Interview de Gaël Horellou

Saxophoniste de très grande classe et pédagogue, Gaël Horellou répond aux questions de Docteur Jazz.

DJ : Peux tu te présenter ?

GH : Saxophoniste né à Caen en 1975, je suis tombé amoureux très jeune du jazz et des musiques noires en général. Mes parents (mon père comédien), m’emmenaient beaucoup au théâtre et aux concerts de jazz depuis tout petit. On écoutait beaucoup de musique à la maison (en vinyle) et j’avais un magnéto à cassettes sur lequel j’écoutais dès l’âge de 8/9 ans de grands classiques du swing : Sidney Bechet, Coleman Hawkins, Duke Ellington, etc… J’ai pris un saxophone à l’âge de 9 ans et j’ai commencé à jouer en formation au lycée vers 14 ans. J’ai ensuite débuté des études d’ingénieur, que j’ai sabordées pour devenir musicien professionnel à l’âge de 18 ans.

DJ : Quelles sont tes principales influences ?

GH : Bird, Cannonball, Mc Lean, Rollins, Coltrane.

DJ : Quel est ton meilleur et ton pire souvenir de musicien ?

GH : Il y a eu tellement de moments ! je n’arrive pas à me rappeler d’un meilleur ou d’un pire. Énormément de bons moments, très peu de mauvais.

DJ : Un mot ou une phrase pour définir le jazz selon toi ?

GH : SWING !

DJ : Si tu étais un standard de jazz ?

GH : “I’ll be seeing you”, un de mes standards favoris.

DJ : Quels sont tes projets ?

GH : Je sors début 2021 un nouvel album en quintet avec orgue chez Fresh Sound : “ORGAN POWER !” Et puis j’ai une résidence et des concerts avec mon projet réunionnais. J’y joue avec des percussionnistes, chanteurs de maloya. Nous travaillerons à La Réunion en mars, tournées prévues en juillet et octobre en métropole, ainsi que l’enregistrement d’un troisième album. 

J’ai également un nouveau projet électronique en chantier: un travail sur les grooves et particulièrement le ternaire.

J’attends impatiemment la reprise des concerts. Nous devions jouer 4 concerts ce mois de janvier avec Alain Jean-Marie, Duylinh NGuyen et Bernd Reiter. 

DJ : Parle nous un peu de ta dernière publication sur l’improvisation…

GH : C’est une méthode que j’ai intitulée : “Improvisation et langage du jazz – une approche mélodique pour tous les instruments”. Elle est sortie en 2019, m’a demandé 2 ans de rédaction et synthèse de notes prises pendant 10 ans.

C’est vraiment un retour d’expérience sur ce que j’ai pratiqué, avec en fil conducteur l’éclairage de Barry Harris avec qui j’ai fait un très grand nombre de stages et workshops. J’y expose ma manière de cultiver l’oreille tonale. Je parle du jeu vertical, horizontal, etc… Ma démarche est très personnelle, je vais chercher des sons chez les grands improvisateurs du jazz et je cherche à les décliner, à les changer de contexte et donc je réfléchis à des systèmes, tout cela dans une réflexion globale sur le système tonal et en utilisant les outils de Barry Harris.

DJ : Quelles sont les dates de tes prochains stages/ masterclass ? 

GH : Je donnerai 2 masterclass l’été 2021:

19 au 23 juillet 2021 à Cuxac-Cabardès (11)

9 au 13 aout 2021 au Monastier sur Gazeille (43)

Site Web de Gaël

Interview de David Fettmann

Magnifique saxophoniste à découvrir (Si ce n’est déjà fait), David Fettmann fait une belle carrière de soliste, notamment autour de ses compositions. Il fait également partie du Collectif Big One, qui vient de sortir les “Tableaux d’une exposition” avec Pierre de Bethmann en invité. Il a eu la gentillesse de se plier au jeu des 6 questions de Docteur Jazz !

Extrait Live au Sunset Jazz Club, “Lume Project” 

Teaser “Ruby Project” feat. Johnathan Blake

 Projet Pol Belardi’s Force, Live@Opderschmelz 

Interview de Pierre Bertrand

Saxophoniste, flûtiste, mais surtout arrangeur reconnu et enseignant, Pierre Bertrand est une “plume” qui compte dans le monde de l’écriture. J’ai voulu en savoir plus et l’ai soumis au questionnaire de Docteur Jazz.

DJ- Bonjour Pierre, peux tu te présenter ?

PB- Je suis musicien, saxophoniste, flutiste, chef d’orchestre, compositeur, 
arrangeur, pédagogue né en 1972 à Cagnes sur Mer.
Je dois mon déclic pour le jazz à la grande parade du jazz de Nice en 
1977 avec notamment le big band de Basie, Dizzy Gillespie et professeur 
Longhair.
J’ai commencé la musique en 1982 et écrit en autodidacte dès l’année 
suivante.
Après des études diverses, j’ai terminé au CNSM de Paris un cursus jazz 
et obtenu 2 prix d’écriture classique en 1997.
En 1998, à la demande de Bernard Maury je créé un cours d’écriture jazz 
qui s’est développé jusqu’à aujourd’hui autour du CRR de Paris, du 
PSPBB, du CRR de Nice, parfois du CNSM et maintenant à l’IMFP.
En 1999 je fonde avec Nicolas Folmer le Paris Jazz Big Band dont 
l’activité durera jusqu’à 2014.
En 2009 je fonde mon groupe principal “La Caja Negra” en activité 
aujourd’hui.

DJ- Quels sont les arrangeurs qui t’ont le plus influencé ?

PB- Je ne sépare pas vraiment l’arrangement de la composition, ce qui 
m’oblige à réfléchir pour répondre à cette question en essayant de 
séparer les 2.

Pour le arrangeurs :
Maurice Ravel, j’y reviens toujours, c’est la base.
Puis Gil Evans, Duke Ellington, Thad Jones, Oliver Nelson, Marty Paich, 
Slide Hampton et Maria Schneider spécifiquement pour le jazz.

DJ- Nous avons les mêmes mentors…

PB- En tant que pédagogue l’analyse est très vite devenue obligatoire et 
cela me sert dans le “métier” d’arrangeur lorsqu’on a des références à 
respecter (époques, styles etc …) et qui forcément m’ont imprégné 
profondément, je cite ceux qui me tiennent à coeur : Lalo Schiffrin, 
Henri Mancini, Claus Ogerman, Victor Young, Alex North, Nino Rota, 
François Rauber, Michel Colombier, Vince Mendoza, Bob Mintzer, Quincy 
Jones, John Barry, Neal Hefti, Benny Carter, Billy Byers, Astor Piazzola

Mais si on ajoute les compositeurs, là y aura :
Vivaldi, Heandel, Bach, Mozart, Schumann, Schubert, Brahms, Wagner, 
Fauré, Puccini, Manuel De Falla, Isaac Albeniz, Eric Satie, Ravel, 
Bartok, Prokofief, Scriabine, Duke Ellington, Olivier Messiaen, Henri 
Dutilleux, Antonio Carlos Jobim

DJ- Quel est le projet d’écriture dont tu es le plus fier ? Ton préféré ?


PB- Pour le moment c’est l’album “JOY”, car c’est un aboutissement et une 
construction, même si l’orchestration n’est pas énorme.

DJ- Une phrase pour définir l’écriture ?

PB- L’écriture musicale, dans son sens habituel, est un terme qui englobe un 
ensemble de techniques dont on a besoin pour réaliser un arrangement 
(harmonie, contrepoint, orchestrations, développement …). Techniques 
qui s’apprennent, se travaillent, évoluent selon les individus et
se transmettent. C’est donc un métier ou dans son sens étymologique: un Art.

En résumé :
L’écriture rassemble les techniques qui nous aident à mettre sur le 
papiers le fruit de notre imagination

Remarque :
Bien sûr ces techniques sont utiles mais pas obligatoires pour composer, 
car on peut composer avec sa voix sur une guitare sans connaître la 
musique, néanmoins pour aller plus loin dans le développement, et être 
autonome il faut apprendre ces techniques.

On peut inclure, les “techniques” de composition dans l’écriture … ou 
pas. Je considère personnellement qu’on ne peut pas apprendre à 
composer, et que personne ne peut vous dire comment composer, c’est tout 
simplement un non-sens pour moi car la composition est quelque chose de 
trop intime. On peut analyser ce qu’ont fait les grands, oui, c’est très 
important, cela peut être même une source d’inspiration, mais 
“appliquer” des “techniques” pour créer … c’est triste.

DJ- Je suis 100% d’accord avec ça Pierre…

DJ- Quel est l’arrangement qui n’est pas de toi et que tu aurais aimé 
écrire ? Pourquoi ?


PB- Love Theme From Spartacus. La composition est minimaliste mais la 
pertinence, la précision, l’émotion, les surprises harmoniques en font 
un petit chef d’oeuvre d’arrangement.

DJ- Quels sont tes projets ?


PB- Un nouvel album “colors” en quintet qui sort en mars 2021.
Un album avec le Latvian Radio Big Band qui va sortir en septembre 2021.
Un album en quartet + ensemble de cordes en cours de réalisation qui 
sortira en mars 2022.

DJ- Signalons enfin, que tu dirigeras un stage d’arrangement pour l’IMFP de janvier à juin 2021.

8 sessions de 6h – prise en charge afdas
de janvier à juin 2021


Le saxophone dans le jazz

S’il est un instrument qui a grandi et a acquis ses lettres de noblesses avec la musique de jazz, c’est bien le Saxophone !   Cet instrument, arrivé tardivement, vers le milieu du 19ème siècle, n’a pas d’emblée trouvé sa place au sein de l’orchestre. Malgré quelques tentatives de compositeurs aventureux, il faudra attendre que le jazz s’en empare au début du 20ème siècle, pour assister à son essor fulgurant, au point qu’il devienne l’emblème incontesté de cette musique (qu’il demeure encore aujourd’hui).

ADOLPHE SAX

C’est un certain Adolphe Saxe, Belge établi en France (1814-1894), inventeur de génie, qui présente en 1841 le premier brevet d’un instrument appelé « Saxophone ». Avant cela, il met au point un diffuseur de vapeur de goudron pour aseptiser les usines et entrepôts (invention saluée par Louis Pasteur en personne !), il touche à la médecine, aux chemins de fer, mais son domaine d’action va vite se focaliser sur les instruments de musique. Dès son plus jeune âge, il démonte, ausculte, modifie toutes sortes d’instruments. Excellent clarinettiste, Adolphe déposera nombre de brevets pour améliorer la clarinette et la clarinette basse. Il prouve de façon scientifique que la forme du tube n’influe absolument pas sur le timbre de l’instrument, mais que c’est son diamètre et sa longueur…

A l’exposition de l’industrie Belge de 1841, il joue du saxophone derrière un rideau ! De peur sans doute qu’on lui dérobe son invention. C’est un peu symptomatique de la lutte permanente que va devoir livrer Adolphe, pour défendre ses inventions…

La première véritable implication du sax dans un orchestre se fit au sein de la musique militaire ! En 1847, Adolphe Sax avait déjà conquis 45% du marché Français des instruments à vent. Mais son but était clairement de voir son instrument joué dans l’orchestre classique ! Il fait du lobbying pour promouvoir le sax (Meyerbeer, Berlioz, entre autres). Après la période noire de la révolution de 1848, l’avènement du second empire va lui être favorable : en 1854, il est officiellement « facteur d’instruments de musique de la maison militaire de l’empereur ». Simultanément, il est nommé en 1857 directeur de la première classe de saxophone au conservatoire de Paris. Il dirige également la fanfare de l’Opéra de Paris et devient éditeur de musique en 1858. La guerre de 1870 et les troubles de la Commune, vont engendrer deux faillites successives. Dans le même temps, on supprime pour des raisons économiques (lui dit-on), sa classe de saxophone au conservatoire. Cela affectera beaucoup Adolphe… La troisième faillite en 1877 mènera finalement à la disparition de son entreprise et la quasi-fin de ses activités. Il continuera malgré tout à déposer des brevets pour faciliter les doigtés de la clarinette ou du basson. Avant de mourir à l’âge de 79 ans, il aura quand même la joie d’entendre son instrument joué dans l’orchestre ! Enfin ! BizetMassenet, Saint-SaënsCharpentier et quelques autres compositeurs, ont su capter le potentiel lyrique et original de cet instrument, alors même que les romantiques l’avaient clairement boudé…

Sax ténor Dupaquier avec un
sol grave !

LE SAXOPHONE

Le saxophone fait partie de la famille des « bois », bien qu’il soit en métal ! 

Adolphe Sax Crée au départ deux familles de 7 instruments :

Une accordée en Mib et Sib, et une autre accordée en Ut et Fa. Seule la première famille a survécu ! (sauf le ténor en Ut “C melody sax” et quelques rares altos en Fa “mezzo soprano”, qui sont pratiquement inusités de nos jours).

La famille des Saxophones se compose ainsi (du plus grave au plus aigu) :

Le saxo contrebasse en Mib, le basse en Sib, le baryton en Mib, le ténor en Sib, l’alto en Mib, le soprano en Sib et le sopranino en Mib. Adolphe voulait au départ, que la famille complète couvre la tessiture entière de l’orchestre, alors même que chaque saxophone ne possède qu’une tessiture de deux octave et demie.

ECHEC DANS LA MUSIQUE CLASSIQUE

Comme je le disais précédemment, l’accueil de ce nouvel instrument dans le monde des compositeurs du milieu du 19ème siècle, est plutôt frileux. Pourtant, des figures aussi importantes que Rossini, BerliozMassenetBizet, s’enthousiasment carrément, sans pour autant intégrer le saxophone dans leurs œuvres. Les premières pièces sont écrites par KastnerSingelée et Berlioz. Ce dernier, même s’il n’a pas écrit d’œuvres « majeures » pour le sax (un Sextuor « l’Hymne sacré » en 1844), a cependant toujours défendu l’instrument, qu’il cite même dans son célèbre « grand traité d’instrumentation et d’orchestration modernes », Il proclame de façon plutôt provocante : « Tout corps sonore mis en œuvre par le compositeur, est un instrument de musique ». La première véritable pièce qui met en valeur le sax est « le dernier Roi de Juda », un opéra de Georges Kastner, écrit en 1844. En 1872, Bizet et son « Arlésienne » donnera enfin une place au sax, dans une œuvre célèbre (plus de 30 ans après son invention).

Le manque de popularité de l’instrument est en grande partie dû à sa méconnaissance de la part des compositeurs, mais aussi à une pénurie d’instrumentistes sérieusement formés pour le pratiquer. On confiait généralement la partie de saxophone aux clarinettistes, qui n’aimaient pas trop ça. Il faudra attendre 1920 pour que le sax soit enfin admis et adopté dans l’orchestre !

J’entends déjà les saxophonistes classiques m’invectiver : “et le Boléro de Ravel alors ?!”. Je leur répondrais que le Boléro de Ravel (qui je le rappelle, était considéré par son compositeur comme une œuvre mineure…), fait entendre du saxophone, mais il n’est pas une œuvre pour saxophone, pas plus qu’il n’est une œuvre pour trombone (qui y fait pourtant un solo “iconique”). De plus, le Boléro a été composé en 1928, soit 87 ans après l’invention du saxophone… On peut cependant convenir que cette magnifique composition (il n’y a guère que Ravel lui-même qui considère que c’est une œuvre mineure !), constitue une belle revanche pour le saxophone, qui est gratifié de 2 solos, dans le morceau le plus joué au monde !

ET LE SAX DANS LE JAZZ ALORS ?

On cite souvent, pour ne pas dire systématiquement Coleman Hawkins, comme le père, voire « l’inventeur » du saxophone ténor dans le jazz. Oui, certainement, mais il semble tout de même curieux de baser toutes ces pseudo vérités sur le flou historique total qui entoure la première période du jazz, notamment par manque de traces écrites et sonores jusqu’à l’aube des années 20.

Ainsi l’on décrète que le premier disque de jazz fut enregistré par « l’Original Dixieland Jazz Band » en 1917. D’autres étaient pourtant allés en studio bien avant, en jouant une musique qui pouvait sans doute tout autant s’apparenter au jazz (James Reese Europe par exemple en 1913, à la frontière du Ragtime et du Jazz). Certaines figures du jazz naissant sont célèbres, sans avoir laissé la moindre trace phonographique, à l’instar de Buddy Bolden… Il est donc bien dommage d’occulter l’existence et l’importance des pionniers du saxophone dans le jazz, car à la vérité, l’instrument a eu également du mal à se faire une place dans l’orchestre de jazz (tout du moins au début, jusqu’en 1920… Tout comme dans l’orchestre classique…)

S’il n’est pas totalement faux de dire que le saxophone jazz est né avec Coleman Hawkins, il ne faut pas pour autant minimiser la période de la Nouvelle-Orléans.

La nomenclature de la section mélodique dans les premiers orchestres de jazz était pratiquement fixée à 3 soufflants : cornet, trombone, clarinette. Chacun ayant un rôle prédéfini dans les arrangements (ou plutôt les conventions) et dans la « collective » (partie improvisée à plusieurs). Le cornet jouant le « lead », la clarinette brodant plutôt en croches dans le médium aigu et le trombone faisant les relances et soulignant les fondamentales. Dès lors, l’insertion d’un quatrième soufflant nécessitait un travail de réorganisation, voire de ré harmonisation… C’est peut-être une des raisons qui ont fait traîner l’arrivée du sax dans les orchestres de jazz.

La plupart des saxophonistes alto ou ténor de la Nouvelle-Orléans étaient à l’origine des clarinettistes. Citons-en quelques-uns, puisqu’ils sont tombés dans l’oubli : Paul Barnes (chez Oscar CelestinKing OliverJelly Roll Morton)Earl Fouche (chez Sam Morgan)Andrew Morgan (le « Bechet » du sax alto. Il jouait chez son frère Sam)Louis Warnecke(Piron’s New Orleans orchestra)Stump Evans, le roi du Slap, un virtuose ! (Chez Jelly Roll MortonKing OliverErskine TateCarroll Dickerson) et beaucoup d’autres, comme Barney Bigard, dont on ne parle jamais du jeu de ténor (qu’il abandonna lorsqu’il rentra chez Ellington en 1928). A l’inverse, on ne parle pour ainsi dire que du jeu de sax soprano de Sidney Bechet, alors qu’il est incontestablement l’un des clarinettistes les plus importants de la nouvelle-Orleans. 

Il faut bien entendu évoquer l’orchestre « Chicagoan » de Franky Trumbauer et Bix Beiderbecke, qui comprenait au début des années 20, deux saxophones : celui de Trumbauer lui-même (un sax ténor en UT « C melody sax ») et le sax basse d’Adrian Rollini. C’est pour moi l’exemple parfait de ce que l’on peut produire de meilleur en matière de contrepoint improvisé collectivement à 4 voix, voire à 5, car le sax basse de Rollini vient à l’occasion se mêler à la mélodique pendant quelques mesures avant de reprendre son rôle de basse…

Le saxophone devient vraiment l’instrument « Roi » du jazz, grâce à l’avènement et l’essor des big bands au début des années 30.

En effet, en 1923, quelques pionniers comme Fletcher Henderson et Duke Ellington (lequel avant l’autre ?…), organisent leurs orchestres en sections d’instruments de la même famille. Une section de cuivres (au début, 2 cornets et un trombone) et une section d’anches (3 saxophonistes, qui jouent également de la clarinette). Cette forme préhistorique du big band, que l’on nomme communément « Formation Fletcher », va rapidement évoluer (sous l’influence d’arrangeurs comme Don Redman et Benny Carter), pour être finalement constitué, à l’aube des années 30, d’une section rythmique, de 3 ou 4 trompettes, 3 trombones et 5 saxophones (Benny Carter imposera le baryton en 1931). Ce nouveau format fait la part belle aux tuttis de saxophones, très spectaculaires car l’instrument est véloce (chez Jimmy Lunceford notamment). Il offre également un écrin aux solistes qui vont émerger, et ils seront très nombreux !

Le saxophone a enfin trouvé sa place, et sa technique ne va cesser de se développer au fil des années. Après le succès des saxophonistes « majeurs » de la « swing era » des années 30, comme Coleman HawkinsLester YoungJimmy Dorsey, Benny CarterBen Webster (et bien d’autres…), l’arrivée du Bebop (vers 1939), va entraîner le déclin des big bands et mettre sur le devant de la scène d’autres prodiges du saxophone. Charlie ParkerJohn ColtraneDexter GordonSonny RollinsEric DolphyOrnette ColemanBenny GolsonWayne ShorterRoland Kirk… Impossible de les citer tous !

Nous reparlerons du Saxophone au travers d’articles sur des saxophonistes…

A écouter : Tous les saxophonistes que j’ai cités… Mais pas que 😉

A voir : Vandoren TV. Très intéressant ! Mon ami Fred Couderc, grand spécialiste de l’instrument et de son histoire, y fait quelques magnifiques démonstrations !

A lire : « Histoires du saxophone » François et Yves Billard (la bible !)

Stan Laferrière