Comment relever un solo instrumental en SCAT ?

A l’invitation de Karine Sula Gene et de son blog “Plus que du chant”

Karine Sula Gene, vocaliste originaire de la Guadeloupe, propose des formations de très grande qualité pour les vocalistes débutants à confirmés, sur son blog “Plus que du chant”.

Elle suit actuellement personnellement, la formation proposée par Docteur Jazz “Aborder le SCAT”, et nous fera part de son expérience, étant novice en matière de Scat… Elle m’a demandé de faire un petit tuto pour inciter les personnes qui pensent ne jamais pouvoir y arriver, à se lancer…!

Cette vidéo traite du morceau proposé pour le premier défit scat “Scat Toujours”, auquel je vous invite à participer !… Du coup vous n’avez plus d’excuses : je vous explique tout ! 😉

Si vous voulez approfondir la question, vous avez deux options:

Une formation online sur le SCAT, où je vous guide pas à pas (elle est en promotion jusqu’au 31 mai)

Un stage d’été à Angers, les 9 et 10 juillet 2021 !

Karine m’a également interviewé sur son blog

Scatting & acting “FEVER”

Voici une autre vidéo de vocal multitrack. Un arrangement écrit pour mon TENTET en 1998, sur lequel j’ai ajouté un arrangement vocal… FEVER, morceau composé et enregistré en 1956 par Little Willie John, mais véritablement popularisé par la version de Peggy Lee en 1958 (Accompagnée de Joe Mondragon à la contrebasse et Shelly Manne à la batterie).

Encore une occasion de mettre en lumière les formidables musiciens qui composaient ce collectif du TENTET :

Laurent Bataille (d) Claude Egéa, Sacha Bourguignon (tp) J.C Vilain (tb) Thomas Savy, Pierre Mimran (ts) Nicolas Montier (as) Stéphane Chausse (bass clarinet) Didier Havet (tuba) Stan Laferrière (vocals, arr)

L’arrangement du TENTET est disponible ICI

Une formation sur le SCAT vous attend ICI

Interview Jean-Baptiste Craipeau

Vocaliste, bassiste et arrangeur Français de tout premier plan, Jean-Baptiste Craipeau évolue dans le monde du jazz vocal (mais pas que), en solo bien entendu, mais aussi au sein d’un groupe vocal international “A Cappella” qui compte parmi les meilleurs de la planète : ACCENT.

Jean-Baptiste répond à mes questions et nous présente son travail…

DJ : Bonjour Jean-Baptiste, peux-tu te présenter et nous parler un peu de ton parcours ?

JBC : Je suis chanteur, bassiste et arrangeur vocal. Je suis issu d’une famille où la musique a toujours été très présente : ma mère étant choriste amateur, mon père chef de chœur, professeur de musique en collège et organiste, j’ai passé de longues heures au milieu de répétitions et concerts. J’ai débuté par le violoncelle puis j’ai pris quelques cours de guitare et de piano avant de passer à la contrebasse que j’ai étudiée au CRR de Poitiers puis à Jazz à Tours où j’ai obtenu mon DEM de jazz. J’ai étudié à la faculté de musicologie de Poitiers en pensant devenir à mon tour enseignant mais j’ai rapidement réalisé que de jouer/chanter avec d’autres était plus important pour moi.

DJ : Quelles sont tes principales influences ?

JBC : J’ai grandi au son de la musique classique, du jazz et du rock. Cela reste les styles de musique que j’apprécie le plus encore aujourd’hui. J’ai des périodes où j’écoute en boucle un seul artiste ou un seul album. Ça peut durer quelques semaines…Parfois des années ! J’ai eu mes périodes Queen, Jaco Pastorius, Earth Wind & Fire, Bill Evans, Jeff Buckley, Tenebrae Choir etc. Le moment le plus marquant reste le jour où mon frère m’a fait écouter Take 6. J’ai toujours aimé la voix et les harmonies ; à l’époque j’écoutais de plus en plus de jazz et là ça réunissait vraiment tout ce que j’aimais. Je me suis dit : « c’est ÇA que je veux faire ! »

DJ : Peux-tu nous parler un peu du groupe ACCENT dont tu fais partie ? 

JBC : Après la découverte de Take 6, je me suis mis en tête de monter un groupe a cappella. Problème : impossible de trouver des personnes motivées et ayant le niveau requis pour chanter de tels arrangements ! Cela m’a donné l’idée d’enregistrer toutes les voix en multipistes. Cette activité m’a occupé pendant de longues heures et m’a permis de mieux connaître et maîtriser ma voix, de développer mon oreille en transcrivant des arrangements mais aussi d’apprendre à arranger, enregistrer et mixer. J’ai finalement mis en ligne quelques enregistrements sur Youtube, cherchant en parallèle tous les groupes vocaux susceptibles de me plaire. C’est ainsi que j’ai connu virtuellement Simon Åkesson (Ténor 2, Suède), Danny Fong (Ténor 3, Canada), Andrew Kesler (Ténor 4, Canada), James Rose (Baryton, Angleterre) et Evan Sanders (Basse, USA).

Après divers échanges de mails, partitions et fichiers audios, nous avons eu l’idée de faire une vidéo ensemble. Nous avons donc enregistré quelques reprises de Take 6 avant nos propres arrangements. Quelques mois plus tard, nous avons eu l’opportunité de nous rencontrer « pour de vrai » en Suède lors d’un festival. Depuis cette rencontre, nous avons chanté dans le monde entier dans de nombreux festivals et salles prestigieuses comme le Royal Albert Hall à Londres.

DJ : Un mot ou une phrase pour définir le jazz selon toi ?

JBC : b13#9

DJ : Ahah ! J’adore !! c’est la première fois qu’on me la fait celle-là ! C’est bien une réponse d’arrangeur !!… 😉

Si tu étais un standard de jazz ?

JBC : On est en Avril alors April in Paris !

DJ : J’ai vu que tu faisais des petites vidéos didactiques sur le travail en groupe vocal, et sur l’intonation notamment… La justesse et le timbre sont les principales difficultés lorsqu’on chante en groupe… Peux-tu nous parler de cette démarche ?

JBC : Lorsque l’on essaie de chanter a cappella, on réalise vite qu’il est important de pouvoir « garder » sa voix. On voit chez les débutants qu’il est difficile de chanter une autre note que celle de son voisin. Cela nécessite d’être sûr de sa voix et de pouvoir chanter tout en écoutant les autres. Ce travail d’écoute est indispensable pour pouvoir aborder les notions d’équilibre des timbres/volume de chaque voix. La justesse demeure pour moi l’élément le plus important à travailler, sans quoi les accords ne sonnent pas, enlevant ainsi toute la magie de l’a cappella.

DJ : Quels sont tes projets ?

JBC : Nous continuons à enregistrer virtuellement avec Accent avant de pouvoir enfin nous retrouver, quand les mesures sanitaires le permettront. Nous travaillons donc sur de nouvelles vidéos, mais aussi sur du contenu pédagogique.
A côté d’Accent, je chante et joue dans d’autres formations musicales dont Sgt. Pepper (Tribute Beatles Acoustique) et egregor vocal (ensemble a cappella). Je réalise par ailleurs des fichiers d’apprentissage (learning tracks) pour des groupes vocaux ou chorales ainsi que des arrangements vocaux.

DJ : Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions ! Le blog et moi-même, allons suivre de près tes prochaines productions et celles du groupe Accent…

Voici quelques liens, dont quelques vidéos didactiques de premier ordre, pour groupes vocaux !

Site web ACCENT

Page Facebook ACCENT

Chaîne YouTube ACCENT

Chaîne YouTube Jean-Baptiste Craipeau

Interview de Médéric Collignon

Vocaliste et cornettiste inclassable (et c’est tant mieux), Médéric Collignon est une figure incontournable du jazz vocal hexagonal. Sa culture, sa technique vocale impressionnante, son style et ses influences, nous font voyager dans des univers très variés et parfois même iconoclastes… Grand admirateur de Louis Armstrong, son exubérance (toujours à propos, musicalement) me fait terriblement penser à la chanteuse Allemande Nina Hagen. Médéric répond aux questions de Docteur Jazz.

Photo: Alexandre Lacombe

Médéric sera l’un des prochains intervenants au stage d’été de SCAT organisé par Docteur Jazz !

Le Scat vocal dans le jazz

Scat : style vocal dans lequel le chanteur ou la chanteuse, s’exprime par l’intermédiaire de syllabes ou d’onomatopées. La voix s’émancipe et devient soliste, elle n’expose plus seulement la mélodie, mais elle improvise au même titre que l’instrument.

Pour un chanteur de jazz, le scat reflète parfaitement ce que le solo est à l’instrument. Cette technique d’improvisation vocale utilise différents effets pour développer son phrasé : des onomatopées, des cris, des bruits, des mots imaginaires, tout est possible et envisageable.

Cette expression vocale nécessite, outre la technique vocale pure, un sens du rythme, une culture harmonique et une oreille développée. Comme pour l’improvisation sur l’instrument, le scat s’aborde avec une totale liberté créatrice. 

D’abord principalement anecdotique et parodique, il peut être selon les époques et les interprètes, humoristique (Slim & Slam), interactif et communicatif (Cab Callaway), mélodique (Ella Fitzgerald, Jon Hendricks) démonstratif (Dizzy Gillespie, Clark Terry), intimiste (Chet Baker), technique (Al Jarreau, Bobby Mc Ferrin), exubérant (Médéric Collignon, André Minvielle) …

C’est d’ailleurs dans les inflexions des chanteurs « pionniers » du blues, que les premiers instrumentistes de jazz vont aller puiser leur inspiration. À l’écoute des voix, ils vont chercher à reproduire les inflexions humaines en triturant le son de leurs instruments, en reculant les limites de leurs tessitures. Le Free jazz des années 60/70 en étant le reflet le plus significatif.

Le scat apparait comme un élément essentiel dans le développement du langage jazz. Grâce à l’imitation de la voix humaine, les “soufflants” chercheront sans cesse à se rapprocher des mêmes effets : glissando, vibrato, attaque, inflexion, sons bouchés… A l’inverse, le chanteur de jazz mêlera à son improvisation de nouveaux effets et performances, en empruntant au phrasé instrumental ou en parodiant le son de certains instruments (« l’human beatbox »)

Bien plus tôt, à la fin des années 20, le groupe vocal des Mills Brothers (4 frères chanteurs), rencontra un succès fulgurant. Ils imitaient à s’y méprendre le son des instruments avec leur voix.

On a souvent entendu que l’inventeur du scat serait Louis Armstrong. L’histoire raconte qu’un jour de 1926, alors qu’il avait fait tomber accidentellement les feuilles sur lesquelles se trouvaient les paroles de la chanson Heebie Jeebies, il aurait continué de chanter en remplaçant le texte par des onomatopées. 

Bien que l’on puisse imaginer que les premières tentatives soient possiblement nées par accident, il est probable que ce fut de façon moins « romancée » que pour Louis Armstrong

Les traces du scat sont indissociables de la voix, dès que celle-ci a commencé à broder autour de la mélodie. Le phonogramme en est le premier témoin.

Dans les années 20, Don Redman est sans doute l’un des premiers à faire entendre du scat sur un enregistrement (My Papa Doesn’t Two Time 1924). Le scat est alors plutôt utilisé comme une parodie des chants trop « convenus ». Il les paraphrase, souvent de façon humoristique.

C’est plutôt par le biais de la scène que le scat va trouver matière à développer sa technique, car les disques 78 tours, encore aux formats courts (trois ou cinq minutes), limitent considérablement tout développement, qu’il soit instrumental ou vocal. C’est l’arrivée du microsillon longue durée, associée à une image moins stéréotypée du chanteur de jazz, qui a permis au scat de s’imposer sur le disque et au-delà, de permettre à ses interprètes de s’élever au même rang que les instrumentistes.

La voix, qui n’avait été qu’un ornement servant à mettre en valeur les soli, devenait à présent un atout pour les grands orchestres, qui n’avaient eu jusqu’alors que des « chanteurs d’orchestre » venant apporter un peu de variété au répertoire purement instrumental. Les premiers vocalistes du jazz contribuèrent à tenir ce rôle. Leur voix, leur talent, mais aussi leur personnalité, apportaient à l’orchestre une saveur nouvelle et une image nettement plus attractive. 

On doit à l’orchestre du batteur Chick Webb d’avoir servi de tremplin à la chanteuse Ella Fitzgerald (Chick Webb fut d’ailleurs son premier mari). Elle fut la première chanteuse à être véritablement « soliste de l’orchestre ». Webb découvrit en elle un sens inné de l’improvisation qu’elle puisera dans le jeu des cuivres. Sa verve, son sens de la mélodie, ses attaques précises, ses vocalises et inflexions uniques, en ont fait la première « soliste vocale » de l’histoire du jazz. 

Chanteuse « hors catégorie », aussi à l’aise sur un standard de jazz que sur une bossa nova ou une chanson de variété, servie par des orchestres comme ceux de Count Basie ou Duke Ellington, le scat d’Ella Fitzgerald possède toujours une logique, un swing, un placement, une aisance hors du commun. Elle est l’exemple même de la chanteuse qui a su tirer le maximum de ses capacités. C’est elle qui a ouvert la voie à des générations de scatteurs. C’est la « boss », incontestablement !

Billy Holliday, aussi célèbre qu’Ella et malgré la reconnaissance que le jazz lui voue (à juste titre évidemment !!), ne se prêtera que rarement au scat, préférant à cela un rôle plus narratif, empreint d’un sens dramatique troublant qui provoque une émotion toute différente. 

Des chanteurs aussi célèbres que Frank SinatraNat King Cole, ou Tony Bennett, seront également très rarement scatteurs (sauf à chanter à l’occasion des lignes écrites ou prévues à l’avance) …

Quant à la grande Sarah Vaughan, chanteuse et pianiste, elle fût clairement influencée par le be-bop et à mon sens, sous-estimée. Ses scats sont plus « colorés » et très personnels, avec beaucoup d’effets et d’inflexions. On se doit de citer d’autres chanteurs comme Mel Tormé par exemple, qui a également apporté sa contribution à la technique du scat. Des chanteurs/instrumentistes issus du Bebop, comme Dizzy GillespieChet BakerJames Moody ou Clark Terry (Mumbles scatting). D’autres encore, Eddie Jefferson, Caterina ValenteSlim Gaillard… En France on oublie trop souvent Henry Salvador qui est un scatteur incroyablement original (« Salvador plays the blues » 1954).

Au fil des années, l’art du scat se transforme. De nouveaux artistes arrivent sur le devant de la scène, encore plus techniciens. 

Dans un jazz qui ne cesse de changer de visage, la voix continue plus que jamais de se faire une place de soliste. Jon Hendricks et les performances de son groupe, Lambert, Hendricks & Ross, donne aussi la preuve que les chanteurs peuvent être autonomes et faire du jazz instrumental en remplaçant les « soufflants ». De même en France dans les années 60 avec les Double-Six, formation vocale sous la direction de Mimi Perrin, qui reprend des morceaux de big band en y mettant des paroles, y compris sur les solos retranscrits à la note près. 

Les années 70 renoueront avec les chanteurs/scatteurs solistes. Al Jarreau sera sans conteste, la figure de proue de cette mouvance. Sa voix veloutée, ses scats originaux sauront séduire le public. Sur des reprises de Dave BrubeckPaul DesmondChick Corea, le chanteur imposera définitivement son style. L’album live Look To The Rainbow lui permettra d’être élu meilleur chanteur 1977 de la revue Down Beat, alors que Breakin’ Away (1981) le conduira au Top 10 du marché américain.

Si Al Jarreau incarne le renouveau d’un scat multiculturel et sans frontière, d’autres artistes comme La VelleBobby Mc Ferrin, Tania Maria, Dee Dee Bridgewater ou Cassandra Wilson, ont chacun dans leur style, fait perdurer la tradition du scat.

De nos jours, certains artistes Français sont à suivre avec intérêt, car ils perpétuent cette tradition du scat, dans des contextes musicaux très divers : Médéric CollignonCamille Bertault, Daniel HuckPatrick BackevilleAndré Minvielle et bien d’autres qui me pardonneront de ne pas les citer…

A l’étranger, je citerai la vocaliste Ukrainienne Kateryna Kravchenko, et l’Indienne Varijashree Venugopal

A écouter : (Sélection tout à fait personnelle et donc abominablement restrictive !!)

Anthology of Scat Singing (3 volumes par Philippe Baudoin chez Média7) Pour la genèse et la préhistoire !

Slim & Slam « Chiken Rhythm »

Henry Salvador (« Salvador plays the blues » 1954).

Ella Fitzgerald « Ella in Berlin » 1960 (live) « Ella & Basie » 1963 (studio)

The double six of Paris 1961 (le groupe enregistre 4 albums de 1961 à 1966, en utilisant le principe du re recording pour atteindre 12 voix)

Lambert Hendricks & Ross « Airgin » 

Al Jarreau « Take Five » 1976