Le violon dans le jazz

Dans l’esprit de la plupart des gens, le violon n’apparait pas comme un instrument historiquement fondateur, ou faisant partie de la genèse de la musique de jazz… Et pourtant !…

On peut avancer au moins deux faits, qui permettent de comprendre pourquoi, avant d’être un instrument « soliste » reconnu dans le jazz à partir des années 30, le violon est présent dans la quasi-totalité des orchestres de jazz depuis les années 1890 et jusqu’à la fin des années 20.

Stroviol (un petit cornet pour s’entendre, un gros pour le public)

Bien avant l’arrivée du jazz, au milieu du 19e siècle, le violon était déjà indissociable de la musique américaine et afro-américaine. Les cowboys utilisaient le violon (qui pouvait même être rudimentaire : « one string fiddle »), avec une guitare, une mandoline ou un banjo, pour animer leurs soirées et accompagner le « Square dance ». 

Les esclaves noirs quant à eux, étaient souvent chargés après leur journée de travail dans les plantations, de distraire leurs maîtres, voire d’animer leurs bals en jouant du « Cake Walk » (musique de danse populaire, qui donnera naissance au Ragtime). L’instrument « roi » de ces musiques de danse était sans conteste le violon !

One string fiddle

Un peu plus tard, vers la fin du 19e siècle et jusqu’à la fin des années 10 au moins, il existait à la Nouvelle-Orléans, deux types d’orchestres. D’une part les Brass Bands, orchestres à base de cuivres et d’anches agrémentés de percussions, utilisés pour les parades, les défilés et pour jouer de la musique « légère » à poste fixe. D’autre part, les orchestres à cordes (String Bands), essentiellement dévolus à la danse. La progressive fusion de ces deux types d’orchestre, et l’assimilation des styles de jeu des pianistes de Ragtime et des chanteurs de Blues, va alors faire émerger une nouvelle musique syncopée qui prendra finalement le nom de Jazz.

Toutes sortes de cultures se côtoyaient à la fin du 19e siècle à la Nouvelle-Orléans, qui est connue pour être le principal foyer (mais pas l’unique !) de la naissance du jazz. On pouvait notamment y rencontrer deux communautés noires distinctes : les Africains descendants d’esclaves, et les Créoles de culture Européenne. Les premiers jouaient en majorité des percussions et des cuivres (Brass Bands) et les Créoles plutôt les instruments enseignés dans les « bonnes familles » : le piano, la clarinette, le violon…

Lorsque la fusion des Brass Bands et des String Bands fut actée, le violon se retrouvat (comme la guitare) cantonné au rôle d’accompagnement et non plus de soliste, à cause de son faible volume sonore… Il faudra attendre les années 30 (l’enregistrement électrique de 1927 et donc les microphones), pour qu’il ait à nouveau une place de soliste, et que l’on voie émerger de grandes personnalités qui populariseront et installeront de façon pérenne l’instrument dans la musique de jazz.

Du fait que cet instrument ait perdu son rôle de soliste aux débuts du jazz et soit tombé progressivement en désuétude, il sera assez courant de voir des violonistes jouer d’un autre instrument, afin de s’assurer plus de travail dans les orchestres (à l’instar de Ray Nance, violoniste-trompettiste, chez Duke Ellington), ou alors ils créeront leurs propres formations.

Il est bien difficile de faire un catalogue de tous les merveilleux artistes qui ont su donner au violon ses lettres de noblesse dans le jazz. 

Un des premiers à véritablement créer un langage de violon « jazz » fut sans doute Joe Venuti à la fin des années 20. Il sera suivi par de grands solistes tels que Stuff SmithEddie SouthStéphane GrappelliSvend AsmussenRay NanceElek BacsikMichel WarlopRay Perry (Chez Lionel Hampton). Au début des années 50, qui voient la fin du Hot Club de France (le quintet à cordes de Django Reinhardt), et la prédominance du Be-Bop, on pense que la flamme du violon jazz est éteinte… Mais les braises seront bientôt attisées par une nouvelle vague de musiciens qui opteront souvent pour le violon électrique. De nouvelles stars de l’instrument vont émerger : Alan SilvaLeroy JenkinsOrnette ColemanJean-Luc PontyDidier LockwoodDominique PifarelyPierre Blanchard… 

Le renouveau du jazz Manouche au début des années 90, va également mettre en lumière de nouveaux talents du violon acoustique comme Florin NiculescuEva SlongoFiona MonbetDebora SefferAurore VoilquéLaurent Zeller et bien d’autres…

Sans entrer dans un classement de styles, on peut dire qu’il existe deux principales « écoles » de violon jazz  :

L’école classique, qui privilégie la pureté du son, et le lyrisme du discours.

L’école purement « jazz », qui tente de traduire l’expression des instruments à vent et de la voix.

Sans tomber dans la stigmatisation, on peut constater que globalement, les musiciens blancs, ayant pour la plupart une formation classique (mis à part Michel Warlop et JL Ponty), se trouvent plutôt dans la première catégorie.

Les musiciens noirs (à l’exception sans doute, d’Eddy South) se reconnaissent plutôt de la seconde esthétique.

Il n’y a qu’à écouter Stéphane Grappelli avec Django Reinhardt et Stuff Smith dans “After Midnight” avec le Nat King Cole trio, pour se rendre compte de l’incroyable diversité des styles et des approches…

Pour vous faire une idée du panorama qu’offre le violon dans le jazz d’avant-guerre (1927-1944), je vous invite à découvrir la superbe compilation disponible chez Frémeaux & associés.

Les interviews exclusives de 3 violonistes actuelles de grand talent :

Eva Slongo

Auraure Voilqué

Fiona Monbet

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