Duke, Basie, King Cole : trois musiciens stars du jazz, trois pianistes oubliés…

De tout temps, le « star système », engendré et entretenu par les médias (Presse, radio, TV), a fait et défait des carrières, orientant souvent celles-ci vers tel ou tel aspect de la personnalité des artistes mis en lumière. Parfois, les artistes eux-mêmes se sont laissé entraîner par le tourbillon de la célébrité, mettant plus ou moins volontairement en « sourdine » une des facettes de leur talent, pour en accentuer une autre…

Quand on parle de Duke Ellington, on pense surtout au génie de la composition et de l’orchestration.

En Count Basie, l’on reconnait un exceptionnel chef d’orchestre, qui est invariablement associé à son Big Band, formidable et unique « machine à swing ».

Nat King Cole, quant à lui, est définitivement catalogué comme le chanteur « Crooneur » du siècle, titre honorifique qu’il partage avec Frank Sinatra.

Cependant, ces trois stars du jazz ont un point en commun : 

Ce sont tous des pianistes majeurs de l’histoire du jazz, dont on a souvent oublié l’importance et l’influence sur les générations de pianistes qui les ont suivis.

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James Reese Europe

(Jim Europe)
22 février 1880- 9 mai 1919

Si l’on excepte les récentes commémorations de la guerre 1914-1918, à l’occasion desquelles l’amnésie du monde du jazz a soudainement joui d’une rémission opportune, il faut bien avouer que James Reese Europe fait partie des musiciens méconnus de l’histoire du jazz, au moins pour le grand public…

Il existe sans doute des raisons à cela ; notamment le fait qu’il n’est pas un « pur » jazzman et que sa carrière se situe plutôt dans ce que l’on pourrait appeler : la période de gestation du jazz (grosso modo 1890-1915).

Et pourtant…

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BIX BEIDERBECKE

Le but de ces petits portraits, est de vous faire découvrir des musiciens moins connus, qui ont apporté au jazz, par leur charisme ou leur personnalité. Quand il s’agira de stars, alors nous irons explorer la face cachée des artistes, ou une facette méconnue… J’ai déjà une liste en tête, mais vos idées sont les bienvenues !

S’il est des personnages emblématiques de l’histoire du jazz, auxquels la postérité ne rend pas suffisamment hommage, Bix Beiderbecke en fait assurément partie…

Né le 10 mars 1903 à Davenport, Bix Beiderbecke apprend en autodidacte le piano et le cornet. Il se passionne pour le jazz et est très influencé par les trompettistes Nick la Rocca (membre de l’Original Dixieland Jazz band) et du mythique Emmet Hardy. En 1921, alors qu’il est étudiant à l’Académie Militaire de Lake Forest, il forme son premier orchestre. Exclu de l’académie, il commence à se produire professionnellement dans des orchestres de danse de Chicago et sur les riverboats. Il a l’occasion d’entendre les grands trompettistes et cornettistes noirs de l’époque, King Oliver et Louis Armstrong.

En 1923, il rejoint le groupe les Wolverines (alias « Wolverine Orchestra »), dans lequel il joue principalement du cornet mais aussi du piano, et avec lequel il enregistre ses premiers disques pour la marque Gennett Records. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de Frankie Trumbauer, qui joue du sax ténor en ut (C melody sax) et avec qui il va collaborer pendant de nombreuses années.

En 1925, il rejoint l’orchestre de danse dirigé par Jean Goldkette. Il enregistre parallèlement des disques plus « jazz » sous son nom (Bix and his Rhythm Jugglers et Bix Beiderbecke’s Gang) qui sont pour moi de purs chefs-d’œuvres. D’autres sous le nom de Trumbauer ou en trio avec encore Trumbauer et le guitariste Eddie Lang.

En 1927, il rejoint l’orchestre de jazz symphonique de Paul Whiteman dont il devient vite le « soliste vedette ». Whiteman propose une musique où se mêlent jazz, variété et influences classiques. Bix participe dans ce cadre au premier enregistrement du concerto en fa de George Gershwin en présence du compositeur.

Mais Bix boit beaucoup et sa santé se dégrade assez vite. Whiteman, conscient de son potentiel artistique, continue à le payer malgré des absences de plus en plus nombreuses. Bix enregistre encore sous son nom, celui de Trumbauer, ou d’autres petites formations mais son jeu souffre des effets de la maladie.

Fin 1929, il arrête de jouer pendant plusieurs mois et rentre se soigner à Davenport. En 1930, il participe pour un temps à Casa Loma Orchestra et enregistre à New York ses derniers disques avec des petites formations (sous son nom ou sous la direction d’Hoagy Carmichael).

Il décède des suites d’une pneumonie le 6 août 1931 à New York.

Le compositeur 

Bix Beiderbecke, issu de la bourgeoisie, avait accès aux phonogrammes. Il était fasciné par la musique classique et en particulier par les compositeurs français de l’époque comme Claude Debussy ou Maurice Ravel. Il a composé seulement 4 pièces pour piano, très fortement inspirées par cette esthétique : « In a mist » (enregistré en 1927 et qui est la plus célèbre), « In the dark », « Flashes » et « Candelights ». Une autre composition plus « classique » lui est attribuée : « Davenport Blues ». Ces compositions très originales, et teintées d’harmonies très riches (pour l’époque), détonnent dans le paysage des compositeurs de jazz des années 20.

Le jeu de Bix Beiderbecke

Le jeu de cornet de Bix Beiderbecke tranche avec celui de ses contemporains. Son phrasé legato, délié, et la douceur de son timbre, chaud et rond, préfigurent ce que l’on entendra dans les années 50 avec le style cool. Une caractéristique de son jeu est l’utilisation fréquente du triolet de croches dans le phrasé, totalement inusité par les solistes de la même époque.

Par son jeu particulier, son placement rythmique et la nature « avant-gardiste » de ses compositions, on peut considérer Bix Beiderbecke, comme un précurseur du jazz « moderne ». De nombreux grands jazzmen lui ont rendu hommage en enregistrant ses compositions (pas moins de 110 versions recensées de « In A Mist » et un sublime arrangement de Gil Evans sur « Davenport Blues »). Bien que méconnu du grand public, Bix laisse une trace indélébile dans l’histoire du jazz.

A écouter (sélection personnelle de “l’indispensable”) :

A lire :

  • Bix Beiderbecke : une biographie Jean-Pierre Lion ed. Outre mesure (la bible !)

Stan Laferrière

Docteur jazz