Interview de Fabien Mary

Merveilleux trompettiste, Fabien Mary irradie la scène musicale du jazz Français et international depuis deux bonnes décennies. Je l’ai connu tout jeune, et j’ai eu le plaisir de jouer à ses côtés, notamment en l’invitant dans mon Tentet dans les années 2000. Le blog est aussi là pour donner un petit coup de projecteur sur les beaux projets, et notamment lorsqu’il s’agit d’écriture ! Fabien lance une campagne de collecte de fonds pour produire son projet en Big band (avec le magnifique “Vintage Orchestra”) dont il a signé toutes les orchestrations ! Je lui ai donc posé quelques questions…

DJ : Peux tu te présenter ?

FM : Je suis trompettiste, compositeur et arrangeur. Je suis également professeur de trompette dans la classe de Jazz du CMA9 à Paris. Je dirige mes propres formations depuis une vingtaine d’années, allant du trio à l’octet. J’ai aussi une grosse activité de sideman au sein de nombreuses formations.

Je suis originaire de Normandie, où j’ai fait mes études musicales (école de musique de Bernay, conservatoire d’Evreux puis CRR de Rouen). J’ai une formation classique, mais j’ai découvert le jazz en parallèle à l’adolescence.
Je suis arrivé à Paris en 1998 pour me jeter dans le grand bain du jazz et j’ai également habité à New York de 2008 à 2011.

DJ : Quelles sont tes principales influences ? (Musiciens/styles)

FM : En tant qu’instrumentiste, je dirai que mon influence majeure depuis de nombreuses années c’est le trompettiste Kenny Dorham. J’aime son son, son phrasé, sa science de l’harmonie, son feeling etc… C’est un musicien très moderne et véritablement sous-estimé.
Mais bien évidemment, j’ai été influencé par de nombreux autres (Clifford Brown, Lee Morgan, Freddie Hubbard, Blue Mitchell, Miles Davis, Dizzy Gillespie, Tom Harrell, Thad Jones, Clark Terry, Fats Navarro, Chet Baker, Conte Candoli, Donald Byrd, Art Farmer etc…), il serait trop long de tous les citer.

En tant que musicien de jazz, je dirai que j’ai été influencé par tous les grands (Armstrong, Duke Ellington, Count Basie, Dizzy, Bird, Monk, Bud Powell, Rollins, Dexter, Coltrane, Shorter etc…).

En tant qu’arrangeur j’aimerai citer Thad Jones, Slide Hampton, Jimmy Heath, Duke Pearson, Oliver Nelson, Gil Evans, Mary Lou Williams, Gigi Gryce, Tadd Dameron, Bill Holman, Marty Paich, Toshiko Akiyoshi, Quincy Jones, Melba Liston.

DJ : Un mot ou une phrase pour définir le jazz selon toi ?

FM : Juste une série de mots pour tenter de le définir : swing, spontanéité, blues, interaction, time, simplicité, sophistication, rythme, mélodie, harmonie. Le jazz est une musique qui doit parler au corps, à la tête et au cœur.

DJ : Si tu étais un standard de jazz ?

FM : Aujourd’hui je dirai « Like Someone In Love »…Mais j’aurais sûrement répondu un autre titre hier et encore un autre demain. J’aime vraiment les chansons et il y en a tellement…Elles font vraiment partie de l’identité de cette musique. Je pense que le jazz aurait été différent s’il ne s’était pas développé autour du « great american songbook ».

DJ : Comment en es-tu venu à l’écriture ?

FM : Cela s’est fait naturellement. Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours aimé entendre de la musique arrangée, avec plusieurs cuivres (J’aime aussi les cordes, mais je ne m’y suis pas trop frotté encore). J’ai aussi parfois voulu jouer la musique de certains compositeurs, je pense à Tadd Dameron ou Jimmy Heath. J’ai relevé leurs compositions sur leurs disques, souvent enregistrés en moyennes formations voir en big band. C’est comme ça que j’ai commencé à m’y intéresser un peu plus en profondeur, puis j’ai ensuite tenté d’écrire mes propres arrangements.

J’ai aussi énormément joué en big band lorsque je suis arrivé à Paris et pendant de nombreuses années, dans plein de styles différents (Michel Pastre Big Band, Vintage Orchestra, Paris Jazz Big Band, Dal Sasso-Belmondo Big Band, Stan Laferrière Tentet, Gérard Badini super swing machine, Michel Legrand Big Band, François Laudet Big Band etc…).
J’ai toujours adoré ça, et ça m’a permis de découvrir plein d’arrangeurs différents.

DJ : Présente-nous ton projet en big band ?

FM : C’est un projet en collaboration avec le Vintage Orchestra, pour lequel j’ai écrit et arrangé toute la musique d’un disque, enregistré en août dernier. Cet album intitulé « Too Short » sortira sur le label Jazz&People au mois de mai. Cela n’a vraiment pas été facile à organiser après une première annulation des séances d’enregistrement à cause du Covid… Je suis vraiment content que l’on ait finalement réussi à mettre tout ça sur pied.
Le Vintage Orchestra c’est un peu une famille. Je joue dans ce big band depuis sa création, j’en suis d’ailleurs un des membres fondateurs avec Dominique Mandin, Erick Poirier et Sophie Alour en 2001 si mes souvenirs sont bons. De fil en aiguille, c’est Dominique Mandin qui en est devenu le directeur musical à part entière.

Comme tout big band, il y a des musiciens qui partent et d’autres qui arrivent, mais il y a vraiment un noyau dur de musiciens qui sont là depuis le début de l’orchestre ou presque. J’ai compté, sur les 16 musiciens qui ont enregistré ma musique, 11 étaient déjà présents sur le premier disque du Vintage Orchestra en 2003.

Cela me tenait particulièrement à cœur de pouvoir enregistrer mon premier disque en big band avec cet orchestre, et je tiens encore à remercier Dominique pour son aide et tous les musiciens du big band pour leur investissement dans ce projet.

DJ : Eh bien Fabien, on te souhaite toute la réussite que tu mérites avec ce magnifique album (J’ai pu en entendre quelques extraits…)

Voici le lien pour soutenir le projet et acheter l’album en pré-commande !

Le teaser du Vintage Orchestra

Et le site web de Fabien

Interview de Cyril Achard

Guitariste et pédagogue depuis le milieu des années 90, Cyril Achard présente et partage sa passion et sa science de l’harmonie, au travers de publications passionnantes et d’un site web. Docteur Jazz avait envie de mettre en valeur son travail exceptionnel sur le sujet, et de l’associer à la formation sur l’ARRANGEMENT JAZZ proposée par le blog, tant la complémentarité des deux approches semble évidente.

Cyril a bien voulu répondre à quelques questions !

 Bonjour Cyril, peux tu te présenter ?

Je suis guitariste, compositeur et pédagogue. J’ai visité de nombreux styles musicaux depuis le début de mon parcours professionnel jalonné d’albums, de tournées et master classes. Mais en regardant dans le rétroviseur, je dirais que j’évolue dans une sphère jazz aux contours fluctuants !

– Quelles sont tes principales influences ? (Musiciens/styles)

En tant que musicien, le jazz est mon berceau. Pour les harmonies, le rapport à l’improvisation et le langage de façon générale. 

Ma période électrique-rock a sûrement laissé des traces dans ma sensibilité et mon identité musicale, même si aujourd’hui à l’écoute de mon dernier album, certains auront du mal à trouver un lien entre les différentes facettes du personnage.

Si j’ai toujours écouté de la musique classique de façon irrégulière, depuis une dizaine d’années cette musique m’envahit et me nourrit quasi exclusivement.

Alors pour résumer mes influences les plus fortes : Miles Davis période 64-68, Herbie Hancock et Wayne Shorter pour l’ensemble de leur carrière. Tous les merveilleux compositeurs qui ont fait l’histoire du jazz, comme Porter, Gershwin, Rodgers, Kern, Ellington, Parker, Monk, Metheny.

Je suis un fan absolu de Sting, Stevie Wonder, Queen et Freddie Mercury, des Beatles pour l’influence Pop.

Mais au-dessus de tout cela trône la sainte trinité avec Debussy, Ravel et Fauré !

– Un mot ou une phrase pour définir le jazz selon toi ?

C’est un rapport intense entretenu avec le moment présent, lorsque le temps semble se dilater tant l’instant est vécu profondément. 

Pour moi, le jazz est synonyme de liberté. C’est ce qui place le concept d’improvisation au-dessus du reste et à tous les niveaux : réappropriation des thèmes, des harmonies, du soutien rythmique, place accordée aux solistes.

– Comment en es-tu venu à te passionner pour la l’harmonie et son histoire ?

Mon premier professeur de guitare, Gérard Sumian, m’a transmis le goût des belles sonorités et des belles harmonies, cela doit partir de là. J’ai commencé très tôt à composer en abordant l’exercice avec passion. A l’image de la controverse Rameau-Rousseau, je me suis toujours demandé quel était le moteur et le fondement du processus d’écriture : l’harmonie ou la mélodie ? 

J’ai toujours volontairement occulté l’analyse des principes harmoniques qui guidaient mes compositions, afin de ne pas tarir la source ! Jusqu’au jour où, grâce à mon mentor Patrice Nicolas, je fus initié aux rudiments contrapuntiques et à l’approche linéaire de façon générale.

Dans la même période, je fus chargé de mettre en place un cursus musical professionnel, ce qui me conduit à rédiger un programme d’harmonie.

Cette expérience fut révélatrice : comment faire cohabiter expérience et approche personnelle intuitive avec le discours « académique ».

Je dus dans un premier temps abandonner certaines certitudes acquises au fil de mes quelques lectures d’ouvrages théoriques jazz. Avec un ami professeur d’écriture au conservatoire de Nantes, nous avons passé des années à refaire « l’histoire tonale ».

De là, je pris pour habitude d’expliquer l’harmonie jazz en prenant soin de ne pas scier la branche classique sur laquelle elle reposait.

Ma curiosité naturelle m’a poussé à rechercher plus en amont encore, lorsque certaines explications classiques ne me suffisaient plus. Les questions historiques se sont naturellement mêlées aux débats grâce aux merveilleuses personnes qui m’ont généreusement alimenté et avec lesquelles je continue toujours de creuser ces sujets intarissables. Je pense à Emmanuelle Ceulemans, Nicolas Meeùs, Franck Lagarde.

– Parles-nous un peu de ton approche pédagogique…

J’ai pour habitude d’ouvrir des horizons, plutôt que de montrer des chemins tracés.

Aider l’étudiant à acquérir une méthode transposable et le rendre autonome pour la suite de son apprentissage individuel. Aide à devenir chercheur plutôt que trouveur.

Bien sûr il y a des sujets incontournables, mais en théorie j’aime bien donner tous les points de vue avant de favoriser le mien. 

A ce sujet, je suis récemment arrivé à la conclusion suivante : le plus souvent les différends théoriques n’existent que parce que le critique ne prend pas en considération l’ensemble de la pensée de celui qui s’exprime. 

Ce qui importe ce n’est pas le point de vue subjectif sur un sujet, mais comment ce sujet sert de cheminement dans un modèle de pensée global et cohérent.

– Quels sont tes projets ?

La sortie ces jours-ci de notre album avec la soprano Melody Louledjian, intitulés « les Chants de l’Aube et du Soir » sur le label Klarthe. En espérant qu’il y aura des concerts à la clé.

J’aimerais trouver le temps de travailler me technique de guitare classique, de lire les différents traités d’harmonie qui s’accumulent sur ma bibliothèque.

Je projette d’écrire en binôme avec Patrice Nicolas, un ouvrage d’harmonie modale.

Et si j’arrivais à concilier les styles, j’aimerais enfin enregistrer cet album d’arrangements de standards que je traîne depuis trop longtemps derrière moi.

Site Pédagogique sur l’Harmonie

Site Web Chants de l’Aube et du Soir

Publications

Klarthe Records

Interview de Philippe Maniez

Attention ! Voici la jeune garde de l’arrangement Français ! Une plume à découvrir, avec déjà une très belle maturité et un univers personnel… Philippe Maniez répond aux questions de Docteur Jazz.

DJ : Bonjour Philippe, peux tu te présenter ?

PM : Je m’appelle Philippe Maniez, en tant que musicien je m’identifie à peu de choses près comme toi : batteur, pianiste, compositeur, arrangeur et directeur de projets. Je suis né d’une mère américaine et d’un père français, tous deux chanteur/chanteuse lyriques. La musique et les langues ont donc évidemment fait partie de mon background (petite blague d’arrangeur au passage…). J’ai étudié la batterie jazz et les percussions classiques à Lyon, avant de faire une année d’échange à UCLA puis d’intégrer le CNSM de Paris, d’où je suis sorti en 2015. Actuellement, j’ai la chance d’enseigner et de partager mon intérêt pour l’arrangement au sein du Centre des Musiques Didier Lockwood.

DJ : Quels sont les arrangeurs qui t’ont le plus influencés ?

PM : J’ai eu une expérience choc lors du premier concert du Amazing Keystone Big Band à la Clé de Voûte à Lyon (à l’époque c’était juste “The Keystone Big Band”) en 2010 il me semble. Les arrangeurs n’étaient autres que les fantastiques Bastien Ballaz, Jon Boutellier et Fred Nardin, ainsi que quelques pièces arrangées par François Théberge et Sandrine Marchetti. Ils portaient déjà un grand intérêt pour la musique pour grand ensemble, et avaient monté de toutes pièces un répertoire d’arrangements de leur cru. J’étais au premier rang, et j’ai pris une énorme dose de son ! Je suis reparti du concert impressionné et séduit par l’incroyable expérience humaine de réunir tant de musiciens sur scène. Par la suite, j’ai découvert et étudié les grands noms du jazz en grande formation : Thad Jones, Bob Brookmeyer, Maria Schneider, Marty Paich… dans mes études du jazz pour ensemble symphonique, j’ai également été beaucoup séduit par Johnny Mandel et Nelson Riddle (dont la méthode d’arrangement, peu diffusée, est un bijou !). Depuis peu, je puise également de l’inspiration chez John Hollenbeck et Vince Mendoza, avec qui j’ai eu la chance d’étudier. Lors de nos entretiens, ils ont regardé mes partitions avec beaucoup de bienveillance, en me poussant à me poser des questions, et trouver des solutions créatives aux problèmes que je rencontrais. J’admire leurs capacités à régir de grands ensembles – drastiquement différentes, au passage – avec une musique qui donne du sens aux grands ensembles, qui prend en compte les besoins et les forces de chaque pupitre, de chaque musicien. Et à créer des œuvres absolument fortes en couleurs, en mouvement, en dynamiques et en formes.

DJ : Quel est le projet dont tu es le plus fier ? Ton préféré ?

PM : Certainement l’enregistrement de l’album “EXPLODE” avec le Dedication Big Band en 2018. C’était l’aboutissement de notre résidence de 2016 à 2018 aux Petits Joueurs, où nous nous retrouvions à 17 musiciens le premier lundi de chaque mois pour jouer, tester de nouvelles pièces et créer notre son. J’avais réuni ce groupe avec la volonté d’écrire beaucoup de musique et la faire jouer par mes musiciens préférés. Leur présence continue ainsi que leur amour de la musique en grand ensemble m’ont permis d’essayer beaucoup de choses, de créer des compositions, des arrangements, d’essayer les mélanges d’instruments qui me plaisaient… qui par la suite forment d’ailleurs notre vocabulaire d’arrangeur. C’était aussi pour moi les premières expériences de création de musique avec une dimension politique et revendicatrice. C’est pour moi l’un des nombreux domaines où la musique pour grand ensemble peut exceller – lorsque 17 personnes se mettent au service d’une même cause, l’effet est forcément impressionnant, fédérateur, et parfois même inspirant. Notre premier album “EXPLODE” est porteur de cette expression politique, car nous avons choisi de publier notre album dans un format Origami cartonné, sans CD (et donc sans plastique), à l’image du label New Yorkais Biophilia.

DJ : Une phrase pour définir l’écriture ?

PM : C’est l’ensemble des savoirs faire qui permettent de transformer une pièce, dans sa verticalité (instrumentation, nuances, timbres…) et son horizontalité (mélodies, enchaînements d’accords, forme…). S’attaquer à l’écriture, que cela soit dans le sens d’écriture “classique” ou “jazz”, c’est donc mener un travail intégral, où l’on se pose toutes les questions. Des graines d’idées qui forment un arrangement ou une composition, jusqu’à l’exécution de la pièce en studio ou en live.

DJ : Quel est l’arrangement qui n’est pas de toi et que tu aurais aimé écrire ?

PM : Probablement le Jardin Féerique de Ravel. La version orchestrale est un arrangement par Ravel lui-même de sa propre pièce, issue de la suite “Ma Mère l’Oye” pour piano 4 mains. C’est un exemple résonnant d’une forme pleine de sens, avec ses petits chapitres, avec une culmination jubilatoire qui me donne à chaque fois beaucoup de joie et d’espoir. Lorsque je pense à mes raisons d’aimer la musique, ma conception personnelle de la beauté, c’est une des choses qui me vient à l’esprit immédiatement.

DJ : Quels sont tes projets ?

PM : Actuellement, je travaille avec le guitariste Kurt Rosenwinkel sur un arrangement symphonique d’une de ses compositions, à paraître prochainement sur son label Heartcore. Notre collaboration avait commencé lors du premier confinement, où j’avais arrangé un de ses titres pour un orchestre de musiciens réunis virtuellement. Je travaille également avec les Paris Jazz Sessions pour qui j’arrange et dirige depuis quelques années. Nous sortons prochainement des enregistrements faits récemment aux studios de Meudon avec différents orchestres, mettant en avant les excellents solistes César Poirier et Paloma Pradal. Et quand reprendront les concerts, je pourrai attaquer avec de nouvelles collaborations, récemment mises “en pause”, avec le clarinettiste anglais Adrian Cox, le chanteur hollandais Frederik Steeinbrink, avec lesquels je prépare des albums, le conservatoire de Vienne, de La Haye, la reprise des concerts de mon Dedication Big Band… Il y a également mes projets où je joue en tant que sideman, notamment avec Pablo Campos, Caloé, Fiona Monbet, et Gad Elmaleh, avec qui nous venons tout juste de sortir un album chez Blue Note.

Évidemment, l’enseignement de l’arrangement est également un projet continu et important pour moi. J’essaye d’être à l’écoute de mes élèves pour leur proposer un cursus qui répond à leurs attentes, à leurs besoins, leur permettant d’être confrontés aux réalités de l’arrangement pour divers ensembles de jazz. C’est un challenge qui m’amène à réfléchir beaucoup – notamment sur la façon dont j’ai appris moi-même – et qui me plaît énormément.

DJ : Raconte nous une anecdote de ta vie de jeune arrangeur ?

PM : Le “Arrangers Workshop” du Metropol Orkest a changé ma vie. Tous les ans, sous la direction artistique et pédagogique de l’immense Vince Mendoza, le fabuleux orchestre hollandais sélectionne 8 jeunes arrangeurs et arrangeuses, avec comme but d’arranger pour l’orchestre un programme de concert, mettant en avant un.e soliste, un chanteur… Cette année-là, nous avons eu le plaisir d’écrire pour Becca Stevens, chanteuse, multi-instrumentiste et compositrice iconoclaste dont je suis fan depuis mon adolescence. C’était une expérience folle d’entendre nos arrangements joués par l’orchestre, d’observer la direction artistique de Vince, comment il ré-arrangeait en direct certains arrangements déjà très prometteurs. Mon souvenir le plus marquant est celui de la camaraderie entre tous les candidats et candidates – il y avait une réelle appréciation pour le travail de chacun, et un désir féroce d’apprendre. Vince nous avait même donné un arrangement « surprise », à écrire dans nos heures vides de la semaine – il voulait nous confier un véritable challenge d’arrangeur, sachant que notre emploi du temps était déjà rempli de sessions d’orchestre, d’interventions pédagogiques et de cours magistraux d’arrangement ! On écrivait tard le soir, parfois très très tôt (j’ai le souvenir de m’être levé à 3h pour arranger quelques heures avant le petit déjeuner…), et on s’est tous et toutes retrouvés dans une des chambres d’hôtel, la veille de l’enregistrement, pour nous corriger mutuellement nos scores. C’était une expérience folle, pédagogiquement, humainement, musicalement… j’invite chaleureusement tout jeune arrangeur qui souhaiterait y participer, à m’écrire pour d’avantage d’informations, car c’est une expérience à vivre absolument. 

DJ : Merci Philippe, pour ce qui est de mon cas personnel, je vais suivre ton travail avec intérêt !… A bientôt !

Quelques liens pour écouter la musique de Philippe :

DEDICATION BIG BAND On peut se procurer l’album “Explode” et se procurer l’album Origami 100% recyclable 

DEDICATION BIG BAND enregistré aux studios de Meudon

METROPOL Orkest feat. Becca Stevens

METROPOL Orkest “If I only had a Brain”

Paris Jazz sessions feat. Heather Steward

Comment développer son oreille ?

Testez votre oreille analytique et sélective ! Première marche vers la transcription.

Voir la vidéo

Un écoute/ analyse flash, en temps réel, avec corrigé et score complet. Proposée par Stan Laferrière au cours du premier Webinar organisé le 5 février 2021, et se rapportant à la formation sur l’ARRANGEMENT JAZZ.

Refaites l’exercice en “live” !

WEBINAR N.1 invitation

Le blog Docteur Jazz et Stan Laferrière, vous invitent à un WEBINAR 

(Conférence interactive « live »)

Le vendredi 5 février prochain à 19h00

Durée environ 1H30

En rapport direct avec la formation « Arrangement Jazz » proposée sur le blog

Le thème sera : 

« Comment aborder la transcription – Développer son oreille sélective »

Avec une écoute/analyse en direct, d’un morceau à l’aveugle…

Le corrigé se fera en « live » également

Les participants recevront à l’issue de cette séance, la transcription complète du morceau en PDF.

De toute façon, à cette heure-là il n’y a rien à la TV, et vous ne pouvez aller ni dans les bars ni dans les restaurants ! 😉 Alors, venez nombreux et invitez vos amis et connaissances !

Munissez-vous de feuilles de papier (éventuellement de papier musique aussi) et d’un crayon !

Je vous conseille également de vous munir d’un casque audio, pour profiter du meilleur son possible.

Le lien pour vous inscrire dès maintenant : c’est ICI

Interview de Dan Barrett

Incroyable musicien et arrangeur Américain, Dan Barrett, avec qui j’ai la grande chance de jouer régulièrement en Europe, a bien voulu répondre aux questions de Docteur Jazz et nous livrer une anecdote sur son métier d’arrangeur.

Voir la traduction en Français

DJ- Dan, please give us a presentation.

DB- I was born near Los Angeles, in Pasadena, California 14 Dec 1955. I grew up one hour south of Pasadena, in Costa Mesa, California, where I now live with my wife Laura. We have one son, Andrew, who is an accomplished ragtime pianist and authority on piano music of that era.

Neither of my parents were professional musicians. However, they both loved music. We had an old upright piano, and my mother would often play waltzes and ‘30s popular songs; usually in the key of C. My father would sometimes join her, standing by the piano and singing in a musical baritone voice. He would often come home from work and play records; mostly music from the great Broadway shows. One of my two older brothers played guitar. Ten years older than me, my brother Mark was in high school when “surf rock” was popular. (“Surf Rock” is a blues-based style of early rock and roll, which started near the beaches up and down the coast of southern California.) Mark played credible surf rock-styled guitar, and showed me the three basic chords of “the blues.”

I began playing trombone in school in fifth grade, when I was eleven years old. I started the trumpet a year or so later. I discovered jazz during the summer between junior high school and my first year of high school. I was fourteen years old.

That same summer, I heard a “live” jazz band for the first time. I learned that a seven-piece group called the “South ‘Frisco Jazz Band” performed at a pizza house not far from me. The band played on Friday and Saturday nights at a local pizza house. It was a family restaurant, so minors were welcome.

A couple of my high school friends and I made the “Pizza Palace” our “home away from home” on those nights. The band was an excellent, exciting traditional jazz band, whose repertoire included songs by King Oliver; Jelly Roll Morton; Lu Watters; Turk Murphy; and others.

The musicians in the band were all serious about the music, and spent time with me, teaching me about the music and suggesting recordings I should hear. It was around this time that I learned of, and began attending, Sunday afternoon “jazz society” sessions in the Los Angeles area.

These Sunday afternoon sessions gave amateur players like me a chance to play a few tunes with professionals; usually retired (or semi-retired) professionals from the big band era. It should be noted that at that time, there was a large community of musicians (and their families) from New Orleans, who had settled in the Los Angeles area before and after World War II. What made the Sunday afternoon sessions unique at the time was, many of these New Orleans musicians would show up to play a few tunes with old friends.

Can you imagine being a fourteen or fifteen-year-old trombone player, and meeting—and getting to play with—men like: Joe Darensbourg; Alton Purnell; Mike DeLay; Andy Blakeney; Nappy Lamare; and Barney Bigard? Amazing!

Soon after, Joe Darensbourg began calling me for gigs around Los Angeles. I met more and more of these older musicians, and they helped me form my ideas and concepts about jazz and, indeed, life.

It was during high school that I first became interested in jazz arranging. I would write arrangements for my high school Dixieland band, and for the school’s “pep” band, which played for basketball games and other events.

In 1977, I made the first of many trips to Europe, to perform with the Sunset Music Company in the Netherlands, at the Breda “Oude Stijl” Jazz Festival. The band then toured Germany for a few weeks. That first trip to Europe changed my life. I have made life-long friends all over Europe and Scandinavia, and returned to Europe for performances, and tours almost every year since then. I continue to teach every July at the Jazzin’ July Workshop in Leende, the Netherlands where I have been an instructor ever since its inception, about fifteen years ago.

In 1983, Laura and I moved to New York City. In New York, the musical world really opened up for me. I began playing at jazz parties and festivals, and touring in Europe. I found myself playing and recording with many of my musical heroes, including: Roy Eldridge; Buck Clayton; Woody Herman; Benny Carter; Maxine Sullivan; Ruby Braff; Ralph Sutton; Kenny Davern; Milt Hinton; Dick Hyman; Scott Hamilton; Gus Johnson; and many others, including Benny Goodman.

We moved back to southern California in 1996 to care for my mother, who passed away in 2002. We’re still here in Costa Mesa. During the pandemic, composing and arranging (mostly the latter) has replaced performing on the trombone and trumpet. However, I look forward to the time when I can return to playing. I miss it, and miss seeing and hearing my friends all over the world.

DJ- Which are the arrangers who mostly influenced you ?

DB- As I mentioned, I first became interested in arranging in high school. I began wondering how musicians like Duke Ellington could put notes on paper, and get other men to make it sound like The Mooche!

I learned about jazz more or less chronologically. The first jazz I heard was traditional jazz. My interest in arranging developed along the same lines. After having heard the King Oliver Creole Jazz Band and Jelly Roll Morton’s Red Hot Peppers sides (along with many recordings by Turk Murphy and Lu Watters), I began wondering how those men wrote so wonderfully and effectively for their respective bands.
I soon discovered Bix and Tram, and the interesting things arrangers like Bill Challis and Fud Livingston were writing for their colleagues. Then it was on to the “Swing Era,” and these arrangers:

  •   Fletcher Henderson
  •   Horace Henderson
  •   Jimmy Mundy
  •   Alex Hill (a brilliant, often-overlooked early arranger)
  •   Sy Oliver
  •   Ed Wilcox (Jimmie Lunceford)
  •   Mel Powell
  •   Jerry Gray (Glenn Miller)
  •   Bill Finegan (Glenn Miller)
  •   Mary Lou Williams (Andy Kirk)
  •   Billy Strayhorn
  •   Buck Clayton
  •   Eddie Durham
  •   Benny Carter
  •   Spud Murphy (wrote many excellent “Stock” arrangements)
  •   Frank Skinner (also wrote many of the better “stock”arrangements of the 1920sand ‘30s. and wrote a very good book called Arranging For the Modern Dance Orchestra. (The second edition is perhaps more practical for today’s arrangers)
    Little by little, my “ears” got a little bigger, and I began to understand and enjoy the bebop charts by Dizzy Gillespie and his colleagues. Then, there were the brilliant arrangers of the 1950s:
  •   Ernie Wilkins (Count Basie)
  •   Billy May
  •   Gil Evans
  •   Neal Hefti
  •   Robert Farnon
  •   Oscar Pettiford
  •   Many, many others!

DJ- What is the arrangement or project you wrote, you feel the most proud of ?

DB- I suppose I am proud of the three arrangements I wrote for my friend, clarinetist Engelbert Wrobel. At the time, he led a fine quintet called Swing Society. Engelbert asked me to arrange three pieces for his quintet, plus a string quartet. The occasion was a special recording to celebrate the 20th Anniversary of Swing Society. Engelbert and the band played beautifully, and the string quartet—all young women from the region of Bonn—played exceptionally well. Finally, it was recorded superbly. In addition, I contributed one original composition for the recording. It was composed shortly after Benny Goodman’s passing in June, 1986. I dedicated it to Mr. Goodman, and titled it Long Live The King. I tried for the happy, swinging feeling Mr. Goodman and his bands achieved on many of his small group recordings of the late ‘30s, and early-to-middle 1940s. Again, Engelbert and the band were superb!

I was also pleased with my 1987 octet date for Concord Records: The Dan Barrett Octet: Strictly Instrumental. It helps that the band was comprised of great players! I was very lucky to have recorded with them. A more recent CD (only twenty years old now, ha, ha) is of another octet I led for a while called Blue Swing, which is also the name of the CD, recorded for Arbors Records. It too was recorded exceptionally well, and the band played my charts beautifully. I would suggest Wedding Bell Blues as an example. (WBB features the soulful swinging singing of the great Rebecca Kilgore). Other albums featuring my writing:

  •   I Saw Stars (Rebecca Kilgore, with Dan Barrett’s Celestial Six); Arbors Records
  •   Moon Song (Dan Barrett and His Extra-Celestials, featuring Rebecca Kilgore);Arbors Records
  •   Night Owl (Bryan Shaw): Arbors Records

DJ- Just a simple phrase to define writing ?

DB- A“simple phrase to define writing” might be, “invisible arranging.” With a few exceptions, I prefer arranging that does not call attention to itself. Rather, it showcases a song (or band, or both) in a way that puts the listener’s attention on the song, or the band or singer or soloist, and does not call attention to the arrangement itself. It’s hard to do!

DJ- What is the arrangement (famous or not) you would have loved to write ?

DB- Here is a very incomplete list of arrangements I would have been proud to have written:

  Annie Laurie (Jimmie Lunceford Orchestra, 1938; Sy Oliver, arr.)

  American Patrol (Glenn Miller Orchestra, c. 1940; Jerry Gray, arr.)

  A String Of Pearls (Glenn Miller Orchestra, 1939; Jerry Gray,comp./arr.)

  A String Of Pearls (Benny Goodman Orchestra, 1942; Mel Powell, arr.)

  Why Don’t You Do Right? (Benny Goodman Orchestra, 1942; MelPowell, arr.)

  Down South Camp Meeting (Fletcher Henderson Orchestra, 1934; andBenny Goodman Orchestra, c. 1935; Fletcher Henderson, comp./ arr.)
From Ab To C (John Kirby Sextet; 1938; comp./arr. Billy Kyle)

  Clarinet a la King (Benny Goodman Orchestra, c. 1940; Eddie Sauter, comp./arr.)

  Take The A Train (Duke Ellington Orchestra, 1941; comp./arr. Billy Strayhorn)

  The Good Earth (Woody Herman Orchestra, 1946; Neal Hefti, comp./arr.)

  Shiny Stockings (Count Basie Orchestra, 1955; Frank Foster, arr.)

  April In Paris (Count Basie Orchestra, 1955; Wild Bill Davis, arr.)

  Humpty Dumpty (Frank Trumbauer Orchestra, 1927; comp./arr. Fud Livingston)

  I’m Coming, Virginia (Frank Trumbauer Orchestra, 1927; Bill Challis, arr (?) Or maybe Don Murray (?)

  I’m Coming, Virginia (Benny Carter in Paris, 1937; arr. Benny Carter)

  Jumpin’ Punkins; Chloe; John Hardy’s Wife; In A Mellotone; oranything else by Duke Ellington or Billy Strayhorn !

DJ- What are your projects ?

DB- With all this time at home, I am currently writing almost every day. I have written many charts for my Spanish friend, Enric Peidro. Enric plays tenor saxophone, and leads a great six-piece band in the region of Valencia and Alicante in Spain. The band includes three horns and three rhythm, but at his request I include “optional” parts for alto sax and rhythm guitar. In addition to charts for his normal group, I have also written several charts for Enric’s full octet plus a string quartet, for a separate project he has in mind.

For my own “amusement” and education, I have just completed a transcription of a 1937 broadcast recording of Blue Hawaii by Benny Goodman’s band.

DJ- Can you tell us a personal anecdote about writing ?

DB- I mentioned earlier that my wife, son, and I lived for a while in New York City. We were there almost fourteen years, from early 1983 until the summer of 1996. I could often be found at Eddie Condon’s Jazz Club, in Manhattan. I played there many times, and if I wasn’t working on a given night, I would usually be at the bar, listening to whomever might be playing that particular evening.

Of course, New York is famous for its Broadway stage shows and musicals. Before computer programs for musical notation had been developed, composers and arrangers wrote music the “old-fashioned” way: pen or pencil on score paper. Of course, the individual parts then had to be “extracted” from the score by a copyist. The shows on Broadway and the countless recording sessions taking place around town provided work for many copyists who worked in various “music houses” around town.

Associated Music was a popular store which sold a wide variety of score and manuscript paper, and a selection of professional copying pens, ink, straight-edge rulers, and the other equipment used by composers, arrangers, and copyists in those days.

Whenever I would go there for paper and music supplies, I was impressed by the row of copyists—about seven or eight men and women—lined up against the far wall of the store. It seems that they were always there, at any time of day or night. Each copyist had his/her own small desk. A desk lamp was clamped to the edge of the table, and had an extension so the light could be brought directly over the top of the table. Most of the copyists wore dark green visors, like old-fashioned bank tellers wear in old movies. It was all something to see, and very interesting to me.

I learned through trial–and too many errors–that one simply can’t drink alcohol and try to copy accurately at the same time! The first glass of wine usually doesn’t pose any problems, but after the second or third glass, you will certainly begin making mistakes. When you are hand-copying a part in India ink, as copyists did in those days, this can be serious! (I had occasion to visit trombonist/arrangerBilly Byers, who was using pianist Joe Bushkin’s Manhattan residence as a workplace for a few weeks, while Joe was out of town.

Mr. Byers was copying in ink on vellum paper, which is also called “onion-skin.” Vellum is very thin, translucent paper which can be easily reproduced, and was used for Broadway show scores. It is very fragile, delicate paper, and writing on it requires great care, skill, and accuracy. Mr, Byers was a master, of course. (I actually remember the show he was working on: Private Lives.)

So, we’ve established that copyists work best when sober. This doesn’t change the fact that many of them enjoy a “taste” or two now and then, but always after they finish their copying for the night.

So now, let’s return to Eddie Condon’s Jazz Club. I was sitting at the bar when a tall, slender, grey-haired man sat down on the stool next to mine. His hair was styled more or less like Albert Einstein’s, and he looked very tired. He was wearing blue jeans, and some kind of red plaid flannel shirt. He had a long, handsome face, and a thick gunslinger’s mustache.

The bartender at Condon’s doubled very occasionally as a “bouncer.” He was a friendly guy whom we knew as “Big Jim.” Big Jim came toward us, and set a bar napkin down in front of the man who had just arrived. He looked at him and said, “Good evening, Brick! What would you like?”

“Hello, Jim. I guess I’ll have my usual…”

Jim nodded, and instantly returned with a vodka over ice. Brick took a couple of gulps, and sighed. He raised his empty glass, and Jim nodded.
While Jim was fixing Brick’s next drink, I turned to Brick and said, “Good evening, sir. I heard Big Jim call you ‘Brick.’ Would you by any chance be Brick Fleagle?” The old man raised his eyebrows, and considered me for a moment. Jim quietly placed his new drink in front of him.

Brick picked it up. He held it up to the light and turned it one way, and then around. I actually think he was admiring it. He took a healthy swallow, and set the glass down. He looked at me again.

“Indeed I am, young man. Brick Fleagle, in the flesh! And with whom might I have the pleasure of exchanging these pleasantries?”

“My name is Dan Barrett, Mr. Fleagle. I’m a trombone player. I moved here last year from southern California.”

“Ah,” he said. He set the second empty glass down on the bar quietly, and a little too carefully. “Welcome to the Big Apple. And how is it, young Mister Barrett, that you would know anything at all about me?”

“Well, sir,” I said, “I’ve known your name for years, from the records you made for HRS, with Rex Stewart and the Ellington guys…”

“Hmmm.” He grunted as he shook his head. “That frankly amazes me! Why, an unexpected, wonderful surprise like that calls for a drink!”

I laughed, and indicated to Big Jim that I’d get Mr. Fleagle his next round. I got another beer. I couldn’t let the old guy drink alone.

Over the next couple of drinks, Brick (he insisted I call him by his first name) told me about hanging out with Rex Stewart, who was an exceptionally close friend, He also spoke of Harry Carney, and my hero Lawrence Brown. He had nothing but praise and admiration for all of them.

I remember he told me of his excitement when the guys all agreed to come in and record his compositions and arrangements. I also remember the awe he expressed when he told me that as good as he thought they would make his writing sound, when they were all in the studio, he said, “When they began to play, it sounded so much better than anything I’d ever envisioned! I couldn’t believe I’d written that stuff! It was like magic, how well they all played it.”

We talked about arranging a little bit, and I told him how much I liked Fletcher Henderson’s writing, and the way he would use clarinet trios.
Brick took a sip of what must have been his fifth vodka. I’d love to say he didn’t show any signs of it, but to be honest, he was fairly hammered. He was still pleasant, however, and I was of course honored to spend time with him.

“Now, Daniel, those clar’nets. You know what all tha’ was about, don’t you?” Man, his speech was slurred by now.

“Well,” I said, “I thought it was an exciting, brilliant sound…er, no, I guess I don’t know. What was it ‘all about?’”

Brick said, “I knew Fletcher pret’ well. He was a very quiet, shy man. A real gentleman. His brother Horace was more…outgoing. But Fletcher, he was very religious. He was raised in a strict household, and went to church ev’ry Sunday.”

He took another sip of vodka.
“So, now do you know what all the clar’nets were about?” He tried to look at me, but his eyes weren’t quite tracking.

“I’m sorry, sir,” I said. “I really don’t understand where you’re going with this…” Brick slammed his hand down onto the bar. A couple of customers looked over, and then went back to listening to cornetist Ed Polcer and the great house band he led at Condon’s. I figured Ed would forgive me for talking to Brick instead of listening.

Brick composed himself, and went on.

“Look, man! Fletcher grew up in the Baptist church! He was a very religious man, and the music he heard at those services had a huge effect on him! Think about those clarinets he used. Those clarinet trios…see, for him, they were the WOMEN in the church choir, wailing away. And the riffing brass, with the plungers going…well, they were the MEN in the church, answering the women. See?”

I felt like someone had opened a door to a much deeper perception of what jazz was all about, or what it COULD be about, or maybe what it SHOULD be about.
I nodded. Then Brick nodded, satisfied that he’d finally gotten through to me. He dug some money out of a pocket, and placed it carefully on the bar. Brick slowly rose from his stool. He caught Big Jim’s eye, and indicated the money. Jim was counting change for another customer, but he nodded, and said good night to Brick.

I stood when I saw Brick getting up to leave. I thanked him for his time, and we shook hands. He walked out into the night. I knew there were taxi cabs right out in front, so I wasn’t too concerned about him. Besides, he’d made it this far!
It was an amazing story told by an amazing man. Now, whenever I hear a Goodman or Henderson record with a clarinet trio, I think of Brick Fleagle and those special insights he was kind enough to share with me that evening at Eddie Condon’s.

DJ- Thank you so much Dan ! Take care, and I hope I’ll have the great chance to see you soon and perform with you on European’s stages !

DAN’s WEBSITE

RECORDINGS

Dan Barrett and His Celestial Six, featuring Rebecca Kilgore

Dan Barrett and Blue Swing

Wedding Bell Blues

Engelbert Wrobel’s Swing Society:

Danny Boy

Estrellita

Serenade In Blue

Long Live The King

Sammy Nestico

Sammy NESTICO, Arrangeur et tromboniste, vient de tirer sa révérence à l’âge de 97 ans…

Né le 6 février 1924 à Pittsburg, son nom est pratiquement indissociable du « Count Basie Orchestra » !

Tromboniste autodidacte, il étudiera l’écriture à la « Duquesne University ». Il sera arrangeur pour l’US Air Force Band, puis il dirigera l’US Marine Band.

Sa carrière d’arrangeur va surtout être mise en lumière grâce aux orchestrations qu’il va réaliser pour l’orchestre de Count Basie, entre 1970 et 1984. 

Il écrira également, on le sait moins, pour Stan Kenton ou Louis Bellson.

Il travaillera aussi beaucoup pour la variété (Barbara Streisand, Phil Collins, Bing Crozby…) et pour la TV (Comme orchestrateur pour Mannix, Mission Impossible, M-A-S-H, Drôles de dames, Hulk…), puis se dirigera vers l’enseignement (magnifique ouvrage : “Inside the score”).

Son style d’arrangement pour Big Band (qui a notamment fait son succès dans les universités), se caractérise par une écriture simple (mais pas simpliste !), sobre et efficace, avec des lignes claires, où il utilise la plupart du temps les instruments dans leur tessiture la plus aisée. Son style d’arrangement fait “école” depuis des décennies dans le monde de l’écriture jazz “classique”.

A écouter :

Le fameux « Basie Straight Ahead »

Interview de Pierre Bertrand

Saxophoniste, flûtiste, mais surtout arrangeur reconnu et enseignant, Pierre Bertrand est une “plume” qui compte dans le monde de l’écriture. J’ai voulu en savoir plus et l’ai soumis au questionnaire de Docteur Jazz.

DJ- Bonjour Pierre, peux tu te présenter ?

PB- Je suis musicien, saxophoniste, flutiste, chef d’orchestre, compositeur, 
arrangeur, pédagogue né en 1972 à Cagnes sur Mer.
Je dois mon déclic pour le jazz à la grande parade du jazz de Nice en 
1977 avec notamment le big band de Basie, Dizzy Gillespie et professeur 
Longhair.
J’ai commencé la musique en 1982 et écrit en autodidacte dès l’année 
suivante.
Après des études diverses, j’ai terminé au CNSM de Paris un cursus jazz 
et obtenu 2 prix d’écriture classique en 1997.
En 1998, à la demande de Bernard Maury je créé un cours d’écriture jazz 
qui s’est développé jusqu’à aujourd’hui autour du CRR de Paris, du 
PSPBB, du CRR de Nice, parfois du CNSM et maintenant à l’IMFP.
En 1999 je fonde avec Nicolas Folmer le Paris Jazz Big Band dont 
l’activité durera jusqu’à 2014.
En 2009 je fonde mon groupe principal “La Caja Negra” en activité 
aujourd’hui.

DJ- Quels sont les arrangeurs qui t’ont le plus influencé ?

PB- Je ne sépare pas vraiment l’arrangement de la composition, ce qui 
m’oblige à réfléchir pour répondre à cette question en essayant de 
séparer les 2.

Pour le arrangeurs :
Maurice Ravel, j’y reviens toujours, c’est la base.
Puis Gil Evans, Duke Ellington, Thad Jones, Oliver Nelson, Marty Paich, 
Slide Hampton et Maria Schneider spécifiquement pour le jazz.

DJ- Nous avons les mêmes mentors…

PB- En tant que pédagogue l’analyse est très vite devenue obligatoire et 
cela me sert dans le “métier” d’arrangeur lorsqu’on a des références à 
respecter (époques, styles etc …) et qui forcément m’ont imprégné 
profondément, je cite ceux qui me tiennent à coeur : Lalo Schiffrin, 
Henri Mancini, Claus Ogerman, Victor Young, Alex North, Nino Rota, 
François Rauber, Michel Colombier, Vince Mendoza, Bob Mintzer, Quincy 
Jones, John Barry, Neal Hefti, Benny Carter, Billy Byers, Astor Piazzola

Mais si on ajoute les compositeurs, là y aura :
Vivaldi, Heandel, Bach, Mozart, Schumann, Schubert, Brahms, Wagner, 
Fauré, Puccini, Manuel De Falla, Isaac Albeniz, Eric Satie, Ravel, 
Bartok, Prokofief, Scriabine, Duke Ellington, Olivier Messiaen, Henri 
Dutilleux, Antonio Carlos Jobim

DJ- Quel est le projet d’écriture dont tu es le plus fier ? Ton préféré ?


PB- Pour le moment c’est l’album “JOY”, car c’est un aboutissement et une 
construction, même si l’orchestration n’est pas énorme.

DJ- Une phrase pour définir l’écriture ?

PB- L’écriture musicale, dans son sens habituel, est un terme qui englobe un 
ensemble de techniques dont on a besoin pour réaliser un arrangement 
(harmonie, contrepoint, orchestrations, développement …). Techniques 
qui s’apprennent, se travaillent, évoluent selon les individus et
se transmettent. C’est donc un métier ou dans son sens étymologique: un Art.

En résumé :
L’écriture rassemble les techniques qui nous aident à mettre sur le 
papiers le fruit de notre imagination

Remarque :
Bien sûr ces techniques sont utiles mais pas obligatoires pour composer, 
car on peut composer avec sa voix sur une guitare sans connaître la 
musique, néanmoins pour aller plus loin dans le développement, et être 
autonome il faut apprendre ces techniques.

On peut inclure, les “techniques” de composition dans l’écriture … ou 
pas. Je considère personnellement qu’on ne peut pas apprendre à 
composer, et que personne ne peut vous dire comment composer, c’est tout 
simplement un non-sens pour moi car la composition est quelque chose de 
trop intime. On peut analyser ce qu’ont fait les grands, oui, c’est très 
important, cela peut être même une source d’inspiration, mais 
“appliquer” des “techniques” pour créer … c’est triste.

DJ- Je suis 100% d’accord avec ça Pierre…

DJ- Quel est l’arrangement qui n’est pas de toi et que tu aurais aimé 
écrire ? Pourquoi ?


PB- Love Theme From Spartacus. La composition est minimaliste mais la 
pertinence, la précision, l’émotion, les surprises harmoniques en font 
un petit chef d’oeuvre d’arrangement.

DJ- Quels sont tes projets ?


PB- Un nouvel album “colors” en quintet qui sort en mars 2021.
Un album avec le Latvian Radio Big Band qui va sortir en septembre 2021.
Un album en quartet + ensemble de cordes en cours de réalisation qui 
sortira en mars 2022.

DJ- Signalons enfin, que tu dirigeras un stage d’arrangement pour l’IMFP de janvier à juin 2021.

8 sessions de 6h – prise en charge afdas
de janvier à juin 2021


Interview de Franck Amsallem

Pianiste, compositeur arrangeur et vocaliste d’une grande culture et au langage sensible, Franck Amsallem est né en 1961 à Oran et a grandi à Nice. Son parcours est impressionnant et mérite que l’on s’y attarde… Il répond aux questions de Docteur Jazz…

Présente-toi

Pianiste de jazz, arrangeur occasionnel puisque n’écrivant plus beaucoup, chanteur frustré.

Expatrié n’ayant jamais tranché entre la musique noire et les excès de la table bien de chez nous.

Quels sont les arrangeurs qui t’ont le plus influencé ?

Dans l’ordre : Bob Brookmeyer, Bela Bartok, Thad Jones, Gil Evans & Igor Stravinsky.

Quel est le projet d’écriture dont tu es le plus fier ? ton préféré ?

Nuits pour Orchestre à cordes, section rythmique et soliste de Jazz. Jamais enregistré dans une version satisfaisante, mais je l’espère “in the future”.

Une phrase pour définir l’écriture

Ne pas se tromper de cible, ce n’est pas forcément écrire pour la postérité, mais plutôt écrire quelque chose qu’on a envie de réécouter.

Quel est l’arrangement qui n’est pas de toi et que tu aurais aimé écrire ?

“Thank You” de Jerry Dodgion

Quels sont tes projets ?

Jouer et écrire des arrangements pour quatuor à cordes dans un projet à venir avec chanteuse. Jouer et recommencer à écrire pour moi dès que la vie reprendra…

Anecdote personnelle

En juin 1989, j’étais en très bonne compagnie avec d’autres arrangeurs-compositeurs émérites (Kenny Berger, Ed Neumeister, Glenn Mills, Frank Griffith, Pete Mc Guinness), en train d’écrire une composition originale pour l’orchestre de Mel Lewis lors d’un stage organisé par BMI (le premier “BMI Workshop”, devenu depuis une institution New-yorkaise).

Nous devions tous “pondre” un opus pour cet orchestre que nous adorions, LA référence absolue à NYC et ailleurs. Un long concert s’annonçait en perspective, avec des musiciens dans l’orchestre ayant plus ou moins envie de jouer le jeu. Mel, très malade, était comme souvent d’une humeur massacrante, et décida lors de la deuxième répétition qu’il ne se sentait pas de jouer toute cette musique, pourtant écrite spécialement pour lui. On sentait bien qu’il désapprouvait tout cet exercice, pourtant chapeauté par ses amis Brookmeyer et Manny Albam. On appela Danny Gottlieb pour le remplacer (En lecture à vue, bonjour…), mais Mel resta pour écouter tout le concert et joua même un morceau qu’il trouvait plus “civilisé”. 

On (du moins moi) s’était donné beaucoup de mal pour écrire quelque chose spécialement pour lui, chose que tout arrangeur doit garder à l’esprit au lieu d’écrire un hypothétique concerto pour cobaye en souffrance. Il m’avait déjà rencontré auparavant et complimenté sur mon travail. Je l’ai approché à la fin du concert et il m’a dit : “Your chart was GREAT, GREAT ! up until it went into multiple-meters (…!). 

Je lui ai répondu…”euhhhhhhh enfin…. C’était tout en 4/4, juré, craché…”. Il me regarda, toujours aussi sévère “you know what I mean, it sounded like it was in odd-meters”. Et avant que je ne puisse lui répondre, il me dit : “Look, odd meters are a bad thing. Very bad. Don’t do it, don’t go there. Look what it did to Don Ellis : He died from it”. Sans me laisser le temps de lui répondre, il s’en alla.

Trente ans après j’en suis toujours bouche bée. 

6 mois plus tard, il s’en alla rejoindre Thad au paradis des bandleaders qui swingueront “no matter what”.

https://soundcloud.com/sallemjazz/effeminate-meanderings

https://soundcloud.com/sallemjazz/un-chanson-douce-henri-salvador

https://soundcloud.com/sallemjazz/04-younger-days

https://soundcloud.com/sallemjazz/bluedahlia-studio

Benny Carter

Le but de ces petits portraits, est de vous faire découvrir des arrangeurs moins connus, mais qui ont apporté au jazz, par leur charisme ou leur personnalité. Quand il s’agira de stars, alors nous irons explorer la face cachée des artistes, ou une facette méconnue… J’ai déjà une liste en tête, mais vos idées sont les bienvenues !

Benny Carter
Bennett Lester Carter
8 Août 1907 N.Y – 12 Juillet 2003 L.A

Benny Carter est connu comme instrumentiste de grand talent, mais sa contribution importante à la naissance du big band au milieu des années 20 et sa science de l’arrangement, sont pour moi les facettes les plus intéressantes de sa personnalité de musicien. 

Ce saxophoniste et trompettiste, curieux et boulimique, jouera dans nombre d’orchestres prestigieux, n’y restant parfois que quelques semaines… Fletcher HendersonDuke EllingtonChick WebbBenny Goodman… En 80 ans de carrière il sera tour à tour, selon les périodes et les opportunités qui lui sont offertes, musicien, directeur musical, chef d’orchestre, arrangeur, compositeur pour le cinéma ou la TV, enseignant.

Benny est né en 1907, d’un père guitariste et d’une mère pianiste et organiste, ses deux cousins sont également musiciens (Theodore Bennett, trompettiste et Darnell Howard, clarinettiste).

Dès son plus jeune âge, sa mère lui enseigne le piano. Un peu plus tard, impressionné par le jeu de Bubber Miley, il achètera un trompette, mais il l’échangera contre un C melody sax (sax en Ut), qu’il troquera finalement contre un sax alto !

C’est en Août 1924 que les choses sérieuses commencent. Il est engagé successivement par le trompettiste June Clark, les « Billy Paige’s Broadway Syncopators », avec lesquels il joue au Capitol de New-York, et les « Lois Deppe’s Serenaders ».

De 1925 à 1931, il jouera successivement avec Horace Henderson (le frère de Fletcher), Billy FowlerJames P.JohnsonDuke EllingtonFletcher HendersonCharlie Johnson. Il créera son propre orchestre en 1928 pour jouer à l’Arcadia Ballroom de New-York. Il reviendra finalement chez Fletcher Henderson, qui a surtout besoin de lui comme arrangeur, car le Big band se développe, la demande est énorme et les ballrooms engagent à tours de bras. 

Il fournira à cette époque un grand nombre d’arrangements majeurs de l’orchestre de Fletcher. C’est également à cette époque qu’il développe sa verve d’arrangeur inventif pour la section de saxophones, et qu’il impose le sax baryton comme cinquième anche dans la section. Le « standard » de la section de saxes du Big Band ne changera plus. 

D’un point de vue technique, le baryton va doubler le sax alto lead (la première voix de la section), renforçant la mélodie à l’octave inférieure, mais Benny Carter a d’autres idées en tête et va être l’un des premiers arrangeurs (avec Duke Ellington) à écrire à 5 voix pour les saxes ! Il va « élargir » la section en n’écrivant plus uniquement en « close voicings » (accords serrés), utilisant le baryton comme « libéro », le faisant jouer tantôt une cinquième voix, tantôt doubler le lead, ou bien soutenir la contrebasse en lui faisant doubler des fondamentales. Il ouvre la voie, au tout début des années 30, à l’écriture moderne. Des arrangeurs comme Quincy Jones ou Thad Jones lui doivent beaucoup.

Toujours durant les années 30, et on le sait peu, il va écrire de nombreux arrangements pour… Duke Ellington ! Et pour d’autres, comme Fletcher Henderson ou Benny Goodman, pour les plus connus.

En mars 1931 il rejoint l’orchestre de Chick Webb qu’il quitte au cours de l’été pour devenir directeur musical des « Mc Kinney’s Cotton Pickers », tout en jouant régulièrement avec Don Redman et Fletcher Henderson. A partir de septembre 1932, il va à nouveau diriger un orchestre dont le casting est impressionnant : le trompettiste Bill Coleman, le tromboniste Dicky Wells, les saxophonistes ténors Ben Webster et Chu Berry, le pianiste Teddy Wilson et les batteurs Cozy Cole et Sidney Catlett. Cette formation sera dissoute à la fin de 1934.

Les années qui vont suivre vont le faire beaucoup voyager, notamment en Europe où il va séjourner quelques temps. Paris, Londres, une tournée en Scandinavie (où il gère un orchestre international en 37), pour finir à Paris où il dirige l’orchestre du Bœuf sur le toit, avant de retourner aux États-Unis en mai 38.

Il va alors remonter un Big Band pour animer le Savoy Ballroom à New-York. Puis lors d’une tournée qui le fait passer à Los Angeles, il décidera de se poser quelques temps pour travailler à Hollywood, où il aura l’opportunité d’écrire des arrangements pour le cinéma (Stormy Weather, entre autres…) et un peu plus tard pour la TV. Il est l’un des premiers musiciens afro-américains à travailler dans les studios d’Hollywood, et (avec Nat King Cole) à pouvoir résider à Beverly Hills… Au milieu des années 40 il va remonter un big band (son dernier), dans les rangs duquel on trouvera des musiciens comme Max RoachJJ Johnson ou Miles Davis

Benny Carter est également à cette époque, un des musiciens « piliers » de l’orchestre du J.A.T.P (jazz at the Philharmonic), avec lequel il fait de nombreuses tournées.

L’essentiel de son activité durant les années 50 et 60 s’effectue à Los Angeles, où il est surtout arrangeur et directeur musical. Il écrira des arrangements pour Louis ArmstrongRay CharlesPeggy LeeElla FitzgeraldSarah Vaughan

Dans les années 70, il entame une nouvelle carrière, d’avantage axée vers l’enseignement. Il va pendant cette période, enchaîner les résidences dans les universités.

Preuve de l’incroyable production de Benny Carter : à l’occasion de son 75ème anniversaire, la radio New-Yorkaise WKCR diffusera 177 heures de ses enregistrements en continu !

Il sera actif (ne jouant plus que du saxophone) pratiquement jusqu’à la fin de sa vie. Il décèdera le 12 juillet 2003 à Los Angeles.

Voici un lien intéressant pour sa discographie qui vous permettra de constater l’étendue de la production de ce musicien exceptionnel, récompensé par 3 Grammy Awards et finalement très peu connu du grand public. 

Discographie Benny Carter

Une petite anecdote personnelle :

J’ai eu la grande chance de côtoyer ce géant du jazz dans les années 80/90. Plusieurs tournées, notamment avec Saxomania et un bel album enregistré au Théâtre des Champs-Élysées en 1988. Comme la plupart des « grands » du jazz, il était d’une grande humilité, bienveillant et dans un partage permanent. 

de gauche à droite: Stan Laferrière, Nicolas Montier, Benny Carter, François Laudet, Pascal Chebel.

Un de mes meilleurs souvenirs de jeune arrangeur, lorsque j’étais le pianiste et co-arrangeur (Avec François Biensan) du Big Band de Gérard Badini, fut un concert mémorable au festival de Juan-Les-Pins. Il s’agissait pour le big band, de faire un concert retraçant l’histoire du jazz en invitant pour chaque morceau, une légende du jazz… Ainsi, de mémoire, nous avons accompagné : Claude LuterBenny BaileyLa VelleClark TerryBenny CarterPhil WoodsJohnny GriffinDiane Reeves, Archi Shepp… J’en oublie sans doute. J’étais chargé d’écrire des arrangements ou de faire des transcriptions pour tous ces prestigieux invités…

Je n’oublierai jamais le moment où à la balance, Benny Carter est monté sur la scène pour écouter l’arrangement que l’on m’avait demandé d’écrire sur une de ses magnifiques ballades « Evening Star ». Il s’est assis sur un tabouret de bar à côté du piano, et a demandé à ce que l’on joue le morceau… Puis il est venu près de moi et m’a dit à l’oreille : « Great job Stan ! Thank you so much ». J’ai retrouvé le fax qu’il avait envoyé à Gérard Badini et où il mentionne: « Stan can do what he likes with the arrangement, and I will be happy if he chooses to surprise me with his concepts » … Quel témoignage incroyable, à plus de 80 ans, de sa curiosité et de son ouverture d’esprit…

Interview Christophe Dal Sasso

Arrangeur/compositeur de grand talent et garçon plutôt discret, Christophe Dal Sasso vient de recevoir une Victoire du Jazz pour récompenser son travail d’arrangeur. Docteur Jazz a voulu en savoir un peu plus, et lui a posé quelques questions !…

Christophe Dal Sasso

Né le 08/08/1968 À Hyères dans le Var.

J’ai commencé la musique à l’âge de huit ans et la trompette à 12 ans. Suite à des problèmes physiques, j’ai arrêté la trompette à l’âge de 32 ans et j’ai commencé la flûte en autodidacte. J’ai suivi le cursus d’arrangement au CIM avec Ivan Jullien de 1990 à 1994. Également des cours d’orchestration à la Scola Cantorum, ainsi que quelques cours d’analyse musicale au conservatoire du 10ème à Paris..

Les arrangeurs qui m’ont le plus influencé : 

Gil Evans, Bob Brookmeyer, Thad Jones, Duke Ellington, Marty Paich.

Le projet d’écriture dont je suis le plus fier :

C’est un projet que j’ai composé et arrangé pour deux pianos et orchestre à cordes en hommage au grand architecte catalan Antoni Gaudi. Ce projet fut joué une seule fois à Clermont-Ferrand avec comme solistes, Baptiste Trotignon et Philippe Monange. Le projet était dirigé par Bastien Stil. Cette œuvre est pour moi ce que j’ai le mieux réussi, entre la tradition de la musique classique et le jazz, je dirais même pour être plus précis: la musique improvisée.

Mon arrangement préféré :

C’est celui que j’ai écrit pour Milton Nascimento sur « Morro velho »

Ce que je pourrais dire en une phrase pour définir l’écriture :

Avoir la connaissance, l’expérience, la patience et la part de mystère qui guide notre sixième sens vers la réalisation de chaque œuvre.

L’arrangement que j’aurais voulu écrire :

C’est L’adagio du Concerto d’Aranjuez par Gil Evans pour Miles Davis. Je trouve que c’est un parfait équilibre entre les parties écrites et les parties improvisées. De plus, la nouvelle orchestration de Gil Evans ne dénature en rien l’œuvre originale. 

Mes projets :

Enregistrer Africa brass de John Coltrane que je viens de réarranger et réorchestrer. 

J’ai un nouveau projet un peu plus « Soul » avec une saxophoniste chanteuse américaine Shekinah Rodz.

J’ai également une commande d’écriture pour les 100 ans de la mort de Camille Saint-Saëns par la ville de Dieppe. Première représentation prévue en mai 2021.

Petite anecdote :

Vécue avec Dave Liebman à la fin de la première répétition d’un projet créé en 2009 avec l’ensemble Inter-contemporain. Ce projet était à l’initiative du Tubiste Arnaud Boukhitine et de la chef d’orchestre Susanna Mällki. L’idée de cette création était de partir de deux pièces improvisées par Dave en solo, de les retranscrire et les réarranger / orchestrer pour que Dave puisse improviser sur ce qu’il avait déjà joué. Le projet était complètement atonal donc pour moi; aucun chiffrage d’accord n’était possible. À la fin de la répétition, Dave vient me parler pour me dire “Hey Man! pourquoi tu ne m’as pas chiffré les accords ?” Je lui réponds “Hey! Dave ce n’est pas possible, c’est de la musique atonale, tout est construit sur les 12 demi-ton, il n’y a pas de centre tonal”.

Il me regarde un peu énervé et me montre sa partition, il avait chiffré tous les accords par superposition de 3, 4, voire 5 étages !

Exemple : CMaj/Eb7 alt/ Ab-6. 

Tout ça évidemment à la note près. Sur le coup je me suis dit: mais pourquoi faire ça ? Quelle idée, de toute façon tu joues les 12 demi-tons et ça marche… Après réflexion, j’ai essayé de me mettre à sa place et d’imaginer improviser.

Vu la complexité rythmique de ce qui était écrit et la masse sonore qui se dégageait par moments, effectivement: avoir des repères harmoniques de jazzman se révélait d’une grande utilité. En plus cela lui donnait la possibilité de jouer des choses complètement différentes chaque soir. Il y eut 3 représentations et sur ces trois concerts il n’a jamais joué la même chose…

Chaîne Youtube

Africa Brass

Le Horla live au théâtre Sorano 

C’est quoi un Arrangeur?

C’EST QUOI UN ARRANGEUR ?

Qu’est-ce qu’un arrangeur ? Quel est son rôle ? sa contribution est-elle importante pour le succès d’un titre, d’un album ? Autant de questions que l’on ne se pose pas si souvent que cela lorsqu’on est musicien, et qui sont probablement complètement étrangères au public néophyte !

Un arrangeur, avant tout, et au même titre qu’un chef d’orchestre ; c’est un musicien complet ! Il joue souvent d’un instrument, dans la majorité des cas il en a étudié plusieurs, pour savoir comment ils fonctionnent et quelle sont leurs possibilités techniques, leurs tessitures respectives…

L’arrangeur a étudié l’écriture, ses règles, ses codes, et il en a expérimenté les applications…

Il possède une oreille surentrainée, qu’elle soit « absolue » ou « relative ».

« Arrangeur » est un terme général, mais ce métier en comporte deux en fait !

L’arrangeur est d’une part : Arrangeur ; c’est-à-dire qu’il est capable, à partir d’une simple mélodie, de construire un plan de morceau, un squelette, qui va permettre à cette mélodie d’être mise en valeur; une sorte d’écrin…;-)

 Il doit ensuite imaginer et construire, en fonction de la nomenclature de l’orchestre (de 3 à 100 musiciens, avec divers types d’instruments) une harmonisation à plusieurs voix (de 2 à 12, mais généralement dans le jazz tonal, on ne dépasse guère les 7 à 8 voix). Il doit « habiller » cette mélodie de couleurs harmoniques, en fonction du style désiré, de l’ambiance, du climat imposé ou choisi. 

D’autre part, l’arrangeur est également un Orchestrateur. C’est-à-dire qu’il maîtrise parfaitement les timbres des instruments, et les couleurs qui découlent des mariages de timbres. Il doit pour cela connaitre les spécificités techniques et acoustiques de chaque instrument, un peu comme le chef de cuisine avec les épices et les mélanges de saveurs. 

Cette science nécessite une grande culture, du goût, de l’à-propos ! Et quand cette science rencontre le génie, comme chez Maurice Ravel ou Duke Ellington, on touche au sublime !

Pour répondre à la deuxième question, le rôle de l’arrangeur, c’est de mettre en valeur un produit brut (la mélodie) et d’en faire une pièce aboutie pour un orchestre donné.

L’importance de l’arrangement dans le succès d’un morceau ou d’une chanson est primordiale ! C’est l’emballage qui fait acheter un produit, rarement le contenu !!

Enfin, que seraient les sublimes chansons de Brel sans François Rauber et ses arrangements géniaux !?

Que serait l’album » Atomic Basie » (une succession de blues et d’anatoles) sans les arrangements de Neal Hefti ? (Il a également signé les compositions de cet album)

La pièce « Les tableaux d’une exposition » de Modeste Moussorgsky (pièce pour piano), ne serait sans doute pas devenue un Hit de la musique classique, sans l’extraordinaire orchestration symphonique qu’en a fait Maurice Ravel en 1922 (Il y a pourtant eu 5 tentatives avant lui).

Pour » l’Atomic Basie » par exemple, l’alchimie entre la plus formidable machine à swing de tous les temps, et la pertinence parfois audacieuse de l’écriture de Neal Hefti ont fait des merveilles ! Hefti est apparu en pleine lumière et il est devenu une star de l’écriture grâce à cet album. 

D’autres sont restés plus ou moins dans l’ombre, à l’instar des nombreux orchestrateurs et arrangeurs qui ont travaillé pour Duke Ellington par exemple. Billy Strayhorn étant le seul à avoir tiré son épingle du jeu, certainement en partie grâce à sa forte personnalité musicale et à son sens de la mélodie, car il était également un formidable compositeur ! Peu de gens savent qu’il a orchestré ou composé bon nombre de tubes de l’orchestre du Duke et même quelques suites (que l’on attribue souvent à ce dernier).

Voilà ce que l’on pouvait dire sommairement sur le rôle et l’importance d’un arrangeur ! Je tenterai dans les prochains articles de vous faire découvrir des arrangeurs importants de l’histoire du jazz, moins connus mais souvent incroyablement inventifs ! 

Le blog va également promouvoir les arrangeurs Français actuels; je veux dire vivants !! 😉 Ils ne sont pas nombreux à « faire le métier » et Docteur jazz leur donnera la parole très prochainement ! A suivre…

MARTY PAICH

Le but de ces petits portraits, est de vous faire découvrir des arrangeurs moins connus, mais qui ont apporté au jazz, par leur charisme ou leur personnalité. Quand il s’agira de stars, alors nous irons explorer la face cachée des artistes, ou une facette méconnue… J’ai déjà une liste en tête, mais vos idées sont les bienvenues !

Martin Louis “Marty” Paich

(23 Janvier 1925 – 12 Août 1995)

Contemporain de Neal Hefti ou Sammy Nestico ; Marty Paich est sans aucun doute un arrangeur sous-estimé et assez méconnu du public, y compris chez les jazzmen…

Pourtant, ce pianiste, compositeur, arrangeur, producteur et chef d’orchestre Américain dont la carrière dura près de 50 ans, a côtoyé des artistes comme Franck Sinatra, Barbara Streisand, Sarah Vaughan, Stan Kenton, Ella Fitzgerald, Ray Charles, Aretha Franklin, Neil Diamond, Stan Getz, Sammy Davis Jr, Michael Jackson…

Marty débute la musique de bonne heure par l’étude de l’accordéon, instrument qu’il délaisse rapidement pour le piano. Il fonde son premier groupe à l’âge de 10 ans. Après des études à la Mc Clymonds High School, il fréquente plusieurs écoles de musique : le Chapman College, l’Université d’état de San Francisco, et enfin le conservatoire de musique de Los Angeles, où il obtient une maîtrise de composition en 1951. Il étudie également avec de grands maîtres comme Mario Castelnuovo-Tedesco et Arnold Schoenberg.

Sa première véritable commande en tant qu’arrangeur sera pour l’orchestre de Pete Rugolo.

Pendant la seconde guerre mondiale, le jeune Marty Paich dirige des orchestres militaires pour soutenir les troupes, à l’instar de Glenn Miller, mais il n’en tirera pas la même gloire que son aîné ! … 😉

Il travaille ensuite à Los Angeles, dans l’enregistrement, comme accompagnateur, directeur artistique et arrangeur. Il collabore avec des artistes comme Shorty RogersAnita O’Day, Terry Gibbs, Shelly Manne ou Peggy Lee.

Durant la dernière partie de sa carrière, à partir de la fin des années 60, il collabore à des projets plus commerciaux, comme chef d’orchestre de studio pour la télévision. Il devient alors le « coach » de son fils David Paich, qui deviendra un musicien reconnu avec le groupe Toto.

Marty décède à 70 ans à son domicile de Santa Ynez Los Angeles

La couleur de la musique de jazz qu’il laisse, est fortement teintée du style « West Coast » des années 50 dont il sera un des chefs de file, mais Marty possède une culture musicale phénoménale ! Adepte de la rythmique épurée, sans instrument harmonique (piano ou guitare) ses arrangements sont d’une pureté, d’une limpidité, d’une logique et d’une efficacité redoutables. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il a choisi le batteur Mel Lewis pour quasiment l’intégralité de la discographie de son « Dektette », tant il affectionne la sobriété de l’accompagnement pour mettre en valeur des ensembles de cuivres sophistiqués.

Le chanteur, pianiste et arrangeur Mel Tormé, lui a confié les arrangements de 90% de ses albums ! une collaboration de près de 40 ans !

J’ai volontairement choisi Marty Paich pour inaugurer cette série de portraits d’arrangeurs de jazz, car c’est la découverte de sa musique vers l’âge de 17 ans, et notamment de l’incontournable album qu’il écrivit en 1959 pour Art Pepper « Art Pepper + Eleven », qui m’a donné l’envie de me lancer dans l’étude et la pratique de l’écriture jazz… On peut dire que Marty Paich est un de mes mentors !…

NB : Paich est un peu le « Hitchcock » du jazz. A l’instar du réalisateur qui apparait dans tous ses films, parfois même de façon presque subliminale, Paich glisse dans chacun de ses arrangements, une citation de standard de jazz ou de chanson de variété ; c’est un peu sa signature ! Amusez-vous à essayer de les repérer ! 😉

A écouter :

Art Pepper + Eleven » les standards du bebop arrangés à la sauce « west coast » avec un Art Pepper au sommet ! à l’alto, au ténor, comme à la clarinette.

Ella Fitzgeradl with Marty paich Orchestra

« Ella sings lightly » 1958

« Whisper not » 1966

Mel Tormé with the Marty Paich « Dek-Tette »

« sings Fred Astaire » 1956

« California suite » 1957

« Swings Shubert Alley » 1960

« Reunion » 1988