big Bands et propulsé le jazz sur le devant de la scène !
 
Et si c’était le moment de sortir de sa coquille ? De cultiver sa différence, de mettre en avant ses points forts, de profiter de cette cassure certes stressante, pour réfléchir à de nouveaux projets ou mener à bien ceux que l’on a trop longtemps mis de côté. 
 
Est-ce mon optimisme presque maladif, qui peut parfois flirter avec la naïveté !? Je ne peux me résoudre à penser que le formidable tissu créatif de notre communauté d’artistes, le réseau de diffusion, et les millions de gens que nous irradions de nos talents, se sclérose et disparaisse, ou qu’il se fonde dans la masse infâme de la culture édulcorée et sans âme qui prendra sa place si nous baissons les bras !
 
Alors sous une forme un peu légère (nous en avons bien besoin) et sans doute dérisoire j’en conviens, Docteur jazz vous exhorte à ne pas sombrer dans une neurasthénie collective, dans cette « sclérose en jazz » sourde et latente qui petit à petit ronge notre moral. Communiquons, communions, montons des projets, sortons de notre zone de confort, prenons des risques, vivons et partageons notre passion, par tous les moyens possibles. 

Notre mission d’éduquer aujourd’hui le public de demain et lui donner des frissons de plaisir, n’a jamais été aussi impérieuse !
 
Stan Laferrière

Tout le monde peut s’y mettre ! Vous aussi, participez à la lutte contre la Sclérose en jazz ! En diffusant d’ores et déjà autour de vous le concept : 

« Adopte un orchestre »

Un projet d’application pour smartphone et une page Facebook dédiée sont à l’étude, pour inciter et aider les particuliers à organiser un concert chez eux, pour leurs voisins, amis etc… A suivre… 

Je tiens à saluer ici des initiatives solidaires et fédératrices, parfois anciennes, qui vont dans ce sens, comme les associations « Grands Formats », « Action Jazz » ou « l’UMJ » entre autres, qui œuvrent depuis des années et militent pour la reconnaissance la lisibilité et la diffusion du jazz en France, dans sa diversité.

C’est quoi un Arrangeur?

C’EST QUOI UN ARRANGEUR ?

Qu’est-ce qu’un arrangeur ? Quel est son rôle ? sa contribution est-elle importante pour le succès d’un titre, d’un album ? Autant de questions que l’on ne se pose pas si souvent que cela lorsqu’on est musicien, et qui sont probablement complètement étrangères au public néophyte !

Un arrangeur, avant tout, et au même titre qu’un chef d’orchestre ; c’est un musicien complet ! Il joue souvent d’un instrument, dans la majorité des cas il en a étudié plusieurs, pour savoir comment ils fonctionnent et quelle sont leurs possibilités techniques, leurs tessitures respectives…

L’arrangeur a étudié l’écriture, ses règles, ses codes, et il en a expérimenté les applications…

Il possède une oreille surentrainée, qu’elle soit « absolue » ou « relative ».

« Arrangeur » est un terme général, mais ce métier en comporte deux en fait !

L’arrangeur est d’une part : Arrangeur ; c’est-à-dire qu’il est capable, à partir d’une simple mélodie, de construire un plan de morceau, un squelette, qui va permettre à cette mélodie d’être mise en valeur; une sorte d’écrin…;-)

 Il doit ensuite imaginer et construire, en fonction de la nomenclature de l’orchestre (de 3 à 100 musiciens, avec divers types d’instruments) une harmonisation à plusieurs voix (de 2 à 12, mais généralement dans le jazz tonal, on ne dépasse guère les 7 à 8 voix). Il doit « habiller » cette mélodie de couleurs harmoniques, en fonction du style désiré, de l’ambiance, du climat imposé ou choisi. 

D’autre part, l’arrangeur est également un Orchestrateur. C’est-à-dire qu’il maîtrise parfaitement les timbres des instruments, et les couleurs qui découlent des mariages de timbres. Il doit pour cela connaitre les spécificités techniques et acoustiques de chaque instrument, un peu comme le chef de cuisine avec les épices et les mélanges de saveurs. 

Cette science nécessite une grande culture, du goût, de l’à-propos ! Et quand cette science rencontre le génie, comme chez Maurice Ravel ou Duke Ellington, on touche au sublime !

Pour répondre à la deuxième question, le rôle de l’arrangeur, c’est de mettre en valeur un produit brut (la mélodie) et d’en faire une pièce aboutie pour un orchestre donné.

L’importance de l’arrangement dans le succès d’un morceau ou d’une chanson est primordiale ! C’est l’emballage qui fait acheter un produit, rarement le contenu !!

Enfin, que seraient les sublimes chansons de Brel sans François Rauber et ses arrangements géniaux !?

Que serait l’album » Atomic Basie » (une succession de blues et d’anatoles) sans les arrangements de Neal Hefti ? (Il a également signé les compositions de cet album)

La pièce « Les tableaux d’une exposition » de Modeste Moussorgsky (pièce pour piano), ne serait sans doute pas devenue un Hit de la musique classique, sans l’extraordinaire orchestration symphonique qu’en a fait Maurice Ravel en 1922 (Il y a pourtant eu 5 tentatives avant lui).

Pour » l’Atomic Basie » par exemple, l’alchimie entre la plus formidable machine à swing de tous les temps, et la pertinence parfois audacieuse de l’écriture de Neal Hefti ont fait des merveilles ! Hefti est apparu en pleine lumière et il est devenu une star de l’écriture grâce à cet album. 

D’autres sont restés plus ou moins dans l’ombre, à l’instar des nombreux orchestrateurs et arrangeurs qui ont travaillé pour Duke Ellington par exemple. Billy Strayhorn étant le seul à avoir tiré son épingle du jeu, certainement en partie grâce à sa forte personnalité musicale et à son sens de la mélodie, car il était également un formidable compositeur ! Peu de gens savent qu’il a orchestré ou composé bon nombre de tubes de l’orchestre du Duke et même quelques suites (que l’on attribue souvent à ce dernier).

Voilà ce que l’on pouvait dire sommairement sur le rôle et l’importance d’un arrangeur ! Je tenterai dans les prochains articles de vous faire découvrir des arrangeurs importants de l’histoire du jazz, moins connus mais souvent incroyablement inventifs ! 

Le blog va également promouvoir les arrangeurs Français actuels; je veux dire vivants !! 😉 Ils ne sont pas nombreux à « faire le métier » et Docteur jazz leur donnera la parole très prochainement ! A suivre…

Résultats Quizz “standard suspect” N.1

Eh bien! pour ce premier Quizz, vous avez été rapides! Et beaucoup de réponses ont été données! bravo et merci pour votre participation!

Voici le podium:

1. Jean-François Bonnel

2. Marcel Clarac

3. Gilles Réa

Le morceau à trouver était : Broadway

Voici la fameuse grille ré harmonisée avec la mélodie.

Si vous vous sentez en verve harmonique; proposez-nous la vôtre! (en commentant le post)

Voici la grille d’origine (source Philippe Baudoin bien sûr!)

Ne vous amusez pas à jouer celle du quizz pendant un boeuf hein?? ;-);-) Après c’est encore moi qui vais prendre!

MARTY PAICH

Le but de ces petits portraits, est de vous faire découvrir des arrangeurs moins connus, mais qui ont apporté au jazz, par leur charisme ou leur personnalité. Quand il s’agira de stars, alors nous irons explorer la face cachée des artistes, ou une facette méconnue… J’ai déjà une liste en tête, mais vos idées sont les bienvenues !

Martin Louis “Marty” Paich

(23 Janvier 1925 – 12 Août 1995)

Contemporain de Neal Hefti ou Sammy Nestico ; Marty Paich est sans aucun doute un arrangeur sous-estimé et assez méconnu du public, y compris chez les jazzmen…

Pourtant, ce pianiste, compositeur, arrangeur, producteur et chef d’orchestre Américain dont la carrière dura près de 50 ans, a côtoyé des artistes comme Franck Sinatra, Barbara Streisand, Sarah Vaughan, Stan Kenton, Ella Fitzgerald, Ray Charles, Aretha Franklin, Neil Diamond, Stan Getz, Sammy Davis Jr, Michael Jackson…

Marty débute la musique de bonne heure par l’étude de l’accordéon, instrument qu’il délaisse rapidement pour le piano. Il fonde son premier groupe à l’âge de 10 ans. Après des études à la Mc Clymonds High School, il fréquente plusieurs écoles de musique : le Chapman College, l’Université d’état de San Francisco, et enfin le conservatoire de musique de Los Angeles, où il obtient une maîtrise de composition en 1951. Il étudie également avec de grands maîtres comme Mario Castelnuovo-Tedesco et Arnold Schoenberg.

Sa première véritable commande en tant qu’arrangeur sera pour l’orchestre de Pete Rugolo.

Pendant la seconde guerre mondiale, le jeune Marty Paich dirige des orchestres militaires pour soutenir les troupes, à l’instar de Glenn Miller, mais il n’en tirera pas la même gloire que son aîné ! … 😉

Il travaille ensuite à Los Angeles, dans l’enregistrement, comme accompagnateur, directeur artistique et arrangeur. Il collabore avec des artistes comme Shorty RogersAnita O’Day, Terry Gibbs, Shelly Manne ou Peggy Lee.

Durant la dernière partie de sa carrière, à partir de la fin des années 60, il collabore à des projets plus commerciaux, comme chef d’orchestre de studio pour la télévision. Il devient alors le « coach » de son fils David Paich, qui deviendra un musicien reconnu avec le groupe Toto.

Marty décède à 70 ans à son domicile de Santa Ynez Los Angeles

La couleur de la musique de jazz qu’il laisse, est fortement teintée du style « West Coast » des années 50 dont il sera un des chefs de file, mais Marty possède une culture musicale phénoménale ! Adepte de la rythmique épurée, sans instrument harmonique (piano ou guitare) ses arrangements sont d’une pureté, d’une limpidité, d’une logique et d’une efficacité redoutables. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il a choisi le batteur Mel Lewis pour quasiment l’intégralité de la discographie de son « Dektette », tant il affectionne la sobriété de l’accompagnement pour mettre en valeur des ensembles de cuivres sophistiqués.

Le chanteur, pianiste et arrangeur Mel Tormé, lui a confié les arrangements de 90% de ses albums ! une collaboration de près de 40 ans !

J’ai volontairement choisi Marty Paich pour inaugurer cette série de portraits d’arrangeurs de jazz, car c’est la découverte de sa musique vers l’âge de 17 ans, et notamment de l’incontournable album qu’il écrivit en 1959 pour Art Pepper « Art Pepper + Eleven », qui m’a donné l’envie de me lancer dans l’étude et la pratique de l’écriture jazz… On peut dire que Marty Paich est un de mes mentors !…

NB : Paich est un peu le « Hitchcock » du jazz. A l’instar du réalisateur qui apparait dans tous ses films, parfois même de façon presque subliminale, Paich glisse dans chacun de ses arrangements, une citation de standard de jazz ou de chanson de variété ; c’est un peu sa signature ! Amusez-vous à essayer de les repérer ! 😉

A écouter :

Art Pepper + Eleven » les standards du bebop arrangés à la sauce « west coast » avec un Art Pepper au sommet ! à l’alto, au ténor, comme à la clarinette.

Ella Fitzgeradl with Marty paich Orchestra

« Ella sings lightly » 1958

« Whisper not » 1966

Mel Tormé with the Marty Paich « Dek-Tette »

« sings Fred Astaire » 1956

« California suite » 1957

« Swings Shubert Alley » 1960

« Reunion » 1988

Standard Suspect

Le Quizz « Standard Suspect »

Dans cette rubrique, je poste une grille de standard. Elle est en général ré harmonisée, légèrement ou franchement (mais pas obligatoirement). Dans tous les cas, elle colle bien entendu parfaitement avec la mélodie d’origine.

A vous de trouver de quel standard il s’agit !… En commentant le post ici même.

Lorsque je donnerai la réponse (si personne ne trouve), je posterai la grille d’origine, qui est souvent différente de la grille « usuelle ».

Si je constate que c’est trop dur, je donnerai quelques indices… 😉

Une fois la réponse donnée, postez votre suggestion personnelle de grille pour ce morceau, en commentant directement le post!

Tout le monde peut participer !! ne soyez pas timides !

Voici la grille du Quizz n°1  A vous de jouer !

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés: suite originale sur l’histoire du jazz. épisode 9

THE MOON DRIVES ME LOON (J.A.T.P./Californie 1944)

Pourquoi donc Coleman Hawkins, gentleman à l’allure fière, hérita-t-il du surnom de « Bean » ? Grand seigneur à tendance despotique, musicien érudit et curieux, en permanente évolution artistique, tel est ce novateur qui a donné ses titres de noblesse au saxophone ténor. Très attaché à son indépendance, Hawkins aimait bouger, se remettre en cause. C’est sans doute pourquoi il changea si souvent de contexte musical. Seul Fletcher Henderson parvint à le retenir quelques années dans son orchestre. Le reste de sa vie fut consacré aux voyages et à de multiples partenariats musicaux souvent couronnés de succès mais toujours brefs. Difficile de suivre son parcours musical. Depuis les années 20 chez Fletcher, où il invente quasiment le saxophone, jusqu’aux années 50 où on le retrouve, parfaitement à son aise, aux côtés de Thelonious Monk ! Une telle faculté d’évolution est rare chez les jazzmen. Entre ces deux extrêmes se situe, en 1939, son chef-d’œuvre absolu « Body and soul » : négligeant la mélodie pourtant superbe de cette ballade, l’inspiration d’Hawkins n’est guidée que par la riche trame harmonique du thème. THE MOON DRIVES ME LOON est une évocation de cette pièce d’anthologie.

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Nicolas Montier (Saxe ténor)

Philippe Milanta (Piano)

Pierre Maingourd (Contrebasse)

Stan Laferrière (Batterie)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Partitions disponibles ici

Le petit jargon du jazz

“Jouer Anatole et Christophe”

Un grand nombre de standards de jazz viennent, comme nous l’avons vu dans un article précédent (« le répertoire du jazz »), de la comédie musicale à Broadway (Années 20 à 40). La plupart d’entre eux utilisent un, ou des enchainements de degrés très courants dans le jazz.

Il existe également des formes et canevas harmoniques récurrents et convenus. C’est le cas de « I got Rhythm » de George Gershwin, construit sur 32 mesures (en fait 34 à l’origine) et de forme « AABA », qui fait entendre cet enchainement de degrés bien connu : I, VI, II, V. On nomme cette suite de degrés : « Anatole », terme qui viendrait du surnom que l’on donnait autrefois aux squelettes des facultés de médecine. Cette forme est souvent utilisée par les jazzmen en Jam session. Les musiciens se servent également du terme « Rhythm changes » pour désigner l’Anatole.

Une autre succession de degrés très utilisée en jazz : « Christophe » (du nom du standard « Christopher Colombus » lui aussi en 32 mesures AABA) : I, I7ième (tierce à la basse), IV, IV# dim, I. (pour le « Christophe ascendant ») I, I7 (septième à la basse), IV (tierce à la basse), IVm (tierce à la basse), I (pour le « Christophe descendant »)

On constate que « I got Rhythm » utilise « Anatole » sur les 4 premières mesures de chaque ligne A (le Db dim de la troisième mesure étant ce que Gershwin a écrit, mais ce n’est pas toujours joué ainsi), puis « Christophe » sur les mesures 5 et 6. « Christopher Colombus » quant à lui, alterne « Christophe » et « Anatole ». Pas étonnant, car le titre complet est : « Christopher Colombus, A Rhythm Cocktail » …

La troisième ligne (appelée « Bridge » ou « Pont ») sur les deux morceaux, fait entendre une autre succession récurrente de degrés (encore des quartes) : III, VI, II, V, que l’on nomme communément « trois, six, deux, cinq » car elle ne porte pas de nom !… Je suggère « Martine », ou « Sophie » 😉 😉 Pour rétablir une certaine parité !… 

Pour « I Got Rhythm », voyez aussi quand on observe la grille d’origine de George Gershwin, comme le jazz s’est emparé de cette chanson de Broadway, et comme il en a simplifié les enchainements harmoniques en ne gardant que les degrés principaux, pour pouvoir improviser plus facilement dessus sans doute… (Dans le jazz on a plutôt tendance à enrichir, donc à compliquer des harmonies simples…). On joue en effet communément sur le « bridge », une succession de quartes (D7-G7-C7-F7), alors que dans la grille du compositeur, il y a une multitude d’accords de passage qui mettent en valeur la mélodie, qui elle, est plutôt statique et simple.

NB : Il existe pas mal de documents où l’on entend ce thème, joué par George Gershwin lui-même. Il ne fait jamais exactement la même chose, mais une petite synthèse des différentes versions du « bridge » pourrait donner quelque chose comme ceci :

De manière générale, je préfère toujours me référer à la version du créateur (quand elle existe), plutôt qu’à la partition d’éditeur qui, si elle a le mérite d’exister, comporte souvent des erreurs ou approximations…

Je termine ce petit article par un coup de projecteur en forme d’hommage à Philippe Baudoin, pianiste et musicologue (entre autres), qui a produit un travail exceptionnel sur les grilles de jazz et qui à mon sens, n’est pas reconnu à sa juste valeur.

A vous procurer d’urgence si vous ne l’avez pas encore : « Anthology of jazz chord changes» 1558 standards, de 1900 à 1960 (S.Joplin à J.Coltrane). Je serai certainement amené à en reparler.

Stan Laferrière

Docteur jazz

Tchao! Tata Yoyo…

Oh! Bien sûr, elle n’a pas révolutionné le monde artistique, non. mais Annie Cordy fait partie de cette génération d’artistes, dont la mémoire collective ne garde que le souvenir d’une facette du talent, et souvent pas la meilleure. Elle était, un peu à l’instar de Caterina Valente, une artiste complète, excellente comédienne, danseuse, chanteuse (elle a d’ailleurs enregistré les standards de jazz), meneuse de revue… Pour l’avoir rencontrée à deux reprises sur des plateaux de TV, j’ai le souvenir d’une femme d’une incroyable gentillesse, et d’humeur toujours joyeuse!..Alors, tchao! Madame Tata Yoyo…

BIX BEIDERBECKE

Le but de ces petits portraits, est de vous faire découvrir des musiciens moins connus, qui ont apporté au jazz, par leur charisme ou leur personnalité. Quand il s’agira de stars, alors nous irons explorer la face cachée des artistes, ou une facette méconnue… J’ai déjà une liste en tête, mais vos idées sont les bienvenues !

S’il est des personnages emblématiques de l’histoire du jazz, auxquels la postérité ne rend pas suffisamment hommage, Bix Beiderbecke en fait assurément partie…

Né le 10 mars 1903 à Davenport, Bix Beiderbecke apprend en autodidacte le piano et le cornet. Il se passionne pour le jazz et est très influencé par les trompettistes Nick la Rocca (membre de l’Original Dixieland Jazz band) et du mythique Emmet Hardy. En 1921, alors qu’il est étudiant à l’Académie Militaire de Lake Forest, il forme son premier orchestre. Exclu de l’académie, il commence à se produire professionnellement dans des orchestres de danse de Chicago et sur les riverboats. Il a l’occasion d’entendre les grands trompettistes et cornettistes noirs de l’époque, King Oliver et Louis Armstrong.

En 1923, il rejoint le groupe les Wolverines (alias « Wolverine Orchestra »), dans lequel il joue principalement du cornet mais aussi du piano, et avec lequel il enregistre ses premiers disques pour la marque Gennett Records. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de Frankie Trumbauer, qui joue du sax ténor en ut (C melody sax) et avec qui il va collaborer pendant de nombreuses années.

En 1925, il rejoint l’orchestre de danse dirigé par Jean Goldkette. Il enregistre parallèlement des disques plus « jazz » sous son nom (Bix and his Rhythm Jugglers et Bix Beiderbecke’s Gang) qui sont pour moi de purs chefs-d’œuvres. D’autres sous le nom de Trumbauer ou en trio avec encore Trumbauer et le guitariste Eddie Lang.

En 1927, il rejoint l’orchestre de jazz symphonique de Paul Whiteman dont il devient vite le « soliste vedette ». Whiteman propose une musique où se mêlent jazz, variété et influences classiques. Bix participe dans ce cadre au premier enregistrement du concerto en fa de George Gershwin en présence du compositeur.

Mais Bix boit beaucoup et sa santé se dégrade assez vite. Whiteman, conscient de son potentiel artistique, continue à le payer malgré des absences de plus en plus nombreuses. Bix enregistre encore sous son nom, celui de Trumbauer, ou d’autres petites formations mais son jeu souffre des effets de la maladie.

Fin 1929, il arrête de jouer pendant plusieurs mois et rentre se soigner à Davenport. En 1930, il participe pour un temps à Casa Loma Orchestra et enregistre à New York ses derniers disques avec des petites formations (sous son nom ou sous la direction d’Hoagy Carmichael).

Il décède des suites d’une pneumonie le 6 août 1931 à New York.

Le compositeur 

Bix Beiderbecke, issu de la bourgeoisie, avait accès aux phonogrammes. Il était fasciné par la musique classique et en particulier par les compositeurs français de l’époque comme Claude Debussy ou Maurice Ravel. Il a composé seulement 4 pièces pour piano, très fortement inspirées par cette esthétique : « In a mist » (enregistré en 1927 et qui est la plus célèbre), « In the dark », « Flashes » et « Candelights ». Une autre composition plus « classique » lui est attribuée : « Davenport Blues ». Ces compositions très originales, et teintées d’harmonies très riches (pour l’époque), détonnent dans le paysage des compositeurs de jazz des années 20.

Le jeu de Bix Beiderbecke

Le jeu de cornet de Bix Beiderbecke tranche avec celui de ses contemporains. Son phrasé legato, délié, et la douceur de son timbre, chaud et rond, préfigurent ce que l’on entendra dans les années 50 avec le style cool. Une caractéristique de son jeu est l’utilisation fréquente du triolet de croches dans le phrasé, totalement inusité par les solistes de la même époque.

Par son jeu particulier, son placement rythmique et la nature « avant-gardiste » de ses compositions, on peut considérer Bix Beiderbecke, comme un précurseur du jazz « moderne ». De nombreux grands jazzmen lui ont rendu hommage en enregistrant ses compositions (pas moins de 110 versions recensées de « In A Mist » et un sublime arrangement de Gil Evans sur « Davenport Blues »). Bien que méconnu du grand public, Bix laisse une trace indélébile dans l’histoire du jazz.

A écouter (sélection personnelle de “l’indispensable”) :

A lire :

  • Bix Beiderbecke : une biographie Jean-Pierre Lion ed. Outre mesure (la bible !)

Stan Laferrière

Docteur jazz

Challenge arrangement septembre 2020

HOW DEEP IS YOUR LOVE (Bee Gees)

Avis à tous les arrangeurs, en herbe ou professionnels ! Je propose régulièrement un morceau qui n’est pas du jazz au départ, et vous demande que ça en soit à l’arrivée !… 😉

En clair, je vous suggère une mélodie connue et vous avez quelques semaines pour m’envoyer un arrangement ou harmonisation/ré harmonisation (lien youtube ou soundcloud pour vidéo ou MP3…) avec la formation de votre choix, du solo au big band !  Tous les coups sont permis !

Dans l’idéal, fournissez-moi un audio et un score (ou partition chiffrée)

Ne soyez pas timides ! Ce n’est pas une compétition ni un examen, et je peux vous dire, de mon expérience de prof d’écriture, que j’ai souvent été bluffé par (pour ne pas dire jaloux de) certains devoirs de mes élèves !… Je ne parle pas de mes collègues professionnels de l’écriture, qui ont toujours été, et sont encore, source d’inspiration et de motivation ! Ils sont d’ailleurs les bienvenus dans ce challenge (hors compétitions bien sûr)

Celui que je jugerai le plus original, abouti, ou intelligent… sera publié sur le blog ! et recevra un petit cadeau !

Dead line pour l’envoi de vos liens de fichiers, soundcloud, youtube ou autre (par l’intermédiaire du formulaire « contact ») : Le Samedi 31 octobre 2020 à Minuit !

Ce mois-ci : How Deep Is Your Love (Bee Gees)

A titre d’exemple ; voici une version personnelle, enregistrée en 2000 avec Pierre Maingourd (Bass), Laurent Bataille (Drums) et Michel Perez (Guitar)

Vous pouvez écrire dans la tonalité de votre choix bien entendu !

A vos stylos ! (Ou souris) A vos instruments ! et à très vite…

Stan Laferrière

Docteur jazz

Résultats du premier Challenge “Tout s’arrange docteur”

La Ballade Irlandaise

Le gagnant de cette première édition est: Yannick ROBERT, guitariste de tout premier plan, qui a joué le jeu et nous livre une version très intéressante de cette chanson. Merci à tous les participants! et à très vite pour un nouveau challenge!

Originaire de Bretagne, il commence la guitare à l’âge de 14 ans, après avoir pratiqué l’accordéon et divers instruments celtiques (cornemuse, bombarde, flûte irlandaise…). De là est née l’influence celtique qui sera présente dans ses futurs projets. Ses premières années de guitare classique et de finger-picking seront déterminantes pour la technique de jeu aux doigts qu’il a développée par la suite. En 1995, il devient directeur pédagogique des écoles de guitare Ibanez, le premier réseau de ce type en
France, qui compte aujourd’hui une trentaine d’écoles. Enseignant, il est l’auteur de nombreuses méthodes de guitares.

 www.yannick.robert.com

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés: suite originale sur l’histoire du jazz. épisode 8

HEY ! MISTER COUNT (Blue Room/ Manhattan 1943)

Rien de plus euphorisant et de plus décontracté que la musique de Count Basie. Rien de plus swing et efficace que le tempo léger et nerveux de sa section rythmique, qu’il ponctue de petites notes jouées dans l’aigu de son piano. Aucun autre Big band n’a eu la chance d’être soutenu par une rythmique aussi pure qu’homogène. S’il fait appel à de grands orchestrateurs (Don Redman, Jimmy Mundy, Frank Foster, Quincy Jones…) car il n’écrit pas la musique, Basie, dont l’orchestre est considéré comme la plus fantastique « machine à swing et à danser », est pourtant l’inventeur du « Head Arrangement » : Débutant seul au piano, souvent sur un blues, il invente rapidement un thème de quelques notes. Les saxes suivent en harmonisant spontanément celui-ci, bientôt rejoints par les trompettes et les trombones qui imaginent un contrepoint. En quelques minutes une nouvelle œuvre sans partition est née, qui fera sans doute le tour du monde. De grands solistes comme Lester Young ou Clark Terry auront tout loisir de s’exprimer dans ces morceaux qui laissent une large place à l’improvisation. On a souvent, à tort, minimisé le talent de pianiste du Count ; mais écoutez son solo dans « Kid from Redbank » dans le disque « Atomic Basie »… Count Basie, comme Duke Ellington, aimait aussi diriger des petites formations. Ce HEY ! MISTER COUNT illustre la période des « Kansas City » bands.

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Patrick Artéro (Trompette)

Nicolas Montier (Saxe ténor)

Philippe Milanta (Piano)

Pierre Maingourd (Contrebasse)

Stan Laferrière (Batterie)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partitions disponibles dans la boutique

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés: suite originale sur l’histoire du jazz. épisode 7

MOST OF ALL (Swanee Inn/ Hollywood 1942)

L’histoire du jazz compte bon nombre de vocalistes exceptionnels : Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Bessie Smith, Frank Sinatra, et tant d’autres… Le cas de Nat King Cole est particulier. Né d’une famille pieuse et musicienne, c’est avant tout comme pianiste qu’il s’impose au début de sa carrière. Fortement inspiré par le jeu de Earl Hines (pianiste de Louis Armstrong), il développe bientôt un style propre, d’une richesse et d’une inventivité prodigieuses et bien méconnu de nos jours, avant de fonder un trio très original pour l’époque (piano/basse/guitare) qui fera le tour du monde et influencera les plus grands, dont Ray Charles ou Oscar Peterson. Le hasard fera qu’un soir où il accompagnait la chanteuse Billie Holiday dans un bar, celle-ci ne vint jamais…On dit que c’est la première fois qu’il chanta en public, et que l’on découvrit cette voix chaude et suave qui allait faire le tour de la planète. Nat King Cole, devint le plus célèbre des crooners. Il fut le premier noir autorisé à résider à Beverly Hills et à présenter un show à la télévision. Il fit une carrière époustouflante qui occulta bientôt celle du pianiste, pourtant considéré comme majeur et novateur, précurseur du style be bop. MOST OF ALL rend hommage à ce trio hors du commun, où le dialogue entre les 3 instruments et la voix est omniprésent.

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Stan Laferrière (Piano/vocal); Nicolas Montier (Guitare); Pierre Maingourd (Contrebasse); Vincent Cordelette (Bongos)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partitions disponibles dans la boutique 

Patriotic suite

Une façon pour le blog www.docteurjazz.com de célébrer la fête Nationale.

Sur de magnifiques illustrations de ma fille Solène Laferrière, voici une suite interprétée par BIG ONE jazz Big Band et enregistrée « live » il y a quelques années.

Cette composition consiste en une série de variations sur l’hymne National. Vous pourrez également repérer quelques « sonneries réglementaires » (Ouvrez-le-ban ; Garde-à-vous ; Au drapeau…).

Bon 14 juillet à tous, et prenez soin de vous !

Les partitions sont disponibles dans la boutique.

BIG ONE JAZZ BIG BAND team :

Ludovic Louis, tp; Benjamin Belloir, tp; Matthieu Haage, tp; Julien Rousseau, tp-fgl; Nicolas Grymonprez, tb; Bertrand Luzignant, tb; Cyril Dubilé, tb; Jean Crozat, b.tb; David Fettmann, as,ss,cl; Pierre Desassis, as, ss; Olivier Bernard, ts,ss; Christophe Allemand, ts, ss; Cyril Dumeaux, bs, ss; Sébastien Maire, bass; Xavier Sauze, drums; Stan Laferrière, p, cond

Logos, motion & graphic design : Solène Laferrière

Compositions & arrangements : Stan Laferrière

Le banjo dans le jazz

Le banjo est un instrument à cordes pincées nord-américain. Il se différencie de la guitare par sa table d’harmonie à membrane (peau). Le banjo serait un dérivé du luth ouest-africain « ekonting » apporté par les esclaves noirs et qui aurait engendré la création des premiers gourd-banjos (« banjo en gourde »). Le banjo représente toute une famille d’instruments et au début du XXème siècle, il n’était pas rare de voir des orchestres de banjos (avec banjo piccolo, soprano, alto, ténor, baryton, basse), à l’instar des orchestres de mandolines.

L’origine du banjo moderne remonte aux années 1830-40, avec un instrument plus ancien utilisé par les esclaves africains déportés aux États-Unis. Les musiciens noirs exploitèrent rapidement l’aspect rythmique de l’instrument, avec un tel succès, que les blancs du Sud des États-Unis commencèrent à s’y intéresser. 

À partir de 1890, le banjo se distingue dans le jazz « New-Orleans/ Dixieland ». Utilisé globalement de 1900 jusqu’au milieu des années 30. Le banjo connait à nouveau le succès après la seconde guerre mondiale, grâce aux Américains Pete Seeger (style traditionnel du Sud) et Earl Scrugg (Bluegrass) ainsi qu’au dixieland « revival » principalement en Europe (France et Grande Bretagne). Cet instrument a aujourd’hui pratiquement disparu de la scène du jazz « actuel », si l’on excepte le très original banjoïste Américain Béla Fleck et son orchestre de jazz fusion (mêlant le bluegrass, le jazz et la musique classique) : les Flecktones.

Dans les orchestres de la Nouvelle-Orléans, le banjo est autant considéré comme un instrument de percussion (il vient soutenir rythmiquement la batterie, qui est encore à l’époque très rudimentaire), que comme un instrument harmonique qui vient compléter l’accompagnement du piano. A eux deux, ils couvrent une tessiture et un spectre sonore important. 

Contrairement à ce que l’on pense souvent ; il n’existe quasiment pas à la Nouvelle-Orléans, d’orchestres avec le banjo comme seul instrument harmonique. Il s’associe presque toujours avec le piano (il peut à l’occasion y avoir un banjo et une guitare dans le même orchestre). Le style «dixieland revival » de l’après-guerre 39/45 va cependant voir apparaître des orchestres avec le banjo comme seul instrument harmonique (souvent le banjo ténor).

A noter également, et contrairement à ce que pensent beaucoup de gens ; le banjo était absent des fanfares à la Nouvelle-Orléans. Les fanfares jouaient sans instrument harmonique. Dans les orchestres jouant à poste fixe aux débuts du jazz, on lui préférait souvent la guitare…

Parmi la multitude de types de banjos, ceux utilisés principalement en jazz traditionnel sont :

Le banjo ténor 4 cordes (19 frettes) que l’on devrait, de par sa tessiture, plutôt nommer : banjo alto.

Il s’accorde le plus souvent en quintes : 

do-sol-ré-la ou sib-fa-do-sol  (accord plus doux)

Ce banjo, utilisé majoritairement dans les orchestres « New-Orleans » du début du XXème siècle, possède un registre naturellement aigu et percutant (bien que sa corde grave soit accordée plus bas que le banjo plectrum en accord « Chicago »). 

Le banjo ténor plectrum 4 cordes (long manche 22 frettes). Aussi appelé à tort « banjo de guitariste », car il s’accorde souvent comme les 4 dernières cordes de la guitare : Ré-sol-si-mi (« Chicago tuning »), mais il existe d’autres façons de l’accorder.

Ce banjo au manche plus long permet notamment d’avoir plus de graves et de rondeur, tout en gardant un registre aigu aisé. Il est donc plus polyvalent et s’accommode mieux de l’absence de piano. Il est également plus mélodique lorsqu’il est joué occasionnellement en « single note ». Ce banjo était également très employé à la Nouvelle-Orléans, et pas que par des guitaristes !

Le banjo guitare 6 cordes ou banjitar. Aussi appelé à tort « banjo de guitariste fainéant » (ahah !) car il s’accorde naturellement comme la guitare, mais ne se joue pas du tout de la même façon. (Donc les fainéants seront déçus !)

Des idées reçues et une polémique entourent le rôle et l’histoire de cet instrument. On a coutume d’entendre à son sujet que c’est un instrument hybride conçu tardivement (le modèle en photo est pourtant de 1925…), pour permettre aux guitaristes de jouer du banjo sans se donner de mal… Il s’agit en fait d’un instrument plus complet, déclinaison du banjo plectrum. Il convient de le jouer en utilisant les 4 cordes aigues (donc comme si on avait un plectrum accordé en « Chicago ») et d’utiliser les 2 cordes graves uniquement pour faire des « basses marchantes » et/ou soutenir la ligne de basse. En aucun cas on ne joue des accords à 5 ou 6 sons comme si on avait une guitare entre les mains. 

La preuve éclatante de sa légitimité et de son utilisation se trouve notamment dans la discographie du « Hot Five » et un peu moins du « Hot Seven » de Louis Armstrong. On y entend clairement Johnny Saint-Cyr jouer du 6 cordes dans 90% des faces du « Hot Five », et avec quelle maestria ! (D’ailleurs, sur quasiment toutes les photos du « Hot Five », on le voit poser avec son Véga 6 cordes). Le même Johnny Saint-Cyr (qui jouait le ténor, le plectrum, le 6 cordes et la guitare), disait dans une interview, que le « 6 cordes » était le seul « vrai » banjo ! Je lui laisse évidemment la responsabilité de cette affirmation ! 

Hot Five. Banjo 6 cordes

Dans le « Hot Seven » de même que dans les orchestres de Jelly Roll MortonDuke Ellington et Fletcher Henderson à la même époque, l’apport du tuba et de la contrebasse notamment ne justifie plus l’emploi systématique du banjo 6 cordes, il est plus courant de voir des banjos ténors et plectrums. 

King Oliver. Banjo ténor
Red Hot Peppers. Banjo ténor
Fletcher Henderson. Banjo plectrum

Avec l’invention de l’enregistrement électrique (1926) et les prémices de la guitare amplifiée, le banjo comme le tuba seront bientôt supplantés par la guitare et la contrebasse, et ce de façon quasi définitive au début de la  “swing era”  (1930). 

Bien qu’ayant baigné tout jeune dans le milieu du jazz « classique » (notamment), je n’ai découvert que tardivement le banjo, en tant qu’instrumentiste. Je dois dire que j’adore ça, et que de mon point de vue, on sous-estime les possibilités de cet instrument !

Une petite note d’humour ! A l’instar de l’Alto dans l’orchestre classique, le Banjo est un instrument qui souffre d’une mauvaise réputation dans le monde du jazz (essentiellement parce qu’il est associé à un style précis, contrairement aux autres instruments qui se sont adaptés à l’évolution du jazz). Quelques blagues (totalement injustes !) circulent donc à son sujet :

Quelle est la différence entre un banjo et un trampoline ?…Pour sauter sur un banjo ; pas besoin d’enlever ses chaussures…

Quelle est la différence entre un banjo et un oignon ?…Lorsqu’on coupe un banjo en deux, ça ne fait pleurer personne…

Quelle est la différence entre un banjo et une machine à laver ?…Les deux font à peu près le même bruit, mais avec la machine à laver, le résultat est beaucoup plus propre !…

Plus sérieusement, vous pouvez écouter : 

  • Johnny Saint-Cyr dans le Hot Five de Louis Armstrong et les Red Hot Peppers de J.R. Morton
  • Freddy Guy chez Ellington 1923-1930 (qui passa du banjo ténor à la guitare au début des années 30 et qui fût remercié en 1949)
  • Danny Barker (surtout au 6 cordes)
  • Béla Fleck et les Flecktones

Et lire :

  • Une histoire du banjo. Nicolas Bardinet éd. Outre Mesure (La bible !)

Stan Laferrière- docteur jazz

De Basin Street à Saint-Germain-des-Prés

De Basin street à Saint-Germain-des-Prés: suite originale sur l’histoire du jazz

SWING 96 (Salle Pleyel/Paris 1940)

On a écrit dans les années 40 que Django Reinhardt « était le seul musicien de jazz européen qui ait eu de l’influence sur les noirs Américains ». Aujourd’hui, Django n’est sans doute plus un cas unique dans ce domaine tant le jazz s’est mondialisé. Mais sans parler des « fanatiques » du style « manouche » dont il est l’instigateur, tous les guitaristes et les musiciens du monde entier continuent à vibrer à l’écoute de son art, qui les inspire même s’ils n’en sont pas conscients. Né en 1910 en Belgique, au cœur de la musique tzigane, Django écoutait dans la rue les chansons populaires et était nourri au jazz musette. La découverte de Louis Armstrong, Joe Venuti, Benny Carter l’a bouleversé, et son compagnonnage avec Stéphane Grapelli a élargi son horizon. Mais l’expression mélodique, l’attaque rythmique, l’originalité harmonique de son jeu, sont nés spontanément au fond de son cœur et de son âme. Et on peut penser, sans cynisme aucun, que l’abominable drame qui a mutilé sa main gauche, a amplifié son génie en l’obligeant à s’engager dans des recherches instrumentales sans précédent. Ce « doux fauve » comme le surnommait Jean Cocteau, laisse une trace indélébile dans l’histoire de la musique. SWING 96morceau dans lequel se glisse une citation de « Black and Tan fantasy » de Duke Ellington que Django admirait profondément, évoque la prestigieuse période du « quintet du hot club de France » avec le clarinettiste Hubert Rostaing.

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Nicolas Montier (Clarinette)

Philippe Milanta (Piano)

Pierre Maingourd (Contrebasse)

Stan Laferrière (Guitare)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partitions disponibles dans la boutique

Tout s’arrange docteur!

Le challenge du mois: La Ballade Irlandaise

Avis à tous les arrangeurs, en herbe ou professionnels ! Je propose tous les mois un morceau qui n’est pas du jazz au départ, et demande que ça en soit à l’arrivée !… 😉

En clair, je vous donne une mélodie, avec le chiffrage « basic », voire rudimentaire. Vous avez une semaine pour m’envoyer un arrangement ou harmonisation/ré harmonisation (lien youtube ou soundcloud pour vidéo ou MP3…) avec la formation de votre choix, du solo au big band !  Tous les coups sont permis !

Dans l’idéal, fournissez-moi un audio et un score (ou partition chiffrée)

Ne soyez pas timides ! Ce n’est pas une compétition ni un examen, et je peux vous dire, de mon expérience de prof d’écriture, que j’ai souvent été bluffé par (pour ne pas dire jaloux de…) certains devoirs de mes élèves !… Je ne parle pas de mes collègues professionnels de l’écriture, qui ont toujours été, et sont encore, source d’inspiration et de motivation ! Ils sont d’ailleurs les bienvenus dans ce challenge (hors compétitions bien sûr, mais ils auront un petit cadeau tout de même !)

Celui que je jugerai le plus original, abouti, ou intelligent… sera publié sur le blog ! et recevra un petit cadeau !

Dead line pour l’envoi de vos liens de fichiers, soundcloud, youtube ou autre (par l’intermédiaire du formulaire « contact ») : Jeudi 31 juillet à Minuit !

Ce mois-ci : La Ballade Irlandaise

Voici la mélodie et les accords de base. Vous arrangez (ou harmonisez) uniquement le thème. Le thème entier puis reprise jusqu’à « fin »

Vous pouvez écrire dans la tonalité de votre choix bien entendu ! A vos stylos ! (Ou souris) A vos instruments ! et à très vite…

Stan Laferrière

Docteur jazz

De Basin Street à Saint-Germain-Des-Prés

De Basin Street à Saint-Germain-des-Prés : suite originale sur l’Histoire du jazz

Episode 5

DUKE’S SERENADE (Cotton Club/Harlem 1938)

L’œuvre de Duke Ellington est si riche et variée que l’on ne sait par où l’aborder. Et si parmi les univers musicaux qu’il a explorés, certains sont d’une rare complexité, il n’a jamais oublié qu’il était noir, que l’avancement de la condition de ses frères de couleur était son objectif, que le « blues » devait transparaître dans la plus simple ou la plus sophistiquée de ses compositions, et que « It don’t mean a thing if it ain’t got that swing ». Dès le début des années 20, Duke se consacre aux grandes formations et écrit une multitude de pièces qui savent rester populaires, bien que souvent très avancées aux plans de l’harmonie et de l’interprétation. De plus, et sa démarche est rarissime dans l’histoire du jazz, il compose pour ses musiciens, solistes au son unique, qui sont autant de « couleurs » à l’instar de celles que l’on peut trouver sur la palette d’un peintre. En cela, il est considéré comme le plus grand orchestrateur de jazz de tous les temps. C’est sans doute pour cette raison que des solistes comme Johnny Hodges ou Harry Carney sont restés aux côtés du Duke pendant plus de 50 ans… Génial compositeur, Ellington est aussi un pianiste raffiné et novateur. Certains autres « maîtres » du jazz comme Thelonious Monk ou Charlie Mingus lui doivent tout (et ne s’en cachent pas). Si Duke n’intervient que succinctement dans ses œuvres orchestrales, il se plaît à s’exprimer en petites formations. Avec DUKE’S SERENADE, duo piano/baryton, on imagine la complicité qui devait exister entre Duke et Harry Carney.

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Nicolas Montier (Saxe baryton)

Philippe Milanta (Piano)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partitions disponibles dans la boutique

Le petit jargon du jazz

“T’as la grille?”

Expression que l’on entend fréquemment lors des « jam sessions » 

Les musiciens de jazz lisent la mélodie des morceaux sur des portées, comme pour n’importe quelle autre musique. 

Mais pour ce qui concerne les harmonies (accords d’accompagnement), les jazzmen utilisent un système de chiffrage (que l’on appelle « chiffrage Américain ») et qui consiste en des lettres, A-B-C-D-E-F-G (La-Si-Do-Ré-Mi-Fa-Sol) auxquelles on ajoute le mode (Majeur par défaut ou mineur « m ») puis les notes additionnelles ; quintes (augmentées ou diminuées) sixtes, septièmes (mineures ou majeures), neuvièmes (justes, diminuées ou augmentées), onzièmes (justes ou augmentées), treizièmes (justes ou diminuées). Soit : #5, b5, 6, 7, M7, 9, b9, #9, 11, #11, 13, b13. La mention « sus » veut dire que l’on remplace la tierce par la quarte. Le triangle veut dire : Septième majeure. Le rond barré veut dire : mineur 7 avec une quinte bémol. 2 veut dire qu’il y a une neuvième sans septième.

Ce chiffrage, sorte de moyen mnémotechnique qui peut s’apparenter à la basse chiffrée utilisée par les organistes classiques, est inséré dans des grilles dont chaque case représente une mesure.

Ce système permet notamment aux rythmiciens que sont les pianistes, guitaristes et bassistes, d’accompagner un morceau qu’ils ne connaissent pas. Les morceaux de jazz étant pour la très grande majorité, écrits avec un nombre de mesures prédéfini, une fois que l’on a joué la mélodie, on reprend en boucle la « grille » pour faire des solos. « Pour ton solo, tu prends une grille ou deux ? »

Certains solistes sont efficaces et concis et ne prennent qu’une ou deux grilles de solo. D’autres plus bavards, ou qui mettent du temps à se chauffer, en prennent sept ou huit…

Au début du jazz et jusqu’à la fin des disques en cire et l’arrivée du microsillon 33 tours (Long Playing Record), les plages d’enregistrements étaient limitées en temps, les solos étaient donc courts, rarement une grille complète, mais plutôt 8 ou 16 mesures. Avec l’arrivée du LP, les solistes ont pu se lâcher comme ils le faisaient sur scène !  Le recordman du monde est sans doute Paul Gonsalves, le saxophoniste ténor qui jouait chez Ellington au Newport Jazz Festival en 1956, et qui ne prit pas moins de 27 grilles (oui ! oui !) dans « Diminuendo Crescendo in Blue ».

Une autre anecdote vécue à propos de la longueur des solos :  Harry « Sweet » Edison, trompettiste discret, voire minimaliste mais remarquable et reconnaissable à la première note, disait : « Si tu es content de la grille que tu viens de jouer en solo ; n’en fais pas une deuxième ! Si tu n’es pas content de la grille que tu viens de jouer en solo ; n’en fais pas une deuxième ».

Génial !!! et tellement vrai !

Stan Laferrière

Docteur Jazz

De Basin street à Saint-Germain-des-Prés

De Basin street à saint Germain des Prés : suite originale sur l’Histoire du jazz

Episode 4

RUNNING FINGERS (Paloma Ball Room/ Los Angeles 1935)

Clarinette sous le bras, smoking blanc, sourire aux lèvres, Benny Goodman dirige d’un doigt infaillible la vingtaine de musiciens qui composent son Big band et interprètent un superbe arrangement de Fletcher Henderson. Une foule de danseurs s’agitent devant l’orchestre. Benny est heureux. Il a été sacré « Roi du Swing » au Carnegie Hall et son beau-frère John Hammond, célèbre producteur, s’occupe de sa carrière. Benny Goodman a franchi toutes les étapes. Dès ses débuts, il a joué aux côtés des meilleurs : Bix, Red Nichols, Ben Pollack. Puis il a monté un Big band pour faire danser les Américains : il ne faut pas oublier que le jazz fut essentiellement pendant des décennies, une musique de danse et fière de l’être. Benny est plus qu’un exceptionnel jazzman, c’est un type bien, qui n’a pas hésité à se dresser contre les préjugés raciaux. Il engage des noirs dans son big band et dans son quartet et donne leur chance à des musiciens et musiciennes qui deviendront des stars du jazz : Billie Holiday, Teddy Wilson, Lionel Hampton, Charlie Christian…Au début, les « dents blanches » vont grincer, mais Benny fait un tabac ! RUNNING FINGERS illustre la première période du trio (piano, batterie, clarinette). On comprend le succès de ce jazz minimaliste, efficace et savant.

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Nicolas Montier (Clarinette), Philippe Milanta (Piano), Stan Laferrière (Batterie)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partitions disponibles dans la boutique

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de Basin Street à Saint Germain-des-Prés

De Basin Street à Saint Germain-des-Prés : Suite originale sur l’histoire du jazz.

Episode 3

FRIDAY (Arcadia Ball Room/ Saint Louis 1927)

L’existence de Bix Beiderbecke fut aussi courte que son nom est long. Léon « Bix » Bismarck Beiderbecke mourut à 28 ans, en 1931, de fatigue, d’excès et d’une pneumonie. Certains n’hésitent pas à le situer au même niveau que Louis ArmstrongBix a en effet traversé l’histoire du jazz comme un météore flamboyant. Issu d’une famille bourgeoise musicienne, son grand-père est chef de l’orchestre philarmonique de Davenport.

Le jeune Bix joue du piano et apprend le cornet à 15 ans. Il appartient à cette école de « Chicagoans » réunissant dans les années 20, de jeunes musiciens blancs admiratifs du jazz collectif de la Nouvelle-Orléans, mais qui s’exprimaient avec plus de sobriété et de délicatesse. Leur jeu mélodique et harmonique traduisait l’affection qu’ils portaient à la musique moderne européenne.

C’est en 1927 que Bix, admirateur de Debussy et Ravel, composa et enregistra au piano le génial « In a mist », parfaite symbiose entre le jazz de l’époque et le nouveau courant musical classique Français. Bix peut être considéré comme un des précurseurs du jazz moderne et notamment du style « Cool » des années 50, par la richesse harmonique de ses 5 compositions, l’apport rythmique du triolet de croches très peu employé à l’époque, et son phrasé délicat en croches égales légato, ponctué d’accents… 

FRIDAY évoque cette trop courte période durant laquelle il enregistra avec son « gang » quelques chefs-d’œuvre, tout en assurant « l’ordinaire » dans des grands orchestres dont il trouvait parfois l’esthétique contestable…

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Patrick Artéro (Cornet), Nicolas Montier (Saxe alto), Philippe Milanta (Piano), Pierre Maingourd (Contrebasse), Stan Laferrière (Batterie)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partition disponible dans la boutique

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La batterie dans le jazz

sommairement…

L’histoire de cet instrument est particulière. La batterie n’aurait certainement jamais existé dans sa configuration actuelle, sans le Jazz !

Au début du XXième siècle à la Nouvelle-Orléans, à l’ère des « marching bands », plusieurs musiciens jouaient des percussions dans la formation : l’un de la grosse caisse, un autre des cymbales, un troisième de la caisse claire. Puis devant le succès de cette nouvelle musique, les orchestres ont commencé à être demandés pour jouer à poste fixe, et pour avoir des engagements mieux payés, il a fallu réduire le nombre des musiciens…On inventa alors la pédale de grosse caisse qui permit au même musicien de jouer de la grosse caisse, de la caisse claire et des cymbales en même temps : la batterie était née ! Une des pistes de l’origine du mot « Jazz »viendrait du fait que c’est le nom que l’on donnait alors au set de batterie, ainsi qu’aux orchestres qui jouaient avec une batterie.

Du reste ; anecdote personnelle qui renforce cette idée : mon arrière-grand-mère (née sous Napoléon III et décédée sous Giscard d’Estaing…), que j’ai eu la chance de connaitre et avec qui je discutais à la fin des années 70, du nouvel instrument que j’avais envie d’apprendre, me disait que c’était un « Jas »

Il existe d’autres hypothèses dont nous reparlerons peut-être…

Une idée reçue, principalement véhiculée par le phonogramme de l’époque (Années 10/20) consiste à dire que les batteurs de la Nouvelle-Orléans ne jouaient pas la cymbale de tempo, ni la grosse caisse et rarement la caisse claire. En fait, les techniques d’enregistrement dans les années 10 et 20 ne permettaient pas de capter correctement le son de la batterie complète et de plus, cela parasitait le son des autres instruments. Il faudra attendre 1926 et l’invention de l’enregistrement électrique par la « Western Electric » pour pouvoir enregistrer correctement une batterie complète. La plupart des batteurs de l’époque enregistraient donc auparavant avec seulement des cloches, des cymbales frappées (Splash de 12 à 16 pouces) et parfois une caisse claire discrète sans le timbre. Sur scène ces mêmes batteurs jouaient avec une batterie complète, souvent agrémentée de nombreuses percussions. Les sets de batterie sur scène étaient souvent impressionnants ! Il n’y a qu’à regarder les photos de l’époque. (Sonny Greer chez Ellington et Chick Webb dans les années 20/30 par exemple).

La pédale de Charleston quant à elle, apparut à la fin des années 20 (avec notamment Lionel Hampton et Kaiser Marshall chez Fletcher Henderson, qui furent dans les premiers batteurs à l’utiliser pour faire le tempo). Son utilisation pour faire le tempo en « cha-ba-da », est une des caractéristiques principales du style Swing (1930)

Puis de grands solistes ont fait avancer la technique de l’instrument et les accessoires qui le composent, pour fixer (dans les années 40) ce que l’on connaît comme la batterie moderne.

Quelques grands batteurs de Jazz : 

Des débuts : Baby Dodds, Zutty Zingleton, Sidney Catlett 

Du style swing (30/40) : Gene Krupa, Chick Webb, Lionel Hampton, Jo Jones

Du Big band : Sam Woodyard, Buddy Rich, Sonny Payne, Mel Lewis

Du jazz Be bop et hard bop : Art Blakey, Max Roach, Elvin Jones, Phil Joe Jones, Joe Morello, Roy Haynes

Si vous désirez en savoir plus :

Stan Laferrière

Docteur jazz

de Basin Street à Saint Germain-des-Prés

De Basin Street à Saint Germain-des-Prés : Suite originale sur l’histoire du jazz.

Episode 2

FOR FIVE GUYS (Lincoln Garden-Chicago 1925)

1er janvier 1913 : la Nouvelle-Orléans fête bruyamment l’année qui débute. Le jeune Louis Armstrong, pour participer au joyeux vacarme, fonce jusqu’à son misérable logis de Perdido, pique le vieux revolver de son beau-père, rejoint ses copains en courant et, pour rigoler, tire en l’air 6 cartouches à blanc. Résultat : 2 ans dans une maison de redressement, le « Waif’s home ». C’est sans doute la chance de sa vie car un brave homme, le capitaine Joseph Jones qui dirige l’orchestre de l’établissement, lui apprend à jouer du cornet à pistons. Rendu à la liberté, Louis se débrouille pour jouer modestement avec les vedettes de Storyville dont le merveilleux King Oliver qui saisit son talent latent et l’engage dans son orchestre du « Lincoln Garden » de Chicago. Ce sont les vrais débuts d’Armstrong et c’est dans cette ville, en 1925, qu’il réunit son « Hot five » avec Kid Ory au trombone, Johnny Dodds à la clarinette, Johnny St Cyr au banjo et Lil Hardin au piano qu’il vient d’ailleurs d’épouser. Il va enregistrer avec cette formation, une série de disques qui comptent parmi les plus beaux de l’histoire du jazz traditionnel… L’ascension et la gloire de « Pops » – « Dippermouth » – « Satchelmouth » – « Satchmo » (Louis ne manquera pas de surnoms), ne cessera qu’avec sa disparition en 1971. Il fait partie de la poignée de génies qui ont permis au jazz de s’émanciper et d’atteindre les plus hauts sommets. On retient ici la période du « Hot five » pour évoquer Louis Armstrong. FOR FIVE GUYS reflète l’esprit du jazz des années 20.

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Patrick Artéro (Cornet)

Nicolas Montier (Clarinette/ Baryton)

Philippe Milanta (Piano)

Stan Laferrière (Banjo)

Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Partitions disponibles dans la boutique

www.docteurjazz.com

D’où vient le répertoire de jazz ?

D’où vient le répertoire du Jazz ? A-t-on toujours joué les mêmes morceaux ? Peut-on tout jouer de façon jazz ?… Autant de questions que l’on ne se pose sans doute pas tous les jours, mais qui sont historiquement intéressantes…

Le répertoire qui est utilisé par la musique de jazz, évolue avec les époques et les styles qui jalonnent son histoire : on peut dégager grosso modo 5 grandes époques :

· La période 1900 à 1920 où le jazz emprunte essentiellement au répertoire traditionnel issu du gospel, du ragtime et du blues. Ces trois formes musicales issues de cultures différentes, ou plutôt leur fusion, est à l’origine de la naissance du jazz, et c’est tout naturellement dans ce répertoire, que ce style naissant va aller puiser, au cours de sa période d’individuation (1890-1915 environ). Ce répertoire sera utilisé dans les « marching bands » ou fanfares qui animeront les fêtes et évènements importants (plutôt à la nouvelle Orléans où le jazz est né), mais aussi par les premiers orchestres de jazz statiques : le « Créole jazz band » de King Oliver ou « l’Original dixieland jazz band » par exemple.

· Puis à partir du milieu des années 20 et jusqu’à la fin des années 30, le jazz, qui est à l’époque de la « swing era », essentiellement une musique de danse, puisera surtout dans les thèmes écrits pour les comédies musicales de Broadway (c’est ce que l’on appelle l’American song book). Ce sont tous les standards que nous connaissons et qui sont encore joués aujourd’hui… Ces standards sont majoritairement écrits par des compositeurs qui ne sont pas jazzmen (George Gershwin, Irving Berlin, Cole Porter etc…). Mais il y a évidemment des exceptions et de taille !! Pour la plupart pianistes… Jelly Roll Morton, Fats Waller, Duke Ellington, Hoagy Carmichael, etc…

· Vient ensuite, entre 1940 et 1950, la période du be-bop, où l’on utilise les canevas harmoniques des standards de Broadway pour écrire de nouvelles mélodies plus alambiquées et sur des tempos plus rapides (Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Miles Davis…)

· Puis, avec l’arrivée du cool et du hard bop à l’aube des années 50, la musique n’est plus écrite pour danser, les compositeurs vont alors explorer de nouvelles voies et être plus innovants sur la forme… c’est aussi à ce moment que beaucoup de grands solistes/compositeurs vont créer leur propre song book et devenir des « fournisseurs » de standards !… Thélonius Monk, Charlie Mingus, Horace Silver, Benny Golson, Joe Henderson, Duke (toujours), et tant d’autres…on continue cependant à jouer les vieux standards mais on les adapte, on les modernise…

· Enfin, vers la fin des années 60/début 70, la musique de jazz, qui s’essouffle un peu après la période du free jazz, et bien que déjà métissée à l’origine, va s’ouvrir à d’autres cultures ; Hispaniques, Indienne, Europe de l’Est etc… Ce nouveau courant de « jazz fusion » va faire naître un nouveau répertoire avec des compositeurs comme Chick Coréa, Herbie Hancock etc…

Dans la mouvance du « free jazz » (dont la gestation débute dans les années 50 déjà), deux courants plus confidentiels, au sein desquels évolueront pourtant de très grands musiciens, doivent être mentionnés, bien qu’ils n’aient pas généré un grand nombre de standards.

– Le « Third Stream » né vers le milieu des années 50. George Russell, John Lewis, Jimmy Guiffre, Eric Dolphy, Ornette Coleman… Des artistes qui désiraient déjà élargir l’horizon du jazz.

– L’AACM (Association for Advanced Creative Musicians), sorte de coopérative d’artistes, créée à Chicago en 1965 par Richard Abrams (pianiste) Malachi Favors (contrebassiste), Jodie Christian (pianiste), Phil Cohran (trompettiste), Steve Mc Call (batteur), suivis par une cinquantaine d’artistes toutes disciplines musicales confondues…

De nos jours, lorsque l’on parle de standards, on fait essentiellement référence aux morceaux de Broadway des années 30 et aux classiques du be bop et du hard bop. Ce sont majoritairement ces morceaux qui sont joués en « jam sessions ».

On remarque que l’harmonie, avec des codes purement jazz, s’émancipe vraiment à partir des courants bebop et cool. La composante rythmique qui prédominait jusqu’alors (tant le jazz était essentiellement une musique de danse), passe au second plan au profit de l’harmonie, de la diversité des formes, car désormais, le jazz « s’écoute » en concert, en club, en festival…. Les compositeurs sont alors beaucoup plus en recherche d’originalité créative. Le répertoire s’étant finalement adapté à la demande sociale et à l’évolution de la musique…

Peut-on tout jouer de façon jazz ?

Oui, on peut utiliser n’importe quel support mélodique et le transformer en jazz… Il suffit d’intégrer au jeu ou à l’arrangement, une (ou plusieurs) composante qui forme son « ADN » : le swing (croche ternaire, syncopes, placement rythmique), la paraphrase ou improvisation, les codes d’harmonisations spécifiques (Enrichissements, substitutions, superpositions, emprunts…) ; et l’on peut transformer n’importe quelle mélodie en morceau de jazz… (Basie’s Beatle bag 1966 : la version de « Michele » des Beatles, ou la revisite de Led Zeppelin par Franck Tortiller et l’ONJ par exemple…). Cela pourra faire l’objet d’un autre article !…

Stan Laferrière

Docteur Jazz

De Basin Street à Saint-Germain-des-Prés

De Basin Street à Saint-Germain-des-Prés : Suite originale sur l’histoire du jazz.

Episode 1


PIONNER’S RAG (Basin Street – New Orléans 1910)

A la fin du 19ième siècle, de nombreux noirs Américains jouent du piano, souvent en autodidactes. Et ils sont familiarisés avec toutes sortes de musiques : le gospel et bientôt le blues bien sûr, mais aussi les œuvres classiques Européennes et les airs à danser en vogue : valses, mazurkas, polkas, sans oublier le cake-walk, danse typiquement Louisianaise. C’est sous les doigts de ces éclectiques pianistes que naît le ragtime, une musique savante, très syncopée, qui rencontre un énorme succès aussi bien auprès des noirs que des blancs.

Scott Joplin, né au Texas en 1868, est le plus célèbre des compositeurs de ragtimes. La partition de son « Maple leaf rag », parue en 1899, s’est vendue à des dizaines de milliers d’exemplaires, assurant sa renommée et sa fortune. Quant à sa composition « The Entertainer », elle a fait, 70 ans plus tard, le tour du monde avec le film de Georges Roy Hill « L’Arnaque ». Les ragtimes étaient joués, souvent avec talent, par des pianistes blancs dans les salons louisianais. Mais c’est surtout dans les bars, « speak-easy » et lupanars de Storyville, notamment ceux de Basin Street, que des pianistes noirs, les appréciant autant que le cigare et le gin, en donnaient la plus pure interprétation. Avec PIONNER’S RAG, hommage est rendu aux multiples pianistes, y compris des jazzmen purs comme Jelly roll Morton ou Thomas Fats Waller, qui furent les ambassadeurs du ragtime et du piano stride

Enregistré « live » en 1996 à l’Automobile club de France, par Bruno Minisini.

Stan Laferrière (piano solo) Composé et arrangé par Stan Laferrière

Cover graphic design : Béatrice Lambrechts

Pictogramme : Philippe Du Peuty

Les partitions et le fichier mp3 de l’album sont disponibles dans la boutique.