Henri Salvador dilemma…

Henri SALVADOR (1917-2008)

Alors, certains me diront : mais que vient faire un article sur Henri Salvador dans un blog de jazz ?

Eh bien ceux-là de toute évidence, ne connaissent pas l’album « Salvador plays the blues », enregistré en 1956 sous l’impulsion de Boris Vian.

Henri Salvador est catalogué (à juste titre, soyons honnêtes) comme chanteur fantaisiste, notamment au regard de la carrière qu’il a menée sous le pseudonyme d’Henry Cording, tant à la télévision qu’au travers de sa production phonographique, du milieu des années 50 jusqu’au milieu des années 70.

Il n’en reste pas moins, qu’à l’instar de Sacha Distel, il est l’un des grands guitaristes de jazz Français des années 50/60. Le style d’Henri se rapproche volontiers de l’esthétique de Django « électrique » (dont il était un fan absolu), celui de Sacha étant plus proche des « boppers » comme René Thomas ou Barney Kessel.

A gauche : Henri avec une Di Mauro swing chorus (vers 1940). A droite : Henri avec une Gibson es 300 (vers 1955)

Né à Cayenne le 18 juillet 1917, Henri débarque avec toute sa famille en 1929 au port du Havre. Il chante en duo avec son frère aîné, André et se produit dans les cabarets Parisiens. En 1935, alors que le duo joue au « Jimmy’s bar », Django Reinhardt remarque Henri et l’engage aussitôt comme accompagnateur. Il sera ensuite recruté comme guitariste dans l’orchestre de Ray Ventura (L’oncle de Sacha Distel…tiens tiens…), qui le remarque alors qu’il est chanteur d’orchestre à Nice. Il y officiera de 1941 à 1945 et participera avec cet orchestre, à une grande tournée en Amérique du Sud. 

De retour en France, on lui propose de faire une tournée au Brésil, en solo cette fois, où il interprètera des sambas lentes, lançant ainsi un nouveau style de musique… Nous sommes en 1945 !

On peut en effet dire qu’Henri Salvador est, avec quelques compositeurs brésiliens, l’inventeur de la Bossa Nova (si populaire dans les années 60). Il sera rejoint un peu plus tard, par Stan Getz (Astrud et Joao Gilberto) et Quincy Jones (Soul Bossa Nova) qui vont populariser le style partout dans le monde. De retour en France en décembre 1945, son frère veut remonter le duo, mais devenu vedette, Henri refuse et ce sera la rupture…

Il réintègre alors l’orchestre de Ventura, mais il n’y restera pas longtemps, considérant qu’il est à présent prêt à monter son propre orchestre, ce qu’il fait en 1946. L’énorme succès qu’il remporte à Bobino en 1947, va propulser sa carrière de « chanteur Créole » et l’éloigner un peu plus encore de la scène du jazz… Il sera grand prix du disque en 1949 avec « Maladie d’amour » et « Clopin-clopant ». 

En 1956, Michel Legrand revient des États-Unis avec des enregistrements de rock n’ roll, Henri se lance alors avec Boris Vian, dans la production de rock n’ roll Français, sous le pseudonyme d’Henry Cording, entamant ainsi une nouvelle carrière… Paradoxalement, et comme pour dire adieu professionnellement à la musique qui a toujours animé son cœur (le Jazz), il enregistre la même année ce fameux disque « Salvador plays the blues » à la guitare et au scat, accompagné de Pierre Michelot à la contrebasse et Mac Kac à la batterie.

Ce disque est un pur chef-d’œuvre du jazz Français. Henri y joue de la guitare de façon très originale (on sent une très nette influence de ses deux « maîtres » : Django et Charlie Christian), avec un swing époustouflant, une poésie, un lyrisme… Il est de plus, l’un des plus fascinant représentant de la technique du Scat, que j’ai pu entendre… Je le place clairement au niveau des meilleurs, avec un langage bien à lui, et l’humour qui le caractérise.

Henri Salvador est-il passé à côté de sa carrière ? Certainement pas. Il a tiré profit de son caractère d’amuseur, de son rire communicatif, qui le faisait déjà remarquer dés son plus jeune âge. Aurions-nous aimé l’entendre davantage comme jazzman ? Oui, sans aucun doute ! Henri a tiré sa révérence en 2008 et son héritage purement jazz tient en quelques faces seulement, mais quelles faces !!!

Stan Laferrière

Si vous ne connaissez pas l’album dont j’ai parlé, voici le lien…

Un morceau de cet album (« Stompin At The Savoy » pour ne pas le nommer) sera le sujet du prochain « Défi SCAT », et également de la prochaine vidéo « Scatting & Acting » ! A suivre donc…

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One thought on “Henri Salvador dilemma…

  • 2 novembre 2021 at 11 h 50 min
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    Waouh ! Je ne connaissais cet Henri Salvador. C’est tellement magnifique ! Cet homme était vraiment pleins de ressources !
    Merci de me l’avoir fait découvrir

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