BIX BEIDERBECKE

Le but de ces petits portraits, est de vous faire découvrir des musiciens moins connus, qui ont apporté au jazz, par leur charisme ou leur personnalité. Quand il s’agira de stars, alors nous irons explorer la face cachée des artistes, ou une facette méconnue…J’ai déjà une liste en tête, mais vos idées sont les bienvenues !

S’il est des personnages emblématiques de l’histoire du jazz, auxquels la postérité ne rend pas suffisamment hommage, Bix Beiderbecke en fait assurément partie…

Né le 10 mars 1903 à Davenport, Bix Beiderbecke apprend en autodidacte le piano et le cornet. Il se passionne pour le jazz et est très influencé par les trompettistes Nick la Rocca (membre de l’Original Dixieland Jazz band) et du mythique Emmet Hardy. En 1921, alors qu’il est étudiant à l’Académie Militaire de Lake Forest, il forme son premier orchestre. Exclu de l’académie, il commence à se produire professionnellement dans des orchestres de danse de Chicago et sur les riverboats. Il a l’occasion d’entendre les grands trompettistes et cornettistes noirs de l’époque, King Oliver et Louis Armstrong.

En 1923, il rejoint le groupe les Wolverines (alias « Wolverine Orchestra »), dans lequel il joue principalement du cornet mais aussi du piano, et avec lequel il enregistre ses premiers disques pour la marque Gennett Records. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de Frankie Trumbauer, qui joue du sax ténor en ut (C melody sax) et avec qui il va collaborer pendant de nombreuses années.

En 1925, il rejoint l’orchestre de danse dirigé par Jean Goldkette. Il enregistre parallèlement des disques plus « jazz » sous son nom (Bix and his Rhythm Jugglers et Bix Beiderbecke’s Gang) qui sont pour moi de purs chefs-d’œuvres. D’autres sous le nom de Trumbauer ou en trio avec encore Trumbauer et le guitariste Eddie Lang.

En 1927, il rejoint l’orchestre de jazz symphonique de Paul Whiteman dont il devient vite le « soliste vedette ». Whiteman propose une musique où se mêlent jazz, variété et influences classiques. Bix participe dans ce cadre au premier enregistrement du concerto en fa de George Gershwin en présence du compositeur.

Mais Bix boit beaucoup et sa santé se dégrade assez vite. Whiteman, conscient de son potentiel artistique, continue à le payer malgré des absences de plus en plus nombreuses. Bix enregistre encore sous son nom, celui de Trumbauer, ou d’autres petites formations mais son jeu souffre des effets de la maladie.

Fin 1929, il arrête de jouer pendant plusieurs mois et rentre se soigner à Davenport. En 1930, il participe pour un temps à Casa Loma Orchestra et enregistre à New York ses derniers disques avec des petites formations (sous son nom ou sous la direction d’Hoagy Carmichael).

Il décède des suites d’une pneumonie le 6 août 1931 à New York.

Le compositeur 

Bix Beiderbecke, issu de la bourgeoisie, avait accès aux phonogrammes. Il était fasciné par la musique classique et en particulier par les compositeurs français de l’époque comme Claude Debussy ou Maurice Ravel. Il a composé seulement 4 pièces pour piano, très fortement inspirées par cette esthétique : « In a mist » (enregistré en 1927 et qui est la plus célèbre), « In the dark », « Flashes » et « Candelights ». Une autre composition plus « classique » lui est attribuée : « Davenport Blues ». Ces compositions très originales, et teintées d’harmonies très riches (pour l’époque), détonnent dans le paysage des compositeurs de jazz des années 20.

Le jeu de Bix Beiderbecke

Le jeu de cornet de Bix Beiderbecke tranche avec celui de ses contemporains. Son phrasé legato, délié, et la douceur de son timbre, chaud et rond, préfigurent ce que l’on entendra dans les années 50 avec le style cool. Une caractéristique de son jeu est l’utilisation fréquente du triolet de croches dans le phrasé, totalement inusité par les solistes de la même époque.

Par son jeu particulier, son placement rythmique et la nature « avant-gardiste » de ses compositions, on peut considérer Bix Beiderbecke, comme un précurseur du jazz « moderne ». De nombreux grands jazzmen lui ont rendu hommage en enregistrant ses compositions (pas moins de 110 versions recensées de « In A Mist » et un sublime arrangement de Gil Evans sur « Davenport Blues »). Bien que méconnu du grand public, Bix laisse une trace indélébile dans l’histoire du jazz.

A écouter (sélection personnelle de “l’indispensable”) :

  • In A Mist piano solo 1927
  • At The Jazz Band ball Bix and his gang 1927
  • Futuristic Rhythm Franck Trumbauer and his orchestra 1929

A lire :

  • Bix Beiderbecke : une biographie Jean-Pierre Lion ed. Outre mesure (la bible !)

Stan Laferrière

Docteur jazz